Evaluer la microfinance - Benoît Granger, MicFin

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vendredi 27 janvier 2012

Adie colloque inversé le 8 fev à Sciences Po

je fais suivre, car quelqu'un a laissé l'info sur ce blog dans les commentaires --même si je ne suis pas certain que ça fera venir une personne de plus ! !

suivre le lien pr les autres infos

mardi 24 janvier 2012

Les ratings financés par The RAting Initiative sont dispo gratuits

C'est juste pour avoir le lien sous la main. The Rating Initiative est un truc luxembourgeois qui a co-financé une deux centaines de ratings d'IMF depuis 2008, avec une réelle insistance sur les critères sociaux. Bravo à eux et merci. Ils se réorientent : on en saura plus...

les rapports sont dispo et gratuits ici.

Maintenant, l'enjeu est de tenter d'harmoniser les méthodes et les indicateurs utilisés par les 4 agences principales spécialisées dans les rating d'IMF.

(bon courage ! C'est un domaine ou la concurrence entre les 4 est rude... Donc pas simple d'harmoniser !)

mardi 6 décembre 2011

evaluations aléatoires : de nouvelles "découvertes" ? les pauvres ne sont pas tous créatifs et entreprenants ?

Suite des "findings" que permettent les évaluations aléatoires alla Duflot. Un papier du CGAP, que le résumé brutal par MF Focus ridiculise quelque peu...

En gros, "According to a new paper published by CGAP, not all microfinance borrowers want to grow a business and their ability to capitalize on opportunities vary greatly".

The paper "claims that poor households clearly have other financial needs that go beyond working capital loans to microentrepreneurs".

(New evidences) "suggests that while increasing access to credit does not produce the kind of dramatic transformations conjured in the popular imagination, it does appear to have some important—though more modest—outcomes for some people".

Oui, nous sommes en 2011, et une "senior manager" du CGAP est obligée de dire piteusement qu'on ferait mieux de s'occuper des besoins financiers des pauvres, plutôt que de leur balancer des produits qu'ils ne veulent pas, ou dont ils n'ont pas besoin...

Et la vie est un éternel recommencement, parait-il ?

mardi 8 novembre 2011

La finance solidaire aujourd'hui (15 ans après)

je lis les dossiers Finance solidaire des Echos hier et du Monde aujourd'hui; bien faits et assez complets. Un peu de nostalgie au passage... je lis dans un encadré que les fonds "90/10" sont proposés comme un exemple de réglementation au niveau européen : bravo ! je me rappelle encore la conférence de presse d'Hélène Ploix, alors DGA de la Caisse des dépôts, présentant le 1er de ces fonds en 1994, et précisant qu'il avait été crée "à la demande de la CFDT".

Comme j'étais à l'époque le seul et unique récipiendaire des fameux "10% solidaires" du FCP en tant que SIFA, j'étais un peu anxieux sur les façons de les utiliser au mieux !

Puis sont venus les gros volumes des FCPE, puis Finansol, puis, puis, puis... En 2001 puis 2003 les fameux "90/10" ont inspiré les 2 lois sur les Perco, et aujourd'hui donc, seront peut être à l'origine d'une réglementation européenne à peu près harmonisée

Et l'histoire ne fait que commencer !

vendredi 30 septembre 2011

Rameix : en France ça va pas si mal que ça !

Si vous vous intéressez, et si vous ne l'avez pas lu, le rapport de RAmeix sur le fianncement des TPe par les banques est en ligne sur le sites des Experts comptables

c'est la

prudent ! !

Il a raison: pas d'info fiable...

Mais la FBF s'est empressée de sortir une étude montrant que les taux appliqués aux TPE en France sont inférieurs aux taux moyens en Europe. Mais c'est pas la question ! la question, c'est le volume. Si les banques refusent de nombreux prêts en disant : allez, tirez sur votre découvert ! ... on est dans une situation malsaine.

le découvert, c'est facturé beaucooup plus cher !

lundi 18 juillet 2011

G20 Microfinance - 5 - l'admirable Pervenche Bérès

Je n'ai pas le temps de finir ce CR, donc juste un mot pour Pervenche Bérès, l’admirable, l'infatigable. Elle ne craint pas dans cette ambiance super-super-soft, de mettre le doigt là ou ça fait mal. En particulier sur les contraintes à appliquer aux banques et que la Commission rejette, elle appelle ça "lobbying". C'est clair. Et dit que Barnier ne reprend pas les demandes du Parlement sur le droit au compte parce que les banques n'en veulent pas. Point. Au moins, c'est clair !

G20 Microfinance - 4 - Luiz Awazu Pereira Da Silva, sous gouverneur de la Banque centrale du Brésil, le seul à faire du micro-macro (en français !)

Luiz Awazu Pereira Da Silva, sous gouverneur de la Banque centrale du Brésil, parle un français impeccable, ce qui l’aide à faire passer des idées simples et fortes.

Il faut une stabilité macro éco pour que la MF puisse se développer. Ensuite il faut des ressource stables : il fait allusion à une règle imposée aux Banques au Brésil : elles doivent consacrer 2% de leurs ressources au financement des –je ne sais pas exactement : du MC professionnel ? ou à l’ensemble des activités micro ? en tous cas, ça ressemble fort au fameux CRA américain, qui oblige des banques à financer localement à partir de l’épargne qu’elles ont levé localement. C’est un point à creuser, car c’est nouveau à ma connaissance, et c’est une façon (parmi d’autres) d’impliquer la contrainte dans le financement de ces micro activités qui sont hors marché.

Il continue par l’amélioration de l’information : celle des prêteurs par une centrale des risques (pas de détails : mais le diable étant dans les détails, la question est celle du contrôle public, ou non, des informations que l’on collecte et de celles que l’on a le droit d’utiliser) ; celle des emprunteurs, par l’éducation et la simplification.

Important. Sur le plan des réformes juridiques, il dit que les réformes consistent avant tout à simplifier les procédures, l’accès aux comptes bancaires (en 2002, 55 M de comptes bancaires au Brésil, en 2010 : 90 M ! Bravo !), l’accès aux petits dépôts pour les épargnants pauvres. Et un système de prêts garantis.

L’idée de services en réseau est développée. Les banques ont des correspondants dans chaque municipalité du Brésil, qui facilitent l’accès aux services financiers pour les pauvres. De 18 000, ils sont passés à 160 000 correspondants locaux.

Quant aux mesures d’impact, il donne des chiffres époustouflants : le crédit bancaire est passé de 25% du PIB à 50% ; la pauvreté extrême est tombée de 15 à 5% ; l’indice Gini du pays de 0,6 à 0,5 ; et il affirme que l’on observe une corrélation forte entre le développement de la MF, la croissance et l’amélioration des indicateurs sociaux : ceci dans le cadre d’une stabilité macro éco qui marche.

Vraiment impressionnant.

Tout ceci mériterait d’âtre validé et vérifié, mais c’était la première fois, je crois, que j’entendais un discours aussi clair sur les fameuses corrélations macro-micro. Tout en affirmant avec aplomb qu’il faut réguler. Et « réguler » au sens « contraindre les banques » par la loi : la « soft regulation » ? il n’y croit pas, manifestement (et d’ailleurs moi non plus, ça tombe bien). Il faut une trique bien calibrée, mais il faut passer par la trique pour que l’ « industrie financière » reprenne un peu de son bon sens et fasse son devoir. Chers sous gouverneur, quel bonheur de vous écouter !

J'étais à votre Banque Centrale l'an dernier, à Brasilia, pour un super colloque, sur le superendividademento (l surendettement), et j'ai gardé le meilleur souvenir de la vigueur et de l'énergie des militants de l'accès aux services financiers

G20 Microfinance - 3 - tiens, Maria évolue, ou bien c'est moi qui suis distrait ?

J'ai écouté attentivement, et j’ai eu l’impression que le discours de Maria Nowak évolue. Elle dit, belle image empruntée à l’admirable Geremek dans son Histoire de la pauvreté au moyen âge, que le traitement des pauvres sort enfin de l’alternative « la potence ou la pitié ».

Elle dit : le crédit est une outil ancien à double face; qui crée de la richesse et des dettes. Elle insiste, et c’est là que ça m’intéresse : il est « à la frontière d’un bien public et d’un bien privé, créant des externalités positives au-delà des clients ».

Tiens : un « bien public » ? dans la bouche de Maria, c’est, à ma connaissance, et je la lis et l’écoute depuis 25 ans, une nouveauté. Les « externalités positives », c’est le vocabulaire des libéraux, une concession faite à leur corps défendant. Tant de phénomènes ne marchaient pas dans leur pensée mécaniste (seule mon intérêt individuel, etc.).

Mais l’idée que l’on trouve des ingrédients des « Biens publics » dans le microcrédit signifie, tel que je le comprends, qu’on admet qu’il ne s’agit pas uniquement d’une « activité de marché ».

Enorme concession de Maria. Car l’autre définition des biens publics, c’est qu’ils ne se gèrent pas comme des biens privés. Etc, j’y reviendrai…

G20 Microfinance - 2 - Mon CR grognon et admiratif

D’abord bravo à Paul Loridant, l’infatigable. Il a organisé une journée remarquable, et la diversité des intervenants et des discours montre que, désormais, la microfinance des bisounours disparait du discours public. Deux personnes seulement nous faisaient encore le récit merveilleux de ces « clients » émerveillés qui redécouvrent l’humanité grâce au microcrédit : le représentant de la Bill et Melinda Gates Fundation, un peu inévitable, et l’homme venu de Mongolie. « L’un des nos clients qui n’avait plus de famille nous disait après son prêt : ça y est, j’ai des frères et des sœurs ».

Emouvant, bien sûr. Mais c’est attribuer au microcrédit plus, beaucoup plus que ce qu’il peut donner. Surtout quand il devient une industrie. « M F industry »… yes, man. Parlons entre gens sérieux. A part of finance industry, of course.

(Au passage, j’ai entendu Yunus, toujours aussi beau et calme, parler du CGAP en développant : « the Consultaltive Group to assist The Poorest », alors qu’il ya un moment déjà que le sigle a été transformé en « To assiste the poor », ce qui est un signe parmi d’autres)

Voici un CR partiel, partial, incomplet (je ne pouvais pas rester toute la journée) du Colloque international tenu au Sénat dans le cadre de la présidence française du G20. CR grognon par moment, car ce colloque, un de plus, donnait parfois tellement l’impression de répétition. On sait sur le plan macro que la MF, quand elle est bien gérée, devrait représenter un réel outil de développement. Or aujourd’hui encore, les fonds investis représentent quelques 3 à 5% de l’aide publique au développement (dixit Attali).

C’est l’un des problèmes majeurs. Ne pas mixer aide publique et investissements privés, c’est laisser toute la place à ces investisseurs privés. Qui s’avèrent myopes et monomaniaques : à part rechercher le profit, de préférence le maximum et à court terme, que savent-ils faire ?

(oui, je sais, c’est un jugement injuste et exagéré : quelques rares organisations tentent de mettre en avant la performance sociale comme objectif de leur investissement, à rang égal avec la profitabilité. Mais ils représentent quelle part des interventions des marchés financiers dans la MF ? peu de chose. Même si leur influence, semble-t-il, progresse).

Autre observation sur la qualité des interventions : seul le sous-gouverneur de la Banque du Brésil a sérieusement fait le lien entre objectifs de politique publique macro économique, et développement de la MF : y compris les prêts à la consommation, les services financiers, l’accès au compte, etc. C’était magistral.

G20 Microfinance - 1 - un compte rendu à l'eau de rose et un autre grincheux

(je n'avais pas envie de faire un CR de cette journée MF au Sénat la semaine dernière, mais je crois que je vais m'y mettre, dans le style grincheux, car ce que je lis d'anodin par ci par là me parait bien insuffisant ! --1er billet ci dessous)

Je sais que c'est un exercice obligé, mais le compte rendu très bref du ministère des finances sur le colloque tenu le 8 juillet au Sénat est un peu léger. "3 défis pour la MF", ouais : mais avec des biais, pour le moins.

Moi, je n'ai pas entendu du tout qu'il y avait consensus sur le fait que "la microfinance devrait être plus largement financée par le secteur privé". C'est au contraire "le secteur privé" qui est à l'origine des catastrophes et des pires injustices qui se sont développées dans ce secteur ces dernières années : donc c'est pour le moins imprudent de l'écrire sous cette forme.

Même si la fin de la citation est "...et en particulier par les ressources locales" : ça, ce n'est pas non plus un point de consensus, c'est plutôt le point de vue de Yunus, qu'on laisse parler en raison de son statut d'icône. Mais qui n'est pas suivi par les crocodiles et les requins (privés) du secteur...

2ème défi : ce n'est qu'un défi, autant dire un vœu pieux, et pas un objectif : "La sécurité financière de la microfinance pourrait (c'est moi qui souligne) être renforcée par une régulation et une supervision adaptées, permettant d'assurer la solidité financière des établissements de microfinance". Pourrait ! Ca pourrait leur faire du bien, en effet, s'ils ne'étaient pas soumis aux risques de change, aux prédateurs divers, etc. Mais écrit ainsi, ça signifie que l'on n'ose même pas envisager ( = DEVRAIT) de proposer au G20 une réglemantation commuen de la MF !

(admirons la symétrie au passage : la MF devrait être financée par le secteur privé, mais elle pourrait être régulée un peu mieux !)

3ème défi, la MF doit tout faire : "La vocation sociale de la microfinance étant primordiale, ce secteur devrait (…donner ) la priorité à la réduction de la pauvreté, au soutien des territoires les plus fragiles et à l’entrepreneuriat, tout en poursuivant les innovations sociales et financières". C'est curieux que l'on n'assigne pas les mêmes objectifs à la finance en général ? Seule la MF est vertueuse, donc chargeons le baudet : elle saura tout faire à la fois !

Et on revient, dans une fausse naïveté, à cette croyance pourtant combattue : la MF, c'est la panacée. C'est faire du business, c'est faire de l’aménagement des territoires, c'est réduire la pauvreté (surtout pas réduire les inégalités, faut pas exagérer!), et c'est innover...

Décidément, le G20 aura du mal à trouver des objectifs opérationnels dans ce fatras !

mardi 7 juin 2011

Augmenter le microcrédit en France : oui, mais à quelles conditions ? Et avec qui ?

Ce papier paru aujourd'hui dans Les Echos (quand démarre la Semaine du microcrédit) est tellement jouissif que j'en ai fait une repro sauvage.

Les Echos 070611 - crédits aux TPE

il n'existe aucune statistique, dit Cohen Hadad, sur les crédit aux TPE inférieurs à 25 000 €. rien ! et elles "n'intéressent que moyennement les banques", ajoute-t-il. C'est une litote ! Des "statistiques par régions sont nécessaires" car les comportements des réseaux sont assez différents... etc.

Cohen Hadad, qui est optimiste, espère rencontrer Rameix, le médiateur du crédit, le 25 juin pour en parler avec lui. Car le rapport de Rameix, missionné par Lagarde, laisse noir le trou noir en question.

Etonnant, non ? Alors que les TPE constituent plus de 90% des entreprises en France, on ne connait pas leurs problèmes bancaires. Au passage, autre coincidence, 25 000 € c'est la définition du plafond de ce que la Commission européenne nomme le microcrédit. Encore une façon de dire plus ou moins implicitement : au dessous de 25 000 €, vous n’intéresse pas les banques, et elles ont renoncé à faire des offres de crédit professionnel sur ce segment de marché. Elle n'imagient même pas avoir une activité rentable dans ce secteur !

La seule exception est connue : si vous êtes un micro entrepreneur, et si vous avez le bon "track record" comme on dit an américain, vous obtiendrez des "facilités de trésorerie" : donc pas vraiment un prêt pro; plus simple à mettre en place, plus rentable pour la banque, et moins risqué.

Et ce que devrait ajouter Cohen Hadad, c'est que Bâle III va faire empirer cette situation. les prêts aux petites entreprises vont être classés dans la catégorie des prets les plus risqués dans le bilan ce la banque. Donc aggravant le besoin de fonds propres en contrepartie. Raison de plus pour ne pas se compliquer la vie avec des trucs aussi peu rentables !

Comment faire ? je connais des gens qui ont 2 ou 3 petites idées sur ce point, y compris des propositions un peu agressives à l'égard des banques. Mais qui leur permettaient de faire des prêts rentables. ça doit être jouable !

jeudi 5 mai 2011

Yunus perd en appel --nul ce truc !

C'est là que je l'ai vu pour la 1ère fois. C'est nul et lamentable...

papier plus détaillé ici (L'Express)

Yunus était à Paris récemment. Il a dit des choses intéressantes et nuancées sur ce que devrait être le microcrédit. Mais évidemment, son "à but non lucratif" traduit par les journalistes français, mériterait une petite leçon de sémantique amusante !

ce n'est pas si simple, ni chez lui, ni chez nous...

mercredi 27 avril 2011

Yunus et la Grameen lavés de tout soupçon (ça va encore mieux en le disant !)

C'est là

mardi 5 avril 2011

microcrédit et révolte arabe : contre le "get richer fast or die trying"

Une jolie mise en perspective du microcrédit et des révoltes arabes, par Van Dick : c'est là

Sur les modèles de microcrédit -le modèle français alternatif

J'avais envie depuis un moment de réagir sur la question du "modèle économique". En gros, et pour rester dans l'équation française, on entend dans les réunions sérieuses de jeunes convertis vous expliquer "le modèle". Je résume : ya un seul et unique modèle de MC, c'est celui qui est rentable. Et pour être rentable, il faut facturer des intérêts. Evidemment, des intérêts élevés, puisque les couts de production sont élevés en France (parce que les salariés coutent cher).

Donc si tu ne factures pas des intérêts élevés, t'es pas durable, t'es pas sustainable.

hé bé je prenais prétexte des rapports annuels pour rappeler que France Initiative arrive, chaque année depuis 25 ans, à obtenir de l'argent et à le prêter sans intérêt. Ce qui me parait assez "durable" non ?

Évidemment, à partir de concepts et de méthodes qui philosophiquement sont éloignés du "modèle rentable".

voilà mon petit papier paru dans les débats sur le site les Echos le 5 avril

(il y a un raccourci abusif dans le dernier alinéa : il laisse croire que l' "Adie est en crise" ce que ne je crois pas et ce qui n'est pas le cas. J'avais écrit que "de nombreuses IMF" ont des difficultés à emprunter depuis l'an dernier.).

lundi 21 mars 2011

La nouvelle présidente de l'Adie : doubler la production dans les 5 ans?

C'est Benoit Willot qui s'y colle. Portrait de Catherine Barbaroux, nouvelle présidente qui succède à l'immense Maria Nowak à l'Adie. Portrait fait à partir du communiqué de l'Adie et de l'interview de CB dans La Croix.

Portrait intéressant car CB est à la fois "un grand serviteur de l'Etat", comme on dit dans les nécros, et une femme qui a une vraie expérience du "privé" (mais dans de grosses boites). Je l'ai rencontrée quand elle était Déléguée à l'Emploi (ou elle est restée sous des ministres de droite et de gauche), puis quand elle a fini sa carrière à la région Ile de France. Assez tranchante, mais avec bonhommie. Tout à faire représentative de ce "modèle français", avec forte implication des pouvoirs publics et contribution au dynamisme des grandes boites...

Comment vit-elle ce que j'appelle la posture idéologique de l'Adie dans un débat assez vif, l'an dernier ? On verra. Mais "doubler la production" : avec quels objectifs ? Acquérir la fameuse autonomie financière, le graal avoué de Maria ? En continuant de mettre la pression sur la productivité, et en montant les taux d'intérêt des prêts ? Ou bien mettre en place de façon voulue, systématique, ces partenariats publics-privés que j'ai prôné (avec d'autres) ?

Elle commence par dire que "beaucoup de clients potentiels ne connaissent pas l'Adie" : donc communiquer. Mais les attirer en direct vers l'Adie, le prêteur ? ou bien passer par les réseaux d'accueil, qui filtrent et conseillent ? La encore, ce sera un enjeu.

En tous cas, bienvenue à elle. L'Adie est une réalisation fantastique, qui doit presque tout à Maria, et beaucoup aux équipes, d'une efficacité et d'une fidélité fantastiques. Pour la prochaine période, il me semble que les enjeux sont désormais dans "la coopération" avec les banques, qui ressemblera de plus en plus à une partie de bras de fer. Et la technologie, avec le mobile et le scoring. Avec un risque de perte de ce qui constitue le coeur de métier : la confiance, les yeux dans les yeux, entre le prêteur et l'emprunteur.

samedi 12 mars 2011

Plus souvent les clients rencontrent le prêteur, mieux ils se portent... Ca vient de Harvard, c'est du costaud !

C'est déroutant quand on constate que la science rejoint le bon sens. Mais agréable quand il s'agit de telles évidences : dans ce papier récent Economic returns to social interaction", le constat chiffré est que les emprunteurs qui rencontrent plus souvent leur prêteur se portent mieux que les autres emprunteurs.

Dit comme ça, c'est simple. Les liens informels, les échanges d'info, la confiance qui s'installe lentement (social interaction) ont des impacts évidents : et sur la relation, et sur les performances du micro entrepreneur. Donc un Economic return. On lit ça presque avec soulagement. Ah bon, parce que la plupart des grosses têtes américaines essayaient pourtant de nous montrer depuis des années que le microcrédit, c'est un contrat ; point. Et le prix du contrat (le taux d'intérêt) est donné par la capacité des uns et des autres à négocier, point. Que les parties au contrat soient inégales, on ne voulait pas le voir... Et les pauvres se faisaient avoir en grand nombre.

En fait, il suffit non de changer, mais d'enrichir un peu de cadre d'analyse pour constater qu'un prêt, c'est d'abord du lien social (de la confiance et plein d'autres trucs) ; d'ou découlent (ou non) des constructions subtiles et lentes. C'est néo Putnam, tout ça, ma bonne dame.

Ce qui me désole, c'est la suite.

D'abord, comme les auteurs du papier sont de Harvard, il faut bien qu'ils fassent une PPPremière MMMondiale. Donc ils nous assènent que leur papier constitue "The First Experimental Evidence"que, etc. Ouais, récupérer du bons sens, c'est toujours une Première Mondiale. Ils ont raison.

Ensuite, ils en concluent qu'ils présentent une théorie alternative sur le sur le lien entre Group lending et réduction du risque. En très bref : on constate en général que les prêts collectifs sont mieux remboursés que les prêts individuels. Et on attribue cette différence aux contenus sociaux de la technique de prêt : tu as la pression du groupe sur le dos, donc même si tu as des soucis, tu rembourses parce que tu ne peux pas te permettre de te faire exclure de ton groupe.

OK, mais c'est un peu nul et trop modeste comme conclusion ! J'aurais préféré qu'ils concluent : on a raconté beaucoup de bêtises rationnelles sur le contrait de prêt ces dernières années. En fait, le prêt, c'est un ensemble d'interactions sociales qu'on a eu la flemme d'analyser avec les bons outils (de la sociologie, de l'anthropologie, de l'histoire, du culturalisme, de, de, de...) et on constate que c'est avant tout cet ensemble d'interactions qui font ou ne font pas le "succès" du prêt !

Quant au profit du prêteur, critère qui pollue toute l'analyse, décidons une bonne fois pour toutes qu'on se libère de cette pression merdique.

mardi 8 mars 2011

Yunus 70 ans est "trop vieux" pour diriger la Grameen, dit le ministre des finances, 77 ans

C'est ici. C'est moyennement drôle. C'est une castagne politique interne entre clans au BanglaDesh, et j'ai pu constater que ça déstabilise quand même, genre "yas pas de fumée..." etc.

Et la MF, qui a d'autres sujets de débats plus sérieux, se serait bien passée de celui la, à mon avis !

jeudi 3 mars 2011

"icône déchue" ? Le Monde sur Yunus, bof...

C'est dans Le Monde daté du 4 mars 11.

Le papier est mi figue mi raisin, comme sait faire Le Monde. Mais ça pue le complot politique, ce dont rend compte le journal entre les lignes.

Bin oui, il a un ego dilaté --on l'aurait à moins et ayant moins accompli ! Et même si Yunus n'est pas un saint, on reconnaitra qu'il aura fidèlement défendu un microcrédit qui résiste à la pression des investisseurs accapareurs.

Au passage, je me demandais ce que signifiait vraiment ce terme vieillot de "déchu" : juste pour savoir s'il y avait une nuance avilissante et coupable dans le mot. Non, pas vraiment, dit Littré : "Tomber dans un état inférieur à celui où l'on était" : c'est neutre. On n'est pas un bandit pour autant ! Mais plus subtil : "terme de théologie : Déchoir de l'état de grâce, perdre la grâce". La, on sent que Yunus à "perdu" un morceau de "la grâce" médiatique, l'onction sainte ! ... Mais plus joli, une citation du Littré : "L'âge la fit déchoir, adieu tous les amants" de La Fontaine : la brièveté ! on croirait du Blaise Pascal !

jeudi 17 février 2011

"We conclude that some people are made poorer and not richer by microfinance, particularly micro-credit clients"

C'est l'une des conclusions d'une étude sur les études. Uniquement sur la MF sub-saharienne, mais à voir de près (quelle extension des conclusions?)

C'est un thème d'étude qu'il faut développer, bien entendu. Non pas juste pour critiquer ce que l'on a adoré. Plutôt pour établir les bonnes conditions : il ya d'ailleurs des recommandations intelligentes à la fin.

Mon idée est qu'il y a toujours des erreurs et des idiots. Des erreurs dans l'allocation des prêts, et des idiots parmi les emprunteurs. Mais la question est : quelle est la responsabilité spécifique du prêteur ? C'est l'offre qui fait l'idiot?

Ensuite, il ya une question de nuances : peut on accepter, en tant qu'offreur, le risque de fabriquer 1% de "bad loans" ? ou 5% ? ou 10% ? et jusqu'où est-on responsable de l'échec de l'emprunteur ?

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