Evaluer la microfinance - Benoît Granger, MicFin

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3 2 - impacts

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samedi 12 mars 2011

Plus souvent les clients rencontrent le prêteur, mieux ils se portent... Ca vient de Harvard, c'est du costaud !

C'est déroutant quand on constate que la science rejoint le bon sens. Mais agréable quand il s'agit de telles évidences : dans ce papier récent Economic returns to social interaction", le constat chiffré est que les emprunteurs qui rencontrent plus souvent leur prêteur se portent mieux que les autres emprunteurs.

Dit comme ça, c'est simple. Les liens informels, les échanges d'info, la confiance qui s'installe lentement (social interaction) ont des impacts évidents : et sur la relation, et sur les performances du micro entrepreneur. Donc un Economic return. On lit ça presque avec soulagement. Ah bon, parce que la plupart des grosses têtes américaines essayaient pourtant de nous montrer depuis des années que le microcrédit, c'est un contrat ; point. Et le prix du contrat (le taux d'intérêt) est donné par la capacité des uns et des autres à négocier, point. Que les parties au contrat soient inégales, on ne voulait pas le voir... Et les pauvres se faisaient avoir en grand nombre.

En fait, il suffit non de changer, mais d'enrichir un peu de cadre d'analyse pour constater qu'un prêt, c'est d'abord du lien social (de la confiance et plein d'autres trucs) ; d'ou découlent (ou non) des constructions subtiles et lentes. C'est néo Putnam, tout ça, ma bonne dame.

Ce qui me désole, c'est la suite.

D'abord, comme les auteurs du papier sont de Harvard, il faut bien qu'ils fassent une PPPremière MMMondiale. Donc ils nous assènent que leur papier constitue "The First Experimental Evidence"que, etc. Ouais, récupérer du bons sens, c'est toujours une Première Mondiale. Ils ont raison.

Ensuite, ils en concluent qu'ils présentent une théorie alternative sur le sur le lien entre Group lending et réduction du risque. En très bref : on constate en général que les prêts collectifs sont mieux remboursés que les prêts individuels. Et on attribue cette différence aux contenus sociaux de la technique de prêt : tu as la pression du groupe sur le dos, donc même si tu as des soucis, tu rembourses parce que tu ne peux pas te permettre de te faire exclure de ton groupe.

OK, mais c'est un peu nul et trop modeste comme conclusion ! J'aurais préféré qu'ils concluent : on a raconté beaucoup de bêtises rationnelles sur le contrait de prêt ces dernières années. En fait, le prêt, c'est un ensemble d'interactions sociales qu'on a eu la flemme d'analyser avec les bons outils (de la sociologie, de l'anthropologie, de l'histoire, du culturalisme, de, de, de...) et on constate que c'est avant tout cet ensemble d'interactions qui font ou ne font pas le "succès" du prêt !

Quant au profit du prêteur, critère qui pollue toute l'analyse, décidons une bonne fois pour toutes qu'on se libère de cette pression merdique.

mercredi 26 janvier 2011

Mon papier sur "mieux veut être jeune, beau, riche et expérimenté que pauvre, vieux et malade" est publié sur le site de l'APCE

D'accord, le titre est une impertinence. Mais j'avais fait ce papier comme une réaction d'agacement (pour ne pas dire plus) à la lecture d'un appel à contribution sur l'accompagnement des créateurs d'entreprises. En gros, j'estimais que l'on confond trop souvent corrélation et causalité dans les appréciations que l'on a de l'accompagnement des créateurs.

Bien sûr, c'est utile et efficace d'accompagner des personnes inexpérimentées vers l'entrepreneuriat. Il suffit de faire du terrain pour s'en rendre compte, et j'en ai fait. Mais il est probable que les personnes en question, souvent, se sont auto-sélectionnées : c'est à dire que ce sont les plus malins qui sont allés vers l'accompagnement ; donc que les plus malins réussissent mieux que les autres, pas besoin de lourdes études pour le deviner !

C'est pourquoi je plaide pour que l'on pratique des études de suivi type Duflo (y compris les réserves que j'ai sur l'interprétation de ses résultats). Il parait que c'est le cas : il y a des études en cours par l'Ecole d'économie sur des publics jeunes de quartiers. j'attends avec impatience les résultats !

vendredi 21 janvier 2011

Rhyne : "Like sex, microfinance can be safe if practiced responsibly" - disgusting ! Vraiment le genre de plaisanterie dont on se passerait

Elle est complètement idiote ? la phrase d'attaque de ce papier est d'un mauvais goût parfait, alors que Rhyne est considérée comme une professionnelle sérieuse... A mon avis elle ferait mieux de rester sérieuse, sans essayer de faire de l'esprit.

Le reste est moins pire, les conseils sont les bons. Mais Rhyne reste enfermée dans la limite étroite : le microcrédit, c'est une activité de marché ; faut juste corriger les excès. Point.

Quand je pense que Duflo mettait en cause les suicides, dont l'origine (surendettement) n'était pas prouvée...Voir BBC world, même si ce n'est pas la Bible !

Oui, il ya toujours eu des suicides de paysans pauvre en Inde : d'accord, on le sait ! Et alors ? Ce n'est pas une raison pour en provoquer d'autres !...

dimanche 17 octobre 2010

Piteuse position de l'ONU

C'est un brave communiqué qui me laisse démonté. "Malgré ses limites"... c'est le moins que l'on puisse dire --et on est loin des trompettes des années 2005 - 2006. Evidemment, on a laissé les renards libres entrer dans le poulailler libres : les renards ou les loups des fonds d'investissement. Voir SKS : tous les jours de nouveaux papiers dans les journaux indiens sur la façon dont cette IMF est devenue en 10 ans "la plus grande du monde". ET que des mauvaises nouvelles. Sur les castagnes internes entre tenants du profit à tout prix, et tenants des services aux pauvres... Sur les coups en douce pour obtenir le silence des copains. Sur les techniques de prets...

Tout ça pour aboutir à une introduction en Bourse qui fait la fortune du groupe fondateur, mais laisse en plan les plus pauvres. Avec des technique de recouvrement qui font froid dans le dos §

samedi 3 juillet 2010

Même au SPTF le raisonnement "la MF, ça doit devenir profitable" résume les débats.

C'est la chute de ce brave petit compte rendu dans la presse "grand public" (Le Temps de Genève) qui me fait soupirer de déception. C'est à propos de la réunion de 3 jours à Genève du Social performance task Force, plein de gens intéressants, et même dont je suis théoriquement membre depuis des années...

voila la chute du compte rendu :

"Pour sa part, Melchior de Muralt, président du World Microfinance Forum, sis à Genève, a mis en garde contre les faux espoirs placés dans la microfinance ainsi que contre la tendance à tirer sur l’ambulance. «Il y a tout de même 4 milliards de personnes qui n’ont pas accès aux crédits et nous devons trouver un moyen qui permette aux investisseurs de gagner de l’argent et aux clients de sortir de la pauvreté», a-t-il déclaré.

et voilà, ça s'arrête la. "trouver un moyen" de connecter les pauvre aux marchés, de façon que les unijambistes investisseurs "gagnent de l'argent", car ils ne savent rien faire d'autre. Rien d'autre, aucune autre hypothèse. pas d'argent public, pas de critères du bien commun, aucune hypothèse un peu sophistiquée dans les quelles on ne regarderait de près si le mélange adroit de subventions publiques et de savoir faire privés ne serait pas plus efficaces --avec de meilleures performances sociales à la fin !

Mais comment peut on encore aujourd'hui raisonner aussi simplet ? Alors que les preuves s'accumulent : dès qu'il y a des investisseurs dans des instiutions de microfinance, on peut être sur que celles ci vont déraper sur leur mission, qui est de servir les pauvres...

mercredi 7 octobre 2009

Sortir de la pauvreté grâce au microcrédit ? traduction en français du papier de the Economist

Rien de nouveau, mais c'est en français. Si vous avez la flemme de lire en anglais, merci Courrier international qui a traduit le récent papier de the Economist (qui avait fait couler de l'encre... déjà cité ici)

Rien de nouveau non plus dans The Economist. On ne parvient pas à prouver que la MF améliore de façon significative la vie des gens (y compris leur façon de consommer) ; mais tous ceux qui suivent de près cette activité savent :

1 - que ce n'est pas nouveau... le manque de preuve ne signifiant pas que les faits n'existent pas !

2 - qu'il faut regarder le thermomètre autant que la fièvre : les outils de mesure de variation de la pauvreté sont déglingués.

Vivement du Duflo sur grande échelle !

samedi 27 juin 2009

Déjeuner avec "La Randomista" Esther Duflo, oui, celles des "Savoirs contre pauvreté"

Par un concours de circonstances, j'ai déjeuné avec Esther Duflo, celle qui à 36 ans a été nommée professeure au Collège de France. Sa chaire s'appelle (le nom était décidé par le Collège de France, pas par elle, précise-t-elle) : "Savoirs contre pauvreté". Ce qui décrit assez exactement l'axe de ses travaux, très pragmatiques.

Son surnom "La Randomista" est ironique et affectueux à la fois (du moins je le suppose). Elle dit qu'elle a fini par interdire à ses étudiants du MIT d'éditer des T shirts avec ce titre et son visage dans un cadre très Che Guevara ! l'ironie a des limites !

Ce "Randomize" en anglais résume une méthode d'évaluation poussée à bout par Duflo. Si vous voulez savoir ce qui est efficace et ce qui ne l'est pas, prenez les mêmes protocoles que les agences pharmaceutiques. 100 personnes testent un Machin actif, et 100 personnes testent un placebo ; rendez vous quelques temps après pour mesure s'il y a eu des effets, quels effets, et ainsi de suite.

Dans le champ de la microfinance, elle dit qu'elle teste aujourd'hui des résultats à Hyderabad (c'est le thème de son dernier papier dans Libération) et une autre expérience encore en cours au Maroc, avec Al Amana et Fouad Abdelmoumi, que j'admire depuis longtemps. Il y a des effets mesurables. Mais sur deux ans, la "vie des gens" change-t-elle ? Non, ni leurs valeurs, ni leur culture...

donc rendez vous dans une génération ? Peut être, mais ça n'empèche pas d'avancer en attendant !

mercredi 4 février 2009

La MF reduit-elle la pauvreté en Inde ?

Un papier très intéressant parce que fondé sur des échantillons longs. En gros, les conclusions sont que

- oui, la MF contribue à réduire la pauvreté

- mais plutôt dans les zones rurales, plutôt pour les moins pauvres parmi les pauvres, plûtot s'ils s'agit de prêts pour l'équipement professionnel

Ce que j'apprécie dans ce type de conclusions, c'est leur modestie. Non, la MF n'est pas la panacée. Et si les chercheurs avaient la possibilité de prolonger leurs données, ils trouveraient sans doute ou est le "plafond" : on peut augmenter la capacité à produire de communautés pauvres et leurs gains de productivité, donc leur capacité à préserver les plus values ; mais sans doute dans des limites très étroites. D'autres facteurs interviennent ensuite (équipements collectifs, infrastructures...) qui re-freinent leurs capacités à aller plus haut et plus loin.

La, il ne s'agit plus de MF, mais de politiques plus globales de ddéveloppement.

vendredi 24 octobre 2008

Si vous avez des dettes et si vous êtes en bonne santé, vous remboursez mieux que si vous êtes malade (ironie inside)

Les "recherches" des gens sérieus me laissent parfois pantois. Ce titre par exemple :

NEWS WIRE: Good Health Helps Microfinance Borrowers Repay Loans

et j'ajouterais volontiers : mieux vaut être riche, jeune et en bonne santé que pauvre, vieux et malade.

Bon, j'arrête pour ce soir.

(cela dit, je me rappelle une "étude" de Free from Hunger qui tendait à montrer les impacts positifs de la MF sur la santé des enfants... Un peu border line sur le "lien causal" ! ! ! ! )

MàJ : je crains que tout cela mérite mieux que de l'ironie. Voir le papier cité ici. Free from Hunger a sans aucun doute raison de proposer des servcices de santé à ses clients ; mais FFH adopte une position "de principe" dans d'autres textes (que je n'ai pas sous la main) sur le fait que des IMF "devraient rende d'autres services" "aux communautés qu'elles servent" : je trouve ça inquiétant. Ce n'est pas à une ONG de décider à la place des communautés "qu'elle sert" si ce sont des services de santé dont elles ont besoin, ou d'autres choses, et dans quel ordre de priorité.

Je me rappelle un débat sur la liste du BIM, il y a quelques mois, dans lequel je défendais l'idée que les IMF devraient se contenter de faire leur métier, et de le faire bien et loyalement. Et que ça leur prendrait suffisamment de temps et d'énergie pour n'avoir pas envie d'interférer avec les choix, les décisions collectives que doivent prendre (et que savent prendre) les communautés auxquelles elles s'adressent, dans les autres domaines.

A moins que cette idée de "meilleure santé = meilleurs clients" soit une façon sophistiquée de diminuer le risque du prêteur ? C'est aussi une hypothèse !