(je n'avais pas envie de faire un CR de cette journée MF au Sénat la
semaine dernière, mais je crois que je vais m'y mettre, dans le style
grincheux, car ce que je lis d'anodin par ci par là me parait bien
insuffisant ! --1er billet ci dessous)
Je sais que c'est un exercice obligé, mais le compte
rendu très bref du ministère des finances sur le colloque tenu le 8 juillet
au Sénat est un peu léger. "3 défis pour la MF", ouais : mais avec des
biais, pour le moins.
Moi, je n'ai pas entendu du tout qu'il y avait consensus sur le fait que
"la microfinance devrait être plus largement financée par le secteur
privé". C'est au contraire "le secteur privé" qui est à l'origine des
catastrophes et des pires injustices qui se sont développées dans ce secteur
ces dernières années : donc c'est pour le moins imprudent de l'écrire sous
cette forme.
Même si la fin de la citation est "...et en particulier par les
ressources locales" : ça, ce n'est pas non plus un point de
consensus, c'est plutôt le point de vue de Yunus, qu'on laisse parler en raison
de son statut d'icône. Mais qui n'est pas suivi par les crocodiles et les
requins (privés) du secteur...
2ème défi : ce n'est qu'un défi, autant dire un vœu pieux, et pas un
objectif : "La sécurité financière de la microfinance
pourrait (c'est moi qui souligne) être renforcée par une
régulation et une supervision adaptées, permettant d'assurer la solidité
financière des établissements de microfinance". Pourrait ! Ca
pourrait leur faire du bien, en effet, s'ils ne'étaient pas soumis aux risques
de change, aux prédateurs divers, etc. Mais écrit ainsi, ça signifie que l'on
n'ose même pas envisager ( = DEVRAIT) de proposer au G20 une réglemantation
commuen de la MF !
(admirons la symétrie au passage : la MF devrait être
financée par le secteur privé, mais elle pourrait être régulée
un peu mieux !)
3ème défi, la MF doit tout faire : "La vocation sociale de la
microfinance étant primordiale, ce secteur devrait (…donner ) la priorité à la
réduction de la pauvreté, au soutien des territoires les plus fragiles et à
l’entrepreneuriat, tout en poursuivant les innovations sociales et
financières". C'est curieux que l'on n'assigne pas les mêmes objectifs à
la finance en général ? Seule la MF est vertueuse, donc chargeons le
baudet : elle saura tout faire à la fois !
Et on revient, dans une fausse naïveté, à cette croyance pourtant
combattue : la MF, c'est la panacée. C'est faire du business, c'est faire
de l’aménagement des territoires, c'est réduire la pauvreté (surtout pas
réduire les inégalités, faut pas exagérer!), et c'est innover...
Décidément, le G20 aura du mal à trouver des objectifs opérationnels dans ce
fatras !