Evaluer la microfinance - Benoît Granger, MicFin

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dimanche 16 janvier 2011

Ynus réagit sur la crise indienne : pour l'intervention de politiques publiques dans la microfinance --pas seulement comme arbitre

Un très bon papier de Yunus dans les pages Opinions du NYT. Ce qui m'intéresse ici, c'est 2 choses.

1 - il s'élève contre les mega profits qui pervertissent la MF : ce n'est pas nouveau. En revanche, il me semble qu'il a évolué sur sa conception de l'intervention de l'Etat (et des autres interventions de politique publique). Il y a quelques années, sans doute "grisé" idéologiquement par le succès de la Grameen, il récusait toute intervention publique dans le secteur. Ceci étant dû à ce qu'il avait sous les yeux : des Etats souvent corrompus et incompétents. Maintenant il se rend compte que le marché a besoin de règlementation, et pas seulement de "l'arbitre neutre" et minimaliste dont rêvent les néo libéraux. Tant mieux.

2 - Il doute de l'efficacité même des interventions étrangères, des apports de capitaux venant d'acteurs du marché. Et les solutions qu'il propose sont de nature à rendre impossibles ces interventions guidées par le seul profit. Il prône une MF moins profitable (ce qui découragera les intervenants extérieurs) ; avec un spread limité entre le cout de la ressource et l'emploi de ces ressources ; donc il prône de faire appel systématiquement aux épargnes disponibles localement, notamment de la part des clients. Ce qui garantit en outre d'obtenir des épargnes motivées par le projet global, et non par le seule rentabilité financière. Et des développements plus lents, ce qui répond à la vaste escroquerie SKS.

Ca a l'air un peu plat à dire comme ça, mais ça me donne l'impression qu'il a compris ce qui se passe réellement... Et ceci au moment ou lui et la Grameen sont attaqués par le gouvernement Bangladais (après cette crapulerie de l'émission de télé norvégienne qui l'accusait de détournements)

lundi 15 novembre 2010

Une partie de la MF indienne est pire que les bons vieux Loans Sharks

Heureusement qu'ils (elles) parviennent à s'exprimer. C'est une tribune de Guérin, Roesh et Servet (3 que j'admire) dans Le Monde.

SKS, c'est pire encore que ce qu'on lit chez les ravis du microcrédit.

jeudi 11 novembre 2010

Le microcrédit indien risque de s'effondrer... Ciel ! L'alarme est donnée par les journalistes de France 24 (qui, à mon avis, se sont fait enfler --en pariant sur leur naïveté, plutôt que sur leur idéologie)

Vous savez pourquoi la microfinance indienne "risque de s'effondrer", selon les brillants journalistes de France 24 ? parce que les clients refusent de rembourser leurs prêts, les salopards ! ! Ah bin dis donc, si on arrive même plus à tondre un oeuf, cher malheureux investisseurs, autant changer de métier !

ET vous savez pas le pire, c'est que les salopards de clients ont des copains haut placés : les gouvernements de plusieurs états indiens ont interdit aux microprêteurs d'aller saccager la vie des pauvres pour les forcer à rembourser. Non mais on croit rêver, là, non ? Tu peux même plus aller casser la figure à tes clients, aller rapter la fille de la famille jusqu'à ce que le père ait remboursé ses dettes ! !

Et même, certains de ces politicards irresponsables conseillent aux clients de ne pas rembourser ! ! ! Bin merde ! Jusqu'à maintenant, nous autres investisseurs, on se faisait du 30% - 50% par an de rendement, et on s'était fait des Golden Bollocks avec l'intro en Bourse de SKS, merci pour les actions à 1 $ vendues en Bourse des centaines de $ ! on comptait bien refaire l'opération Intro avec quelques autres IMF en surchauffe... Et puis toc : le fonds de commerce s'effondre si tu peux plus facturer des prêts à des taux d'intérêt, je te dis que ça ; et si en plus tu ne peux plus forcer tes clients à rembourser ! (Évidemment, certains d'entre eux, quelques centaines récemment, préfèrent se suicider plutôt que de rembourser, m'enfin, ça porte pas sur de grosses masses, et ça fait peur aux autres!)

Non, jvous dis, mon bon monsieur, les pauvres sont plus ce qu'ils étaient. On peut même plus compter sur eux pour faire fortune rapidement.

Pourtant, on avait un discours bien au point : la MF, c'est contra cyclique. La MF, c'est stable (les pauvers, ils sont nombreux !). la MF, en plus, ça te procure des bons sentiments ! ! !

jeudi 4 novembre 2010

Tiens, une voix divergente : besoins de politiques publiques dans la MF, pas besoin d 'investisseur

C'est anecdotique, mais je le retiens au passage : une américaine qui dit qu'on a surtout besoin de politiques publiques dans la MF, afin que les pauvres possèdent leurs propres banques --donc on n'a pas si besoin que ça d'investisseurs extérieurs !

samedi 26 juin 2010

Yunus est contre l' IPO sur SKS (l'entrée en bourse de la plus grosse IMF indienne), et il a sans doute raison

C'est bon gros débat sur le site d'un magazine indien très bien fait. Yunus confirme son opposition à la mise en Bourse des IMF. L'exemple de Compartamos est cité à nouveau, donc je me sens moins seul...

C'est effrayant de voir les raisonnements les plus simplistes fleurir sous les paradoxes : par exemple ce tout premier commentaire :

Prof. Satchidananda Sogala, PH.D., • At the risk of differing from the Nobel Laureate, I categorically assert that the current microfinance should not mix business with charity ; and that for scaling and sustainability reasons, the microfinance muste be treated as business ; and finally that from the private greed of the commercialised MFIs will emerge the public good of assistance to the poor , as Adam Smith had so eloquently pointed out. We salute those who want to be altruists, philanthropists and contribute to the social upliftment and povert alleviation and their ideals and nobility is to be pursued by one and all , INDEPENDENTLY and not as part of business!

Dr Satchidananda Sogala FOUNDER & DIRECTOR, GLOBAL MICROFINANCE FOUNDATION

qui d'abord dit des bêtises sur l'interprétation d'Adam Smith (mais c'est courant), et ensuite ne raisonne qu'avec 2 possibilités : soit tu fais du business, soit tu fais de la charité. Mais entre les 2, ya rien. Point. Et surtout pas l'Etat, ni nul autre représentant du bien commun.

La qualité du débat est slightly consternante !

dimanche 2 mai 2010

La microfinance cotée en Bourse, vraiment un moyen de "lutter contre la pauvreté" ?

Je suis sidéré par la fausse naïveté (ou alors l'autisme néo-libéral?) des champions du "Free Market" appliqué à la microfinance. Aujourd'hui, c'est une tribune dans Forbes, le magazine américain très très néo-lib, qui me fait grimper au rideau.

L'actuel et l'ancien président d'Accion, une grosse organisation américaine, se mettent à deux pour justifier l'introduction en Bourse de SKS, la plus grosse institution de microfinance indienne. Que du bonheur en perspective. Y compris pour les pauvres, bien sûr. Et il faut foncer : (c'est moi qui grasse les passages des citations qui suivent)

The core question we need to ask is how can microfinance benefit the greatest number of people at the lowest sustainable prices in the quickest possible time? This is certainly what is

And this is where the IPO of SKS comes in. The IPO's value for microfinance goes well beyond SKS itself. To achieve real impact, you need not one institution, but a group of institutions, whose fierce competition will expand coverage faster than any single entity ever could, delivering the widest array of products at the lowest price. In other words, to succeed we need to create a wholly new industry, dedicated solely to meeting the financial needs of the poor. We know this is true because we have seen it take root in Latin America.

Michaël Chu, ancien président d'Accion, n'est pas un inconnu : il est l'un des fondateurs du fameux Compartamos, et continue de défendre cette institution, quitte à s'engueuler avec Yunus l'an dernier à Genève. Quand il écrit "at the lower price", c'est gonflé puisque Compartamos est connu pour pratiquer des taux d'intérêt très élevés ! Le reste est à l'avenant : vite, urgence (mais pour qui ?) ; et seule "une concurrence féroce" permet de développer l'offre...

D'ou la suite de son papier :

In Peru, rates are coming down and product offerings multiplying. Why? Because 44 of the 55 regulated banks and lending institutions in the country have joined the competition in microfinance. The same thing is beginning to happen in Mexico. In the three years since the IPO of Compartamos, Mexico's largest microfinance institution, the number of organizations focused on lending to the poor has quadrupled from 200 to roughly 800.

Rien sur les vrais résultats. Rien sur le surendettement, provoqué par cette suroffre. Rien sur l'aberration économique qui fait que ces prêts ne servent plus à rien puisqu'ils ne permettent plus aux pauvres de constituer un patrimoine professionnel ; donc maîtriser leurs capacités de développement de création de valeur ajoutée.

Chu est encore plus clair dans sa conclusion :

Finally, while we must be thoughtful, we must also be ambitious. Successful new industries are created when a new activity is capable of generating superior, not average, returns. This is what motivates entrepreneurs to venture into new fields, allows them to reinvest and continue to grow rapidly, and encourages capital markets to assume the risks of an emerging opportunity.

C'est non seulement écoeurant moralement, mais aussi absurde sur le plan économique.

Une seule réaction critique à ce papier, dans les commentaires, de Milford Bateman, un consultant connu dans l'univers de la MF : voir ici

Il démolit les arguments de Chu un à un, mieux que ce que j'aurais pu faire...

Décidément, je commence à être inquiet. Je m'obstine à répéter depuis des années que "la MF, c'est vachement bien à 90% ; mais je travaille sur les 10% restants --donc ne prenez pas mes critiques pour la critique de "LA" microfinance". Maintenant, je commence à me demander si mon 90% est bien la bonne proportion ?

mercredi 17 juin 2009

En France, la moitié des institutionnels pensent qu'investir dans la MF est "un moyen d'investir de manière responsable et solidaire"

C'set un sondage Altedia cité par Boursorama. Mais 5% seulement d'entre eux investissent réellement. Manque de transparence, manque de liquidité sont les objections, semble-t-il

jeudi 9 avril 2009

placez votre argent liquide à 6%, et on le pretere aux pauvres !

C'est ici, et c'est plutôt inquiétant. Car proposer un placement liquide (vous povuz enrer et sortir chaque jour) à 6% pendant que le Livret A est à 2,5% et promet de baisser bientôt.... Soit les placements en question sont risqués, soit ils sont tellement rentables que ç an epeut être que... de la microfinance !

C'est la banalisation totale de cette "classe d'actifs", comme disent les financiers. on ne vous demande plus aucune effort : on a des preuves que les IMF sont un investissement plus rentable que n'importe quel autre ; donc ne vous posez pas en plus, chers épargnants, des questions sur les conditions auxquelles on prête votre argent aux pauvres.. Ca doit être cher pour que l'on puisse vous promettre du 6% liquide !

jeudi 12 mars 2009

Des investisseurs extérieurs aux IMF, une fois majoritaires, prennent le pouvoir et licencient les fondateurs.

Je ne cite pas ma source parce que je ne lui ai pas demandé son autorisation, mais le bref compte rendu ci dessous fait froid dans le dos.

On sait qu'il y a eu des manifestations violentes au Nicaragua, l'été dernier, de clients contre des IMF qui les étranglaient avec des taux d'intérêt usuraires. En effet, les IMF en question saisissaient les maisons des clients aussitôt le premier défaut de remboursement.

Il n'y a peut être pas de lien immédiat, mais voici ce qui se passe dans certaines IMF qui acceptent l'entrée de gros investisseurs extérieurs à leur capital :

Voici ce qui se passe lors du processus de transformation des IMF en sociétés financières régulées :

"Au cours de ce processus, les investisseurs des grands fonds internationaux (ResponsAbility, Blueochard, Oikocredit, Alterfin, Microinvest, Globalpartnerships, etc.) qui entrent dans le capital de ces IMF se retrouvent majoritaires dans les Directions des IMF laissant les promoteurs locaux minoritaires dans la prise de décision. Les institutions de conseil comme S(...) apportent leur expertise dans ce sens.

"Dans le cas d’ACODEP au Nicaragua, lors de son processus de transformation en banque, la nouvelle direction a purement et simplement licencié son fondateur Armando Garcia. Autre exemple au Pérou où ces fonds détiennent maintenant 5 sièges des 7 postes de la direction de CONFIANZA…Ceci est révélateur de la mainmise des fonds internationaux sur la destinée de quelques organisations les plus performantes de la microfinance au niveau mondial... "

"Performantes" au strict sens financier du terme. On imagine très bien le dialogue impossible entre les fondateurs, qui restent liés à leurs clientèles pauvres, et les nouveaux arrivants à qui on a promis (et qui ont promis à leurs souscripteurs) des rendements maxi !

Le piège est atroce.

dimanche 22 février 2009

CGAP et JP Morgan : Des institutions de microfinance beaucoup plus rentables que des banques traditionnelles comparables

On se rappelle l’énorme scandale causé par la mise en Bourse à Mexico et New York de Compartamos, une ancienne IMF mexicaine devenue banque. Le surprofit retiré par les actionnaires (y compris les dirigeants de l’institution), le fait que le CGAP ait tenté de justifier l’opération, tout ceci a provoqué un débat violent entre, pour aller vite, Welfaristes et Institutionnalistes de la MF. Voir la remarquable synthèse publiée fin 2007 par Sébastien Dugas-Iregui : « Le débat entre institutionnalistes et welfaristes en microfinance », UQAM, novembre 2007

Deux notes de JP Morgan, puis JP Morgan et CGAP

L’histoire ne s’arrête pas la. D’abord, Compartamos a continué son développement sur le même modèle (même si sa carrière en Bourse n’a pas été brillante –comme toutes les valeurs financières ces derniers temps !). Ensuite la crise économique exige de revoir en profondeur la question de sources de capitaux nécessaires aux IMF pour développer leurs prêts.

Mais le plus inquiétant dans ce scandale, c’est que les conceptions de institutionnalistes ne paraissent pas bouger beaucoup : or elles sont à l’origine des « abus », je ne trouve pas d’autre terme dans l’immédiat, du secteur.

Ce sont deux notes de JP Morgan en 2008 et de JP Morgan et le CGAP publiée en février 2009 qui en donnent une preuve très inquiétante.

Il y avait eu d’abord la note de richard Rosenberg sur l’opération Compartamos elle-même, toujours disponible en anglais sur le site du CGAP, approuvant plus ou moins l’opération (sur le style « il n’y a pas d’autre solution »)

Puis le commentaire d’Accion (ancien subventionneur de Compatamos-ONG, puis actionnaire de Compartamos-Banque) ; et une discussion en ligne, après les accusations dont Accion fait l’objet.

Le scandale n’a pas empêché Compartamos continuer de se développer, avec dans les comptes 2007 plus de 830 000 clientes actives (+36% en un an) : 98% des clients sont des femmes), en vendant des assurances – vie, en étant nommée « Sustainable Bankers of the Year » par l’IFC et le Financial Times et une « mention honorable » pour la transparence financière par le CGAP. Et l’agence de rating Standard & Poor améliore sa note (de A+ à AA-)

Compartamos, c'est très très rentable

En 2007, Compartamos affiche un ROE (return on equity : retour sur fonds propres) de 47,9% « contre 20 à 25% pour les banques latino américaines », constate JP Morgan en Avril 2008 . C'est-à-dire que cette « banque pour les pauvres » est beaucoup plus rentable pour ses actionnaires qu’une banque « ordinaire ». En février 2009 une nouvelle étude commune JP Morgan et CGAP montre que Compartamos reste loin au dessus des autres en termes de performances financières (revenu net rapporté au bilan : 68,5%). C’est vrai comparé à d’autres IMF (24,4%) mais surtout à l’échantillon des banques dites « des marchés émergents » analysées par JP Morgan (6,1%)

D’où le conseil explicite de JP Morgan à Compartamos : « s’il y a peu de concurrence, pourquoi baisser les taux d’intérêt ? ». On comprend d’où vient la rentabilité du prêteur Compartamos !

Dans ses prévisions pour les investisseurs, JPM prévoyait que les montants moyens des prêts augmenteraient ; donc que la productivité interne aussi, donc le rendement global, tant qu’on n’avait aucune raison de baisser les taux des prêts... dans cette analyse, l’optimisme de JPM était également assis sur le fait qu’il y avait peu de corrélations entre les prix des actions des IMF et les valorisations en Bourse. En d’autres termes, si la Bourse baisse, les actions de Compartamos et d’autres IMF deviendraient des « valeurs refuges » !

Ceci a été démenti par les faits. La crise financière est passée par là. L’action Compartamos s’échangeait 40 pesos en avril 2007, à son introduction en Bourse, puis 69 en juillet 2007 sous l’effet d’un engouement soudain des marchés ; puis vint une lente dégringolade avec un cours au plus bas à 17 en novembre 2008 , puis 28 en février 2009 . On peut faire confiance à d’habiles souscripteurs initiaux sur le NYSE (la société avait été introduite à la cote à New York et à Mexico) pour avoir « pris leur profit » en trois mois !

Mais au passage, les militants en colère qui accusaient le CGAP « de justifier une opération qui enrichit les riches actionnaires du Nord en appauvrissant les clients pauvres du Sud » trouvaient, hélas, quelques débuts de preuves.

JP Morgan et le CGAP : c’est « normal » que les taux d’intérêt soient élevés

En 2008, la banque d’affaire JP Morgan élargit ses objets de « recherche » au-delà de Compartamos et publie en commun avec le CGAP , en février 2009 un papier clairement destiné aux investisseurs privés qui hésitent à engager des capitaux dans la MF, ou qui cherchent les meilleures cibles correspondant à leurs critères. Le sujet principal du papier est une question de méthode : comment établir une valeur de marché pours les IMF, notamment en les comparant aux valorisations des banques ?

L’étude travaille sur un échantillon de 60 IMF et 10 « institutions financières pour les clients à bas revenus ». L’échantillon inclut des institutions pratiquant les prêts à la consommation, qui « n’ont pas nécessairement des objectifs sociaux explicites, et dont les portefeuilles de prêts sont moins concentrés sur les prêts aux microentreprises », écrivent les auteurs. C’est une litote : il est évident que les institutions financières privées qui pratiquent le prêt à la consommation ne se préoccupent pas du tout des activités professionnelles de leurs clients. Elles prêtent exclusivement en utilisant des scorings personnels, souvent très sophistiqués.

L’étude montre d’ailleurs que chez les prêteurs sous forme de cartes de crédit (donc de revolving), le coût annuel des cartes de crédit en Amérique latine varie de 43% (Inbursa) à 152% (GE Money) en passant par HSBC qui facture plus de 63%.Pour le moins, on n’est plus là dans le microprêt à des pauvres qui veulent créer leur propre emploi !

Dans ce papier, JP Morgan et le CGAP constatent que les marges nettes sur intérêt des IMF sont très supérieures à ceux des banques traditionnelles, car « elles (les IMF) facturent des taux d’intérêt élevés à leurs clients ». De fait, les marges nettes sont de 22% alors qu’ils sont de 6% pour les banques commerciales dans les marchés émergents. Et la moyenne des taux d’intérêt des prêts serait de 24,8% (en 2006). Ceci est peu cohérent avec le chiffre précédent, pour une raison simple : ce chiffre ne concerne que les « meilleures » IMF (le « top 45 ») dont les informations sont collectées par le MIX Market. Les chiffres réels sont beaucoup plus élevés.

Le raisonnement économique des purs financiers adeptes de l’idéologie du « free market »

C’est ce point sur lequel je voudrais insister, car c’est un indice tellement clair de la contamination d’une partie de la MF par des « croyances », le nom moderne des « idéologies », qui permettent de justifier la recherche du profit maximum, sans même avoir besoin de recourir au cynisme.

Pour les auteurs, JPM et CGAP, cette rentabilité est logique.

Trois raisons « justifient ce niveau de taux d’intérêt dans la microfinance :

« 1 – l’explication financière : des coûts d’opération plus élevés justifient des taux d’intérêt plus élevés » « 2 – l’explication microéconomique : les microentreprises sont profitables « 3 – l’explication macroéconomique : la concurrence est limitée »

Voila en résumé l’explication totalement « free markets » qui permet de présenter la MF comme « une classe d’actifs parmi d’autres », particulièrement rentable ; et ceci, en décembre 2008, en pleine remise en cause de l’efficacité des marchés financiers. En réalité, chaque terme de cette explication mérite d’être disséqué :

- les « couts d’opération » des IMF recouvrent des pratiques qui les rendent radicalement différentes des banques traditionnelles. Comme les IMF s’adressent à des personnes exclues des services financiers, le rôle de l’IMF inclut souvent une contribution, sous forme de conseils, aux projets de clients pauvres et ignorants. Ce qui, si aucun budget public n’est disponible, prend du temps ; donc pèse sur les coûts d’exploitation du prêteur. Mais ce qui est présenté par JP Morgan et le CGAP comme un « surcout » constitue l’essence du métier. Or l’analyse faite ici consiste à estimer logique que les clients pauvres supportent seuls ces surcouts. Aucune alternative n’est envisagée sur ce point : la logique purement financière veut que les clients pauvres payent cher, car ils coutent cher. - - Les microentreprises sont profitables. L’étude renvoie à une étude précédente du CGAP qui montrerait un « retour sur investissement des microentreprises de 117 à 847% » . C'est dans Helms & Reille, Le plafonnement des Taux d'intérêt en microfinance : Qu’en est-il à présent, CGAP, Septembre 2004, qui est ici) - - Sans même regarder comment était sélectionné l’échantillon mesuré, il est particulièrement malhonnète d’en étendre les conclusions à l’ensemble des clients de la MF. - - En effet, on sait que la MF s’adresse à des microentrepreneurs qui sont souvent à la limite de la survie ; sans patrimoines ni aucun moyen de négocier ; donc sans capacités réelles de développer des exploitations rentables. Les microentreprises qui émergent de l’économie grise peuvent être instantanément très rentables pour cette raison ; mais cet avantage concurrentiel va disparaitre rapidement. C’est également un point qui est bien documenté. - - La concurrence est limitée : donc, concluent les auteurs, il est logique que les taux d’intérêt ne baissent pas, tant qu’il n’y a pas de concurrent sur les mêmes publics cibles. Le raisonnement consiste à tenir pour acquis qu’une position de prêteur monopoleur doit profiter au prêteur, non à ses clients. La rente est pourtant contraire aux préceptes mêmes du libéralisme et des croyances au « free market ».

Ainsi se construit un discours qui est strictement le même, avec la même rationalité, que celui des marchés financiers de l’époque précédent la crise de 2008. Seuls comptent les possibilités de maximiser le profit. Le « double objectif, social et financier » des IMF est cité dans l’étude ; mais uniquement pour mémoire : juste pour aider les investisseurs à repérer ceux qui font plus de profit que les banques traditionnelles.

mercredi 24 décembre 2008

Qui "se baignait à poil" volontairement dans la microfinance ? (+MàJ)

C’est l’une des devises du fameux Warren Buffett : « c’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui se baignaient à poil ». Moitié vulgaire, moitié égrillard, le vieux milliardaire se moquait ainsi des fameux Hedge funds, aux effets de levier dévastateurs. Tant que la valorisation monte, on continue à prendre des risques et on gagne. Mais si les valorisations descendent, comme pour la crise du Subprime, on doit payer des appels de marge de plus en plus élevés ; puis on doit retrouver (pour les banques) des ratios de fonds propres. On vend à perte, on démolit des positions à la Kerviel...De la part de Buffett, prenons ça pour une bonne leçon : ils ont pris de risques insensés : tant pis pour eux

Mais appliqué à ceux qu’on « met à poil » dans la microfinance, c’est nettement moins drôle et moins « loyauté des marchés » !

Le CGAP avait ouvert en novembre un forum sur la MF et la crise financière, et quelques passages des discussions viennent d’être traduits en français et mis en ligne. Certains échos sont anodins (pas de lien, pas d’impact –pour l’instant, ont répondu certains). Quelques jours avant Yunus avait affirmé que tout allait bien :

«Il y a une bonne nouvelle au milieu des mauvaises nouvelles: la microfinance continue de fonctionner, elle n'a pas été touchée par le processus de désintégration» des marchés financiers, a affirmé Muhammad Yunus devant la presse, à l'occasion d'un symposium de deux jours sur la microfinance organisé à Genève au siège du Bureau international du travail (BIT).

Ses interlocuteurs au forum de Genève disaient à peu près la même chose : la MF « va montrer sa capacité de résilience » (dixit le président du Forum de la microfinance mondiale de Genève). Et pour Ivan Pictet, président de la Fondation Genève place financière : « on ne voit pas de diminution de l'engagement des banques dans la microfinance, au contraire».

Hé bien c’est faux. La MF qui compte sur ses propres ressources s’en sortira peut être, pas sûr. Mais la MF qui comptait sur les promesses des grandes banques est déjà étranglée.

L’un des participants du forum CGAP, Roshaneh Zafar, Président de la Kashf Foundation au Pakistan, décrit le mécanisme :

(je n'arrive pas à insérer le lien : le voici : http://www.lamicrofinance.org/content/article/detail/23124 )

« Le premier impact a été la pénurie de liquidités sur les marchés financiers - réduisant notre capacité à mobiliser des fonds supplémentaires cette année. En mars 2008, nous avons révisé nos plans de croissance de 500 000 à 350 000. Au cours des neufs derniers mois, la croissance de la Fondation a été de 6%.

"Le deuxième impact est une forte augmentation du coût des activités. En raison des contraintes de liquidité, le coût des ressources a augmenté de plus de 450 points. Dans le même temps, la crise de l'énergie a fait grimper le coût du transport et de l'électricité, et suscité l'espoir que les salaires suivent l'inflation. Une récente enquête auprès du personnel a montré que plus de 50% de nos effectifs actuels ne sont pas satisfaits de la situation salariale et attendent un ajustement prenant en compte l’augmentation du coût de la vie. Cela aura des répercussions sur la productivité des agents de crédit ainsi que sur l'efficacité et la pérennité globales.

Même réaction du coté du Kosovo : http://www.lamicrofinance.org/content/article/detail/22722

"L'un des premiers effets de la crise sur nous, c'est que le coût de l'argent augmente, les taux d'intérêt monte et nous avons donc beaucoup de mal à trouver les ressources dont nous avons besoin", explique Lulzim Sadrija, Directeur de Krediti Rural i Kosoves (KRK), institution de microfinance au service des populations rurales du Kosovo.

C’est sans doute ce que signifiait la litote d’Elizabeth Littlefield, patronne du CGAP, en commentant la synthèse de ce débat :

http://www.cgap.org/p/site/c/template.rc/1.26.4511

“Our present crisis is like no other,” says CGAP CEO Elizabeth Littlefield. “Microfinance is far more connected now. While it still has deeply shock-resistant roots, and many places seem unaffected today, there is little doubt that there will be impact.”

Le commentaire qui suit est encore plus inquiétant :

Integrating microfinance into the mainstream has many benefits but it also has some costs. MFIs that depend on foreign capital investments are suffering, and the medium and longer term effects of a global recession are likely to be hard on microfinance clients in some countries.

Inquiétant parce que le CGAP ne renie rien de ses croyances. Alors que non, ce n’est pas seulement le sort des clients qui devrait inquiéter le CGAP. C’est plutôt le fait qu’une partie de la MF a été poussée à s’endetter (ou accepter l’entrée dans son capital) auprès de financiers étrangers. Qui sont soit en difficulté aujourd’hui, dont se retireront le plus vite possible ; soit uniquement préoccupés de rentabilité : et dans ce cas, ils accentuerons les difficultés des IMF et de leurs clients.

Trois conclusions.

1 – les autonomes s’en sortiront mieux que les autres.

C’est l’effet immédiat des promesses non-tenues. Pour celles des IMF qui s’étaient engagées dans des plans de développement ambitieux, le revirement des banques peut mener à de vraies difficultés. D’autant que parmi les promesses, certaines banques avaient pris soin de les diversifier. Par exemple Citi, qui prévoyait des dons destinés à financer des opérations de formation pour des femmes par le biais d’une fondation ; puis des prêts et des investissements dans les IMF pour qu’elles puissent augmenter leurs engagements en limitant les risques. Et donc en devenant plus rentables.

Ce château de cartes s’écroule en partie, après le château de cartes des grandes institutions financières. Ce qui démontre deux tendances qui vont sans doute continuer à diverger au sein de la microfinance :

- d’une part les IMF qui préservent avant tout leur autonomie et leur indépendance, quitte à se développer plus lentement : c’est le modèle Yunus, qui s’est exprimé à plusieurs reprises contre les investissements étrangers dans les IMF –notamment si la motivation principale de ces investisseurs est la rentabilité avant tout

- d’autre part les IMF qui se développent à marches forcées, à n’importe quel prix, et acceptent des interventions extérieures mal contrôlées pour disposer de capitaux supplémentaires à prêter (c’est « rejoindre le mainstream » dans le langage CGAP). Celles-ci sont aujourd’hui en danger. Même si elles ne sont pas « à poil » avant que la mer (des investisseurs étrangers) ait baissé...

2 – la MF ne contrôle pas le contexte ; donc celui-ci est un risque. Mais la crise qui s’étend dans ce domaine marque aussi l’une des limites de la MF : elle est micro, donc elle a des micro effets, et elle ne contrôle pas son environnement macro. La crise a des effets en chaine, que ni l’IMF ni ses clients ne peuvent anticiper. C’est ce que décrit Santa Isabel de Euceda, directrice de l'ODEF (Organización de Desarrollo Empresarial Femenino) au Honduras, au cours du même débat CGAP :

http://www.lamicrofinance.org/content/article/detail/23124

« La crise financière mondiale affecte les clients de l’ODEF et l'institution elle-même parce que beaucoup de nos clients vivent dans des zones dominées par les usines d'assemblage. Ce secteur a été l'un des premiers à ressentir les effets de la crise car les produits de ces usines sont destinés à être exportés vers les Etats-Unis. La crise a provoqué une baisse des revenus ainsi que des licenciements, et de ce fait une diminution des ventes des micros et petites entreprises dont ces travailleurs constituent la clientèle. Cela réduit la capacité de nos emprunteurs à rembourser les prêts et a contraint l’ODEF à procéder à l’ajustement des conditions de certains prêts en cours.

3 – déporter les risques vers les plus pauvres est une constante de ce système financier

Ce schéma est celui, bien connu, de l’externalisation d’activités périphériques par un grand donneur d’ordre. On connait au Sud comme au Nord ces grands conglomérats qui ont choisi comme idée fixe de maigrir. Auparavant, une multitude de services annexes à la production faisaient partie de l’entreprise : transports, nettoyages, postproduction, surveillance, informatique, restauration, etc. C’étaient les salariés du groupe qui accomplissaient ces missions. Aujourd’hui, l’entreprise dominante achète à l’extérieur les prestations dont elle a besoin. Avant, elle avait des salariés ; aujourd’hui, elle a des sous traitants. Avant, elle assumait le risque entrepreneurial sur la totalité de ses activités. Aujourd’hui, elle déporte ce risque sur des myriades de petits entrepreneurs, qui n’ont aucune des sécurités dont bénéficient les salariés.

Et dans ce schéma, le prêteur de MF assure l’accompagnement de cet entrepreneuriat précaire. Il prête aux sous traitants, heureux d’avoir un si gros client. Et la récession du donneur d’ordre va entrainer les difficultés immédiates des micro entrepreneurs, qui se seront endettés, puis les pertes de l’IMF.

La microfinance ? c’est du micro développement ! C’est le développement sans les infrastructures. Comment réfuter cet axiome, comme le faisait récemment Jean-Michel Severino, DG de l’AFD, qui devient spectaculaire par temps de récession !

Une partie des économistes aujourd’hui analysent les 20 dernières années comme celles du maintien artificiel du pouvoir d’achat dans les pays riches. Singulièrement aux États-Unis, l’augmentation spectaculaire de l’endettement des ménages a permis à la majorité des américains de maintenir leur niveau de vie sans que leurs revenus réels augmentent. Mais le jour ou la valeur des « assets », les garanties sur lesquelles sont fondées ces dettes, s’écroule, la majorité des américains constatent avec surprise qu’ils se baignaient tous « à poil », comme dirait Buffett. Le prix de la maison et le prêt hypothécaire qui leur servait à recharger leur capacité d’endettement n’augmente plus ; pire : il baisse. Donc les voilà incapables d’honorer leurs dettes. Et contraints à faire un peut d’épargne ; donc moins consommer ; donc ruiner le système financier d’anticipations...

Si la MF commerciale suit cette voie, c’est à désespérer de la plus belle réforme mondiale de l’après guerre !

MàJ : les signaux inquiétants se multiplient du coté de ceux qui comptaient sur l'argent du Nord (ici dans India MF) :

“Many microfinance initiatives are being abandoned as money gets tighter and investors raise their credit standards.

“And that impacts on many microfinance clients: some are being forced to curtail their food consumption, others are trying desperately to find alternate sources of fuel.”

The team uncovered recent evidence which suggests that the higher interest rates and lower loan maturity periods associated with the global crisis are likely to affect women and low income households adversely.

dimanche 14 décembre 2008

Qui donne et qui investit dans la MF ? résultats de l'étude CGAP pour 2007

c'est ici en téléchargement. De gros changements en quelques années, mais on ne connait pas la tendance d'aujourd'hui.

Avec la transformation de la crise financière en récession, on sait déjà que de nombreuses promesses ne seront pas tenues (il y avait une discussion en ligne récemment sur ce point, organisée par le CGAP. J'y reveindrai).

mercredi 3 décembre 2008

Etat d'esprit des investisseurs en MF : les arguments

L'une des questions cruciales sur un avenir équilibré (ou pas) de la MF au Sud dépend désormais de "la culture" ou de l'état d'esprit des investisseurs et de ceux qui gèrent leurs investissements "socialement responsables". Rentabilité à tous prix ? ou tenir compte des cibles ? Et chercher ou non les partenariats publics privés?

L'interview de Jean Zwahlen, ancien banquier central suisse donne une bonne synthèse de l'état d'esprit du coté des investisseurs.

mercredi 12 novembre 2008

Paying Taxes 2009, d'après Doing Business

La pression augmente, de la part des arbitres mondiaux de l'entrepreneuriat. C'est la parution du 3ème Paying Taxes.

Le truc qui me gène dans les rapports Doing Business est leur coté univoque. Un seul objectif est retenu comme critère essentiel, c'est "la liberté des entrepreneurs" : de s'installer, de faire des affaires, de gagner de l'argent, de fermer leur boite (pour aller ailleurs ?). C'est l'équivalent du "Free market" de Bush (il a redit sa Croyance récemment pour manifester ses réticences devant des projets de régulation des activités financières).

Si tout est ordonné à cette "liberté", y compris au détriment des autres, le meilleur pays serait celui on ne paye pas d'impôts du tout, et ou on a "le droit" (parce qu'il n'y a pas de Droit) de faire travailler ses salariés 24 h sur 24 !

(c'est l'une des premières critiques théoriques qui avait été faite par des scientifiques sérieux aux premiers rapports Doing Bus. Non pour manier le paradoxe facile, mais pour marquer le statut de ce type de benchmark. C'est comme "la concurrence pure et parfaite". les plus néo hyper parmi les libéraux disent, simple restriction mentale, que "ça n'existe pas". Mais les mêmes ne cessent ensuite de parler des "imperfections" du marché : comme s'il fallait tendre vers une "perfection" ; dont tout le monde est d'accord pour dire que ça n'existe pas --et d'ailleurs personne ne souhaite que ça existe !)

Un autre aspect est celui de la confusion entre entrepreneurs et profit, y compris celui des investisseurs. Il y a de nombreux critères dans les rapports Doing Business qui s'appliquent beaucoup plus à des capital-risqueurs qu'à des entrepreneurs : or les intérêts des uns et des autres sont différents...

Enfin, dernier point pour l'instant, l'influence des rapports Doing Bus peut se révéler catastrophiques, car ils sont pris pour la loi et les prophètes dans les pays faibles : donc on annonce triomphalement que l'on "a gagné 3 places" depuis l'an dernier --comme si les réformes désormais étaient ordonnées aux résultats d'une étude annuelle très américaine et très idéologique !

lundi 27 octobre 2008

Perceptions du Social rating par les investisseurs "sociaux"

Une série d'interviews par des gens de USAID pour percevoir comment les investisseurs qui s'intéressent aux IMF perçoivent les progrès faits en matière de rating. Intéressant.

lundi 20 octobre 2008

Privatisation de la banque de MF de Tanzanie par IPO à la Bourse de Daar Es Salam

La vente de la majorité de la banque a eu lieu, et a été sur-souscrite, après une grêve des employés. Pas de données sur les acheteurs, qui sont, a priori, des investisseurs privés. Donc à suivre. Les conditions de prêts vont elles changer ?

La limite du modèle Kiva : les partenaires locaux de MyC4 annulent des offres de prêts "parce que les investisseurs ne sont pas contents"

Il ya un aspect un peu surréaliste dans l'annonce faite par le site MyC4, qui est l'un des nouveaux sites de "prêts directs" de "généreux" épargnants du Nord aux "pauvre" entrepreneurs du Sud.

La page d'accueil du site a cet aspect grandiose, mégalomaniaque qu'ont souvent les sites américains de ce type. "Mettre fin à la pauvreté d'ici 2015". Pourquoi pas. Mais il y a du boulot ; d'autant que la fameuse pauvreté du Sud a déjà commencé à ré-augmenter, grâce à notre crise financière. Donc un simple site de prêts directs peut peut être y contribuer ; mais très très modestement, d'autant plus que les prêteurs du Nord vont avoir leurs propres problèmes financiers à régler, dans les mois qui viennent.

MyC4 publie le 15 octobre un communiqué disant que les deux IMF avec lesquelles travaille la plate forme en Cote d'ivoire "ont annulé" les prêts disponibles. On sait en effet que les prêts accordés par des épargnants du Nord (dans le cas de Kiva comme dans le cas de MyC4) transitent par des institutions locales de MF. C'est nécessaire pour assurer la qualité des prêts : connaissance des entrepreneurs locaux ; appuis, accompagnement des projets... toutes ces fonctions indispensables ne peuvent avoir lieu que localement.

Mais tout cela est long et lent. Alors que les prêteurs veulent que leur argent soit prêté et qu'il rapporte des intérêts. 4 ou 5 semaines à dormir parce que les entrepreneurs n'étaient pas prêts à recevoir l'argent ? C'est trop ! On annule et on est désolés !

To ensure that the borrowers' situations have not change would require a new due diligence of each, which current resources don't allow, given the long list of loans. Therefore and to protect Investors MYC4 has agreed to return all funds to Investors. This will be done within the next week. If you have money tied up in a Bid to any of these Providers your money will be transferred back into your Account immediately, when the cancellation is done of your specific loan. MYC4 is planning to cancel 105 loans.

MYC4 resume uploading of Businesses from Notre Nation and Ivoire Credit within the coming months, and they will continue to diligently manage the existing portfolio in the interim. If you have more questions please use the Blogs of Notre Nation and Ivoire Credit. We are sorry that your money has been inactive for 4-5 weeks and we apologize.

mercredi 15 octobre 2008

Richard Rosenberg du CGAP persiste : Yunus a tort. La seule question c'est : trouver des capitaux pour la MF. Peu importe les conditions ?

Rosenberg est l'expert du CGAP qui a justifié les termes de l'introduction en Bourse de Compartamos, le plus énorme scandale, à mon avis, qu'ait connu la microfinance ces dernières années. C'est lui qui animait l'un des débats en Suisse du World microfinance summit, entre Yunus et Michael Chu (ancien président d'Accion), début octobre.

Il en donne un bref compte rendu déçu sur un blog de la Banque mondiale. Il résume l'opposition entre Yunus et Chu en disant que le premier critique l'intervention des investisseurs qui "font du profit sur le dos des pauvres" ; et le second, pragmatique, dit que ce sont les seuls capitaux disponibles.

Comme Rosenberg adore le pragmatisme, il ajoute pour son compte personnel que la question se résume à ça :

is there enough government and socially-oriented capital to meet eventual worldwide demand for microfinance, or is there not? Neither debater had much to offer by way of evidence to support their opposing assertions about this.

Il me semble que cette façon "pragmatique" de traiter la question des investisseurs étrangers dans la MF est très insuffisante pour 2 raisons au moins :

- La MF est une partie des politiques de développement ; et donc elle doit intégrer les critères des politiques de développement --qui ne peuvent se résumer au "libre marché". C'est l'essence même de ces politiques ; même si elels ne réussisent pas partout, et même si elles ont pu avoir des effets pervers, des lourdeurs, etc.

- Ne pas oublier que la MF est une politique d'offre. On vient agiter des billets de banque sous le nez des pauvres en leur disant que oui, ils peuvent s'endetter ! (un peu comme les emprunteurs Subprime aux USA ?° ) Donc, après, exiger de leur part des rendements financiers équivalents à d'autres produits financiers de marché, c'est vraiment poursuivre cyniquement les mêmes objectifs que ceux qui ont ruiné nos banques, avec les mêmes outils et la même idéologie...

Ce pragmatisme forcené ressemble plus à une idéologie qu'à une attitude concrète, empirique, pratique, et tenant compte de la réalité sociale !

MàJ 16 oct : un long compte rendu, très équilibré, sur les arguments du débat entre Yunus et Chu sur Microcapital

jeudi 9 octobre 2008

Faire coexister les objectifs de rentabilité des investisseurs et les objectifs sociaux des IMF ?

Une courte note de Chris Linder qui travaille pour le SPM network, vu à Paris au printemps dernier.

En gros, les réticences dominent...

Un investissement en MF 3 à 10 ans, 0 à 3% de taux d'interet, 10 M$

A suivre : une initiative de Merrill Lynch : 10 M$ proposés en certificats de dépots à interets fixes et très bas. C'est rare !

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