Evaluer la microfinance - Benoît Granger, MicFin

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mercredi 24 février 2010

Mieux vaut être riche qualifié et en bonne santé, one more time (c'est lassant !)

Je tombe sur ce morceau de choix dans la fausse naïveté INSEE typique et répétitive (l'Insee fait ça chaque année, donc pourquoi s'énerver ?)

En résumé, sur 100 entreprises créées une année, 5 ans après, il en reste 50, à la louche. La ou vous allez tomber de votre chaise, c'est que parmi les 50, celles qui marchent le mieux sont celles créées avec beaucoup d'argent, par des gens (plutôt des hommes !) diplômés, et qui ont une expérience du métier dans lequel ils entreprennent. Incroyable, non ?

A force de décrire ainsi des "faits", on finit par inverser causes et conséquences. Par exemple :

"les entreprises dont le nombre de salariés a augmenté au cours des 3 premières années franchissent, toutes choses égales par ailleurs, 1,6 fois plus souvent le cap des 5 ans que les autres." De même, plus le chiffre d’affaires a progressé 3 années après la création, plus les chances de pérennité de l'entreprise à 5 ans apparaissent élevées.

On lit : augmentez votre CA, et ça ira bien pour vous. Alors que la cause c'est : j'ai un projet ambitieux, des compétences et des bons et nombreux clients DONC mon CA augmente (conséquence), et non l'inverse...

A force de présenter les chiffres de cette façon, on va finir de persuader les pauvres, les femmes, les jeunes et les sans fric ni diplômes que ce n'est pas la peine d'essayer : il sont bons pour le plantage, c'est statistique mon bon monsieur ! ET bien sûr, au passage, on finira d'en cnvaincre les banquiers de base, qui, eux, n'ont vraiment pas envie de perdre leur temps avec des clients pareils !

vendredi 19 février 2010

Les poissardes jurent d'étrangler celle qui ne serait pas fidèle au paiement --donc qui ne pourrait pas rembourser leur prêt - Un "groupe lending" pré-Yunus

C'est dans Laurence Fontaine « L’économie morale », qui a retrouvé ce magnifique passage de Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, dans les 1750 et quelques :

Le (préteur à la petite semaine) se rend alors dans une maison écartée, dans une salle ou il n’y a qu’une mauvaises tapisserie, un grabat, trois chaises et un crucifix. La, il donne audience à soixante poissardes, revendeuses et pauvres fruitières. Puis il leur dit d’une voix composée : « mes amies, vous voyez que je ne suis pas plus riche que vous ; voilà mes meubles, voilà le lit ou je couche quand je viens à Paris : je vous donne mon argent sur votre conscience et religion ; car je n’ai de vous aucune signature, vous le savez, je ne puis rien réclamer en justice. Je suis utile à votre commerce, et quand je prodigue ma confiance, je dois avoir ma sûreté. Soyez donc toutes ici solidaires l’une pour l’autre, et jurez devant ce crucifix, l’image de notre divin sauveur, que vous me ferez aucun tort, et que vous me rendrez fidèlement ce que je vais vous confier » Toutes les poissardes et fruitières lèvent la main, et jurent d’étrangler celle qui ne serait pas fidèle au paiement : des serments épouvantables se mêlent à de longs signes de croix. Alors l’adroit sycophante prend des noms, et distribue à chacune un écu de six livres, en leur disant : « je ne gagne pas ce que vous gagnez, il s’en faut ». la cohue se dissipe, et l’anthropophage reste seul avec deux émissaires dont il règle les comptes et paie les gages.

vendredi 20 novembre 2009

Sur le déversement des emplois, au sens contrat de travail, vers les activités, au sens : vas y mon gars, fais toi autoentrepeneur, c'est le bonheur

le point de vue américain est ici.

Berhent explique qu'il a fallu un choc conjoncturel (?) de très grande ampleur pour que le débat intellectuel se déplace de : "une politique de l'emploi, ça sert à rien, suffit d'attendre que ça reparte" vers "une politique de l'emploi, ça peut être un ensemble de décisions qui pèsent sur les marchés".

il termine prudent :

Naturellement, de telles mesures (note : de soutien aux états par le fédéral) sont assez étrangères à la pensée économique dominante dans les milieux politiques américains, y compris au sein des démocrates. Il suffirait que l’administration Obama évoque la possibilité de le prendre en considération pour que les républicains brandissent le spectre du « socialisme », comme ils l’ont fait cet été dans le débat sur la réforme de la santé. L’enlisement de la crise actuelle pourra-t-il faire bouger les lignes? Rendez-vous au sommet-emploi de la Maison Blanche le 3 décembre…

Je suis sans aucun doute influencé par ma fréquentation des historiens ces temps ci, mais décidément, j'aime ces modestes scientifiques des "sciences molles" qui utilisent assez peu les outils réputés exacts (les maths des économistes) et beaucoup les faits et leur mise en perspective.

Le rapport ? on est en train d'inventer en Europe des formes d'emploi qui se rapprochent de "l'autonomie", en tous cas de l'individualisation qui sont une façon sophistiquée de contourner les règles devenues trop rigides des emplois d'un marché normé ( = pour aller vite, des grandes entreprises, sur le modèle de l'emploi public).

Et quand on traite ça sous la forme d'un encouragement à l' "esprit entrepreneurial", ça m'inquiète ! Entrepreneur c'est autre chose : c'est d'abord en avoir la volonte, de préférence. pas y être condamné ! ! !

mercredi 11 novembre 2009

Pourquoi les pauvres ont-ils des comportements aberrants ?

Je sors d’une séance de ce séminaire à l’ENS, rue d'Ulm, que je suis depuis 3 ans sur les «histoires de crédit ». Aujourd’hui une sociologue nous décrivait une partie de sa thèse sur le crédit conso. Les pauvres « se font avoir » : les faits, les chiffres sont la. Pour financer leurs vacances ou une fin de mois difficile, les pauvres prennent du revolving à 20% et les riches (disons les petits bourges) se débrouillent avec leur banque à 6 ou 9%. Les pauvres se font avoir. Les pauvres ont des comportements aberrants, ou du moins irrationnels !

(qui s'expliqnent en fait par la volonté d'une impersonnalisation : je ne veux pas être jugé par le teneur de compte de ma manque, qui sait que je suis pauvre)

Coïncidence : je tombe 2 heures plus tard sur ce commentaire par Isabelle Guérin du livre qui fait grand bruit : Collins Daryl, Jonathan Morduch, Stuart Rutherford, Orlanda Ruthven Porfolios of the Poor. How the World’s Poor Live on $2 a Day (2009)., Princeton: Princeton University Press. – que j’ai évidemment la flemme de lire en anglais !

Isabelle termine par :

Le livre est aussi un vibrant plaidoyer pour le micro-crédit à la consommation. Convaincre les praticiens de la microfinance, et leurs bailleurs de fonds, que le microcrédit est souvent détourné d’usages « productifs » est tout à fait louable. Prétendre que les pauvres ont besoin d'emprunter pour les besoins sociaux est également parfaitement légitime. Mais ne faut-il pas simultanément tenir compte des risques du crédit à la consommation et mener une réflexion et un débat de fond sur ce que cela signifie en termes de politique et de choix de société ? Et ne faut-il pas en repenser les conditions, notamment en termes de coût ? S'il n'y a pas d'augmentation des revenus et aucun mécanisme de redistribution, la dette entraîne nécessairement la paupérisation. C'est un effet mécanique très simple, à moins qu'elle soit exempte de frais, mais ce n'est pas le cas de la microfinance. Les risques sont d’autant plus prononcés dans la mesure où le désir de consommer est très probablement croissant parmi les pauvres.

Oui, et pas seulement au Sud. Je suis sidéré, dans les histoires de crédit que l’on a de la part de sociologues, économistes, etc, de la pression qu’exercent les besoins et les désirs de conso, de dépenses. Et les prêteurs spécialisés (prêteurs conso) nous expliquent gentiment qu’ils n’exercent aucune pression vis-à-vis des clients. Bin voyons. Juste en leur disant « vous avez une réserve d’argent, qu’attendez vous pour l’utiliser ? » : c’est pas une pression ça ? Le revolving correspond « à un besoin » plaidait le responsable de l’organisation professionnelle il y a qqs jours dans Le Monde. Bin oui, à un besoin. Mais surtout un besoin d‘impersonnalisation de la relation. Les pauvres ont des comportements aberrants parce qu’ils ont une marge de manœuvre très limitée ; et parce que les trésors de talent des offreurs réussissent à leur maquiller les risques de leurs actes. Égalité contractuelle ? Tu parles ! il faut vraiment être soit très hypocrite, soit très ignorant pour continuer à plaider cette fiction !

Autre partie de la séance à l'ENS : un long récit des relations commerciales entre un anglais catholique établi à Anvers, qui faisait commerce de diamants et de textiles avec des juifs anglais de Londres, des huguenots réfugiés au Portugal, des protestants d'Amsterdam, et les uns et les autres se canardaient de temps à autres avec des Ashkenazim d'Europe centrale, le tout entre 1700 et 1752, date ou John Damer meurt... J'adore ! le tout raconté par un historien belge néerlandophone d'une vois lente et douce, recto tono, même quand il nous racontait les mésaventures des courriers, de la confiance et des crédits et du contrôle sans le dire, des uns et des autres, les uns sur les autres... Il exploite 800 lettres sur un fonds de 15 000, et raconte vraiment très bien.

J'adore ces séances à Normale Sup, ou j'ai l'impression de voguer loin de mon quotidien, de voir vivre la vie de gens intéressants, actifs, entreprenants, et qui ont laissé de faibles traces de leurs vies sur cette terre, que l'on se raconte longtemps après pour tenter d'y trouver un sens ! ...

loin et tellement proches. L'envie, la méfiance, mais aussi la confiance, l'altruisme, l'hommage des égaux, que de sentiments qui démentent l'hypothèse même de l' "homo oeconomicus", le supposé champion de l'égoïsme et de la rationnalité ! Quelle ramassis de stupidités, resassées depuis ce malheureux Adam Smith, qui n'en disait pas tant ! ...

jeudi 22 octobre 2009

CK Prahalad "penseur le plus influent" du monde des affaires ? Ca me désole !

C'est ici. Surtout quand c'est pr la 2ème ou 3ème fois. Alors que son BOP repose sur des sophismes...

mardi 20 octobre 2009

Institute for social banking - des nouvelles

L'an dernier, j'avais participé à l'Université d'été organisée par l'ISB au Danemark : formidable !

L'ISB propose des infos sur ce qu'il fait ; réunion en Novembre, etc.

mardi 13 octobre 2009

les personnes âgées sont-elles les prochaines cibles des prêteurs prédateurs ? (expression typiquement américaine, mais très claire, non ?)

C'est ici, et c'est impressionnant ! "Are Senior Citizens the New Targets for Predatory Lenders?" Christine Lagarde, notre ministre de l'économie, vient de refuser de règlementer le revolving. Pendant ce temps, aux Etats -Unis, ou les abus en matière de surendettement sont infiniment pires que chez nous, on se demande qui est la prochaine victime. Quand les revenus diminuent, comment faire autrement que de s'endetter pour maintenir un minimum de pouvoir d'achat ? non, ce n'est pas LA solution ; au contraire, c'est une solution de désespoir --de personnes acculées à trouver n'importe quel moyen immédiat de survie. Et on continuera de prétendre que le surendettement, c'est la responsabilité de ces emprunteurs irresponsables ?

disgusting !

dimanche 27 septembre 2009

How Did Economists Get It So Wrong?

voilà le lien sur le papier de Krugman cité dans mon précédent papier.

C'est costaud, mais faut le lire !

mardi 7 juillet 2009

Les MFI comme distributeurs : risques de dépendance accrue dans la conso des pauvres

Mon titre n'est pas très explicite. Juste un reminder. Il renvoie à un papier comme celui ci par exemple. C'est une discussion en cours avec des amis, dont Cyril Rollinde, installé en Inde.

La question est : des industriels constatent que les MFI sont des réseaux de distrib très ramifiés, au contact quasi quotidien de leurs clients. Donc on pourrait se servir de ces réseaux comme des réseaux de distrib de n'importe quoi à vendre aux mêmes.

Le risque : "imposer" le prêt et l'achat. En gros, tu prends un microcrédit pour acheter tel ou tel Truc, qui fait partie de la catégorie Consommation beaucoup plus que la catégorie Outil de prod pour créer un business... Et par hasard, c'et le même sous une autre casquette, qui te tente avec les produits de conso, et qui t'attire avec le prêt.

Joli piège, jolie dépendance crée aussitôt. (Rappel : Wal Mart au Mexique a obtenu une licence de banque !)

Le risque supplémentaire : si ce sont les actionnaires étrangers du MFI qui lancent de tels projets, on les imagine bien passant des alliances avec les industriels étrangers qui cherchent des distributeurs locaux. Et dans ce cas, on est typiquement dans une relation inégale : que feront les industriels locaux face à un tel rouleau compresseur ?

mercredi 25 février 2009

Michel Abhervé et la critique des erreurs des banques coopératives

Le papier publié depuis quelques temps par Michel Abhervé (prof dans un master de l'économie sociale) et Pierre Dubois continue à faire du bruit.

J'étais hier soir à une réunion proposée par AlterMundi pour en discuter : j'étais impressionné par la qualité des débats et la sensibilité du public (70 personnes environ?) à ce thème. Que les grandes banques (sous entendu : capitalistes) fassent des erreurs énormes liées à la spéculation, on peut comprendre. mais NOS banques, celles de l'économie sociale ? ? Natixis est revenu sur la table à plusieurs reprises, ainsi que, plus généralement, le pouvoir passé des sociétaires et administrateurs vers la "technostructure" de ces banques.

Pas de grande décision prise en séance, mais une volonté encore fragile, de "reprendre le pouvoir" ? Peut être bien.

Evidemment, la prise de pouvoir en cours au sein du nouveau groupe Banques populaires - Caisses d'épargne n'est pas un très bon signe dans cette direction ! ! Mais "le réveil des sociétaires" peut avoir lieu bientôt !

dimanche 4 janvier 2009

Avant Yunus, les Monts de piété et les prêteurs informels...

Mon voisin de blog, Benoît Willot, traite du prêt sur gage, le fameux mont de piété ; devenu Crédits municipaux en France. Coïncidence : je viens de terminer la lecture de l'extraordinaire livre de l'historienne Laurence Fontaine, "L'économie morale - pauvreté, crédit confiance dans l'Europe préindustrielle". C'est une fantastique synthèse de ce que l'on sait sur ces liens tellement subtils entre crédit, confiance ; don et usure ; stratégies des nobles et des pauvres ; puis la laïcisation progressive de la morale, dès avant la révolution...

J'y reviendrai, car c'est un grand livre.

dimanche 28 décembre 2008

« La difficulté d’abolir les usuriers étant à peu près la même que celle d’empêcher les gens qui ont besoin d’eau d’y avoir recours

« La difficulté d’abolir les usuriers étant à peu près la même que celle d’empêcher les gens qui ont besoin d’eau d’y avoir recours, on a considéré qu’une tolérance conditionnelle était le seul et le meilleur parti qu’il y eut à prendre ». C’est dans le magnifique livre de Laurence Fontaine, « L’économie morale – pauvreté crédit et confiance dans l’Europe préindustrielle », p 128.

C’est une citation d’un mémoire composé en 1770 par ordre de Sartine à la demande de Marie-Thérèse. Et l’actualité de la question est énorme. Même si le mont de piété, devenu Crédit municipal, a ralenti la mise en gage des biens par les pauvres... A l’époque, la motivation principale des réformateurs pour contrôler l’activité de prêteurs est d’une part le taux d’intérêt, très élevé ; d’autre part, le vol des gages (on vient mettre en gage une nippe, un objet, que finalement le vendeur vendra : donc impossible de le récupérer).

Mais la question des taux d’intérêt n’est pas si simple. Même Turgot, également cité par Laurence Fontaine, défendra les petits prêteurs de rue dans son « Mémoire sur les prêts d’argent ». Il décrit parfaitement ce « prêt à la petite semaine » aux taux d’intérêt énormes. Cependant « les emprunteurs ne se plaignent pas des conditions de ce prêt sans lequel ils ne pourraient faire un commerce qui les fait vivre, et les prêteurs ne s’enrichissent pas beaucoup parce que cet intérêt exorbitant n’est guère que la compensation du risque que court le capital ».

Argument pragmatique, hors de toute moralisation ; et qui reste insuffisant s’il y a trop d’abus. Curieux : les philanthropes seront contre l’usure avec constance ; mais parmi eux, les seuls qui sont conséquents ont crée les Monts de piété. Les autres se sont contentés de critiquer au nom de la morale et de l’ « injustice » que subissaient les pauvres... pas très efficace !

Pour éviter le gage, Laurence Fontaine cite également le discours du prêteur (page 134) aux femmes des marchés (« poissardes revendeuses et pauvres fruitières »...) : soyez solidaires entre vous et jurez sur le christ que vous me rendrez, etc... Donc la caution (morale) remplace le gage et la transaction devient plus rentable pour tout le monde !

Bref, Yunus n’a rien inventé ! Plaisanteries mises à part, je dois dire que Yunus m’a souvent agacé par cette fausse naïveté avec laquelle il raconte les débuts de la Grameen. « J’ai leur ai prêté 2 dollars et me suis aperçu qu’elles remboursaient »... je "me suis aperçu" ? ? comme si les pauvres pouvaient faire autrement ! Par définition, ils remboursent puisqu’ils savent que sinon, eux qui n’ont presque rien, ils n’auront plus accès à rien du tout.

Mais surtout Yunus était à l’époque un universitaire brillant : il connaissait tout de même un petit peu d’histoire économique. Les activités financières des pauvres, c’est un truc de toute éternité. Les pauvres sont doués pour trouver des solutions de la vie quotidienne à leurs problèmes quotidiens : c'est ce qui leur permet de survivre. Donc même s’il a su donner une dimension nouvelle, très industrielle, à cette technique de prêts aux cercles de caution, ces principes étaient pratiqués, logiquement, ailleurs en fonction des besoins.

dimanche 14 décembre 2008

Arrêter de "Romanticizing the Poor" : une critique qui a l'air solide de ce fameux BOP

Dommage, l'accès est payant. Dès que j'aurai accès à une base de données universitaire, j'espère que je pourrai en lire et en faire un CR. Stop "Romanticizing the Poor", s'énerve le prof Annel Karnani. Avec juste cette citation sur le site de la revue de Standford, qui donne l'eau à la bouche :

Market solutions to poverty are very much in vogue. These solutions, which include services and products targeting consumers at the “bottom of the pyramid,” portray poor people as creative entrepreneurs and discerning consumers. Yet this rosy view of poverty-stricken people is not only wrong, but also harmful. It allows corporations, governments, and nonprofits to deny this vulnerable population the protections it needs. Romanticizing the poor also hobbles realistic interventions for alleviating poverty.

(passage mis en gras par moi)

Toutes les critiques de la vue fondamentalement naïve de cette trop fameuse "BOP" me paraissent bienvenues. (les gens visés par Prahalad et ses copains qui sont à la Base of the pyramid... Je me rends compte que je n'ai même pas d'entrée sur ce thème ! Va falloir bosser !)

MàJ : après recherches, il avait aussi une critique féroce de la MF ici :

Microfinance Misses Its Mark

Despite the hoopla over microfinance, it doesn’t cure poverty. But stable jobs do. If societies are serious about helping the poorest of the poor, they should stop investing in microfinance and start supporting large, labor-intensive industries. At the same time, governments must hold up their end of the deal, for market-based solutions will never be enough

[ téléchargeable ici|http://www.ssireview.org/articles/entry/microfinance_misses_its_mark/]

lundi 8 décembre 2008

Les taux d'intérêt du P2P, une estimation

C'est dans un papier publié par Forbes, et on peut supposer qu'ils ont fait le tour au téléphone. C'est surtout, ce qui m'intéresse, les taux des prêts P2P pour le micro business, plus que pour les prêts conso :

Every Web site, with the exception of Prosper, mandates that users meet certain criteria: credit scores of approximately 640 and a debt-to-equity ratio of around 30%. In general, analysts say that small businesses can often get lower rates than they would through credit cards or other alternatives. For example, Renaud Laplanche, CEO and founder of Lending Club, estimates that borrowers on his site pay 12% interest rates on average. Ben Decio, president of GlobeFunder, points to a higher range for his company's borrowers: between 8% and 22%. By contrast, many credit cards charge between 20% and 30%.

De fait, les prêts revolving (par cartes) sont plus couteux aux USA que chez nous --mais pas de beaucoup, finalement. La grosse différence vient des scores : nous n'avons pas de Crédit bureaux, donc nous n'avons pas d'automatisation possible de la confiance.

Et je ne suis pas certain que ce soit une mauvaise chose (du mal à me faire une idée sur la question !)

L'autre grosse? énorme différence vient des prêteurs "du coin de la rue", des payday lenders, des pawn et des autres Sharks : l'usure est très répandue aux USA, alors qu'elle semble limitée chez nous;

mercredi 3 décembre 2008

Savez vous quelle est la distinction entre good et bad inequalities ?

C'est une note en bas de page du rapport de l'OIT sur les salaires en 2008, p 27

Attempts have even been made to somehow reconcile these views by distinguishing “good” and “bad” inequalities, with the recognition that inequalities may be good or harmful to economic growth depending on their underlying forces. Chaudhuri and Ravallion (2007), for instance, consider inequalities as “good” if they refl ect “the role of economic incentives” (created within the market), whereas “bad” inequalities refer to “those that prevent individuals from connecting to the market and limit investment and accumulation of human and physical capital”.

Ca me laisse sans voix. Si les inégalités sont créées par le marché, c'est OK. Si les inégalités vous empèchent de vosu connecter au marché, c'est pas bien. Point final ?

Par ailleurs, l'OIT établit clairement que les inégalités ont augmenté dans les dernières années !

(je le lisais pour voir s'il existe sdes infos sur les revenus comparés des salariés et des micro entrepreneurs : ya pas )

mardi 2 décembre 2008

60 sociétés de P2P dans 12 pays : "ce ne sont pas les fabricants de calèches qui ont inventé le train" !

La devise est connue ; elle est typiquement Shumpeterienne. Ce ne sont pas les entrepreneurs installés qui sont les mieux capables d'anticiper des besoins, des demandes nouvelles, et, a fortiori, la techno qui vont avec. Les banques de détail sont en train de jouer le rôle des fabricants de calèches, car l'essentiel de l'innovation dans les projets P2P se font sans elles, et parfois contre elles.

Deux papiers assez vifs sur ce thème. L'un d'un observateur avisé ; l'autre du temple de la finance, le FT (zut, perdu le lien)

Je cherche à connecter avec les recherches de la FING sur la fabrication de la confiance sur le Net. La connexion avec la MF est évidente. Si on est d'une part sur les fondamentaux ( = MF = confiance) et sur des convictions plus politiques type Yunus ( = pas d'investisseurs étrangers s'ils se contentent de chercher des taux d'intérêt élevés), on est bine dans la confiance ; à l'opposé de la défiance qui fonde aujourd'hui les technologies du prêt.

MàJ : il n'y avait pas de règlementation très stabilisée aux USA sur le régime juridique applicables aux P2P. Prosper vient d'en faire les frais, avec 1M$ de "settlement" avec la SEC.

C'est un peu technique, mais peu importe : le gros problème est ailleurs. Si les prêts de Prosper peuvent être analysés par un juge comme étant des produits financiers qui n'ont pas été enregistrés alors qu'ils devaient l'être, les prêteurs qui ont fait des prêts non-remboursés pourraient se retourner contre la plate forme ! ! ce qui met par terre le modèle lui même. Dans le modèle P2P, la plate forme est un simple lieu (virtuel) de rencontres qui ne prend aucune responsabilité dans le bon achèvement des transactions !

(c'est sur cette base que Friendsclear a démarré en France, en bordant soigneusement la partie juridique)

cela dit, ils sont, semble-t-il, assez optimistes

dimanche 23 novembre 2008

DB - doing business, la critique méthodo

Les rapports Doing Business acquièrent une influence assez inquiétante sur les pays fragiles (en développement et / ou en transition). On le sait ; et c'est uen sorte de course à l'échalote, un concours de "modernité" (?) reposant tout entier sur des critères de classement qui sont très discutables.

A propos de discussion, j'ai retrouvé ici le rapport fait par un organisme indépendant sur la validité méthodologique des rapports DB. C'est un peu technique mais passionnant.

Sur mes réticences à l'égard de DB : femmes, taxes

MàJ : magnifique mise en perspective historique sur Doing Business : "Napoléon contre la croissance?" (ironie inside) par l'historienne Claire Lemercier

vendredi 14 novembre 2008

Une leçon sur l'évaluation des politiques publiques (ma marotte) ; application consternante aux politiques d'insertion des jeunes

BEnoît Willot rapporte ce dialogue surréaliste entre le ministre de l'Emploi et les parlementaires. Merci, c'est très gentil d'envoyer les résultats de vos missions locales pour l'insertion des jeunes au ministère, mais nous n'en faisons rien. Juste des tableaux Excel qui ne servent à rien. Voilà.

( par rapport au sujet de ce blog, il s'agit d'évaluation des politiques publiques, pas tout à fait de microfinance, car la majorité des jeunes qui passent dans les missions locales ne créent pas leur propre job)

Mais je dois dire que je reste abasourdi par ce foutage de gueule explicite. Oui, élus du peuple, faites des trucs sur le terrain ; décarcassez vous, bougez vous pour les jeunes en difficulté, et obéissez aux injonctions de l'Administration Centrale. Mais à part ça, on s'en fout de vos travaux.

Rappelons que Monsieur Laurent Wauquiez avait répondu récemment qu'il "ne savait pas" si c'était efficace, les missions locales (gag déjà relevé par Benoît Willot). On avait envie de lui répondre de lire un peu les rapports, nombreux et sérieux, qu'il reçoit. Ou au moins de les faire lire par quelqu'un qui lui en rendrait compte.

Bon, hé bien ne fatiguons pas le ministre avec de tels détails. Son administration fait des tableaux. C'est mieux que de jeter les rapports à la poubelle directement.

MàJ : Abhervé s'énerve à son tour sur cette ignorance "réelle ou supposée" du ministre.

mardi 11 novembre 2008

Dans le contexte de la MF, il y a une augmentation énorme de l'endettement des personnes. Pour préserver leur pouvoir d'achat ?

C'est un papier d'un économiste "de gauche" qui me fait penser à cette question du contexte de la MF dans les pays développés.

En gros, l'analyse de Maucourant consiste à dire que l'endettement des personnes (il parle des classes moyennes, mais on peut sans doute étendre son raisonnement au delà) augmente dans une période (années 20 analysées par Polanyi) ou la classe dominante comprime les salaires. Ceux dont les revenus sont avant tout des salaires sont "encouragés" à s'endetter pour préserver leur niveau de vie.

Il y a 2 chose intéressantes quant au contexte de la MF :

- d'abord récuser les analyses complotistes : les "dominants" ont des pouvoirs qu'il ne faut pas exagérer

- ensuite la question du niveau de vie des classes moyennes n'est pas la même que celle de "la survie" de micro-groupes exclus (les clients de la MF)

Mais je retiens 2 autres choses qui donnent du sens au succès de la MF :

- la technologie : le scoring, par exemple, nécessite une puissance de calcul et une vitesse de transmission de l'info qui facilite énormément la "transparence" des marchés --ou qui réduit les asymétries d'information, comme dirait tonton Stiglitz

- et plus largement, l'analyse qui mérite d'être élargie est celle du transfert systématique à l'époque contemporaine, d'une partie de la dette collective (dont celle de l'Etat) vers les individus.

Un seul exemple : faire du "rêve américain" le fait de devenir propriétaire de sa maison est un truc de petit-bourge, bien sûr (ou elle est l'aventure du Am Dream ! ! !) ; mais surtout évite à l'Etat de faire de gros efforts pour le logement collectif, avec une programmation rationnelle de la dette collective qui en résulte..

Donc c'est aussi :

- transférer la dette, en fonction de leurs motivations propres, vers les familles

- et quand on laisse prêter des crétins irresponsables et greedy aux pauvre, on fabrique une crise Subprime !

MàJ : une jolie citation d'un blog que j'aime bien :

Autrement dit, pour que les Américains riches restent riches, il faut que les pauvres aient de l’argent pour consommer. Sauf qu’au lieu de leur donner en les payant plus, on leur prête. Conséquence non dite et que devraient méditer ceux qui se réjouissent des déboires du consommateur américain, ce seront les Américains pauvres et uniquement eux qui devront apprendre à se serrer la ceinture. On imagine les conséquences politiques que cela pourrait avoir aux Etats-Unis.

bin voilà, c'est un peu ça !

jeudi 6 novembre 2008

Caroline Fourest, sur le vécu d'une prêteuse de Kiva

Lire ce papier dans Le Monde de ce soir : c'est magnifique. Non que l'information soit exceptionnelle, elle confirme ce que nous savons sur l'efficacité des montages P2P de type Kiva. Mais plutôt su le ton, la sophistiquée naïveté de l'auteure pour faire comprendre combien c'est simple, c'est efficace et c'est accessible à tout le monde...

Sur le reste, évidemment, plein d'agacements divers...

L'autre coté magnifique, c'est que Caroline Fourest est connue pour avoir un caractère de chien. L'une des brillantes polémistes de l'époque (voir Charlie Hebdo, vois sa revue ProChoix...). L'une de celles qui s'est battue, et se bat contre les "obscurantismes" les plus divers (islamistes, mais pas que !)

C'est un hommage laïc à la MF qui vaut le coup !

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