Evaluer la microfinance - Benoît Granger, MicFin

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vendredi 2 avril 2010

Sibille - Draperi sur l'économie sociale et l'entreprise sociale (ou solidaire ?) - un débat qui n'en finit pas

Joli débat, un peu en trompe l'oeil, entre deux autorités de l'ESS : Draperi qui enseigne au Cnam et Sibille le banquier (il est VP du Crédit coop). Qui commence son papier par "mon ami Draperi"... heu, je me demande si le destinataire le vivra comme un "qui aime bien châtie bien", car il prend quand même une volée!

On n'est pas loin de la microfinance, car elle devrait relever de cette logique, au lieu de se subdiviser trop souvent en France entre un outil des pouvoirs publics, et un projet "de marché".

Le papier de Draperi est ici. Il est intéressant car il évite cette vieille caricature de l'ESS du type "le statut garantit la vertu". Mais il cogne dur sur une "nouvelle" conception de l'entreprise sociale qui, par américanisme, s'étendrait vers les bonnes oeuvres de philanthropes fortunés (très Bill Gates, comme conception !). Alors que, dit il, l'économie sociale, c'est avant tout l'émancipation de tous. Mais avec un échec patent pour ce qui concerne les volumes concernés, et même la pureté des conceptions.

Le papier de Sibille est ici ; et il est également intéressant, car très pragmatique, ce qu'il revendique. Cela dit, l'argument de type " ceux qui ne veulent pas bouger, c'est qu'ils ont peur de l'air du large" : ça craint un peu ! C'est toujours ce que l'on adresse aux personnes qui ont des principes, non ?

Je suis mal à l'aise car personnellement un peu au milieu ! C'est vrai que l'ESS sans les structures qui garantissent la participation de tous (n'abusons pas du terme de démocratie !), c'est une ESS un peu vidée de sa fonction "outil de peuple".

Mes réserves sur Draperi sont, en fait, très pragmatiques. Ce que je reprocherais le plus à l'ESS en tant que mouvement entrepreneurial, c'est son incapacité à générer "du leadership" (un américanisme de plus !) Et le MOUVES qui vient de se créer avec de belles et grandes personnalités --mon infatigable ex-président Claude Alphandéry en est !- - est plutôt un signe positif.

jeudi 1 avril 2010

MF islamique - concours CGAP typique = on ne veut que des projets profitables !

Voilà le genre de truc typique qui m'énerve. Un concours pour de nouveaux projets de MF. Cette fois ci, islamique : pourquoi pas ? Et avec 100 000 $ à la clé, quand même ! ! Mais les conditions répétées, ressassées, martelées dans le texte ci dessous, c'est : on ne veut que des projets qui veulent être rentables, et rentables tous seuls : profits profits, profits !

Durable veut dire profit ; autosuffisant = profit ; projet commercial = profit ; forces du marché = ce n'est même pas la peine de préciser !

Vive le profit ! je suis pour : mais pas n'importe comment ; surtout quand il s'agit de faire du profit en prêtant aux pauvres. Le problème, c'est qu'avec de tels projets, on véhicule un seul et unique modèle. Pas d'intervention de l'Etat, pas de mécènes, pas d'argent - cadeau. Non, c'est bizness et rien d'autre.

le CGAP se rend-il compte à quel point il oriente idéologiquement la MF avec de telles propositions ? je n'en suis pas certain. Alors que les preuves s'accumulent : la MF profitable est la MF qui prête aux "not so poors", selon l'expression consacrée. Et donc qui n'est qu'un paravant : que le marketing R&D de grandes banques qui feront un peu plus tard leurs profits sur le dos des pauvres.

MF islamique - tout marché

Autoentrepreneurs : Novelli : Les abus ne concernent sans doute que quelques centaines d'autoentrepreneurs. Hurel : traquer les abus

Quelques centaines ? je n'en suis pas certain du tout ! Plutôt des milliers ou des dizaines de milliers, si on place le curseur au bon endroit. C'est à dire sur le critère de la dépendance. Un client unique, c'est déjà un lien de dépendance tel que l'auto entrepreneur n'a sans doute pas la capacité de développer sa propre autonomie. Et sur les critères juridiques du contrat de travail, on n'est pas loin...

l'itw Novelli c'est là.

François Hurel commente à son tour dans La Tribune. Les arguments sont bons : mieux vaut sanctionner les abus que changer la loi (d'autant que les propositions des sénateurs manquaient de bon sens !).

C'était ma première réaction, mais en fait, je crains de très nombreuses déceptions !

Le lien avec le microcrédit est évident. Pour de très nombreux autoentrepreneurs, la demande (et l'obtention) d'un microcrédit sera le seul lien "physique" avec un réseau d'accueil ; donc des pros capables d'avoir un avis sur le projet. Et il s'agira plus logiquement d'un vrai projet, puisqu'on a besoin d'argent pour investir ou assurer la tréso !

mercredi 24 mars 2010

Microcrédit en France - les mesures Lagarde sont-elles les plus urgentes ?

Christine Lagarde annonce un projet en 4 points ; il est résumé sur le site de son ministère ici.

Coïncidence : j'étais la semaine dernière avec Arnaud Poissonnier (BabyLoan) à une séance de travail ou il en a parlé, avant de publier cette tribune dans le Monde.

Je dois dire que je ne vais pas partager TOUT l'enthousiasme de Poissonnier, mais une partie seulement.

Il écrit :

(AuSud) "Le prêt solidaire par Internet permet au grand public de parrainer des bénéficiaires de microcrédit en leur prêtant (et non en leur donnant) la somme dont ils ont besoin pour financer leur activité de subsistance. Les plateformes qui proposent cette approche innovante (une quinzaine dans le monde) travaillent sur le terrain avec les institutions de microfinance, dont le rôle consiste à accompagner et prêter aux exclus du système financier.

Donc 2 temps : les particuliers peuvent prêter ; mais l'intermédiation subsiste : les institutions de microfinance, sur le terrain, sont là pour accompagner. En somme, il décrit Kiva ; en rêvant de le multiplier :

"l'on en vient à rêver que les 150 millions de bénéficiaires de microcrédit du monde soient un jour parrainés par 150 millions d'internautes, telle une gigantesque banque citoyenne. Voilà l'objectif !

2ème temps de la démonstration : ce qui est possible au Sud, ce que fait Babyloan (les particuliers peuvent "prêter" à la plate forme qui "prête" aux IMF du Sud, qui prêtent aux micro entrepreneurs) n'est pas possible au Nord. De vieilles règles de prudence interdisent de collecter de l'épargne si vous n'êtes pas régulé et contrôlé comme une banque. Vieille sagesse.

Or le projet de loi présenté par Lagarde ce 24 mars, et qui porte surtout sur le crédit consommation, prévoit une exception toute nouvelle : le fait que les particuliers pourraient désormais en France prêter à des associations vis des plate formes Web : en l'occurrence l'Adie en passant par Babyloan, car, dans l'immédiat, il n'y a pas grand chose d'autre --mais on peut craindre un enthousiasme un peu imprudent et des initiatives à tout va !

OK, l'idée est belle est bonne ; elle nous rapproche des Etats Unis ou il existe une quinzaine de plate formes de rencontres. Mais en France avec des contenus différents : il s'agit de prêter à des prêteurs , pas de développer les rencontres directes entre prêteurs et emprunteurs sur des plate formes comme Prosper, Lending club et autres.

3 remarques sur ce projet.

1 - Il est fait pour augmenter les ressources des prêteurs. C'est la raison pour laquelle Arnaud Poissonnier et Maria Nowak (Adie) ont poussé dans le même sens.

Je pense qu'il y a 2 risques dans ce schéma.

D'abord collecter l'argent des particuliers coûte très cher. 1000 € par 1000 €, c'est tout un discours, une comm d'enfer à mettre en place ; beaucoup moins cher par le Web que par des moyens traditionnels, mais ce sont des tonnes d'explications à donner pour arriver à des sommes significatives...

Ensuite le rapport au fric ne marche pas du tout en France de la même façon qu'aux Etats Unis, ou Kiva a provoqué un engouement énorme, dès le départ. Aux US, "les gens", ceux qui donnent, sont séduits par l'idée de prêter. Donner pour l'éducation, les églises, etc, ça fait partie des devoirs quotidiens (on donne beaucoup plus qu'en France). Mais "donner" pour créer du business, ça a quelque chose de contradictoire. Donc prêter, ça c'est business. C'est logique, c'est séduisant, et ça coute pas cher (si on est remboursé).

Mais il me semble qu'en France, si on se rappelle les quelques rares études sur les motivations des épargnants de l'épargen solidaire, c'est beaucoup plus compliqué et subtil.

2 - Augmenter les ressources des prêteurs avec de la dette, est-ce bien la solution ?

En gros, l'Adie estime que ses besoins en augmentation de fonds de prêts sont tellement importants que ni ses grands sponsors privés (des banques, en général), ni les pouvoirs publics ne peuvent (et ne veulent) suivre.

Mais est-ce la solution de les remplacer (ou de les compléter) par des fonds venant du grand public ?

J'ai plutôt l'impression que l'on risque d'avoir des charges de gestion importantes, pour des explications incessantes, embrouillées, éventuellement suspicieuses (pourquoi vous prêtez avec intérêt de l'argent que moi je vous prête sans intérêt?) etc...

Kiva a provoqué un énorme engouement aux Etats unis dès son départ, mais est aujourd'hui victime d'une crise de confiance sur un sujet proche (pour l'info, googlez le nom de David Goodman pour lire son blog, en anglais).

Donc il me semble que le réel effort est de convaincre les "initiés" en l'occurence les grandes banques et le gouvernement que le microcrédit a tellement d'avantages pour eux qu'ils devraient se mettre d'accord pour le financer largement. Voeux pieux : ok, peut être. Mais les risques d'impliquer le grand public sont réels. Et s'endetter pour les fonds de prêts ne rsoud pas la question des couts de production, qui resteront démesurés.

Au passage, on peut imaginer un avantage à une telle forme de collecte, très nouvelle dans notre pays. C'est beaucoup plus que mobiliser des épargnes, mobiliser des citoyens. En somme, si des centaines de milliers de personnes "votent" pour BabyLoan - Adie en leur confiant quelques centaines d'€, peut être le gouvernement en sera impressionné --et les banques inquiètes devant toute cette belle épargne qu'elles ne géreront pas ? Si ce sont les citoyens qui "votent" en déplaçant leur livret A, peut être inventera-t-on des mesures réellement ambitieuses ?

3 - Quelles seront les conditions ? qui aura accès à cette manne toute nouvelle ?

Les deux acteurs qui anticipent sont l'Adie, très connue, très établie, ancienne, et qui a des relations de confiance avec toute la place bancaire, et BabyLoan, qui a tout juste 2 ans d'existence, et qui jouera l'intermédiaire marketing dans l'opération.

Collecter des épargnes populaires a toujours été un risque en soi. Parce que la naïveté du public peut provoquer des dégâts ; parce que plein de "petits malins" peuvent s'introduire dans le schéma et le pervertir. Bien sûr, il existe déjà des garde fous réglementaires (introduites dans le CoMoFi récemment) sur les associations qui ont le droit de prêter. Mais on ne fait pas une loi juste pour l'Adie toute seule ! Elle est la seule, 4 ans après, à remplir les conditions du CoMoFi, mais d'autres comptent s'y mettre. Peut on contrôler préventivement ? tout en ne fabriquant pas des conditions bureaucratiques ? ça va être coton !

Enfin, la limite entre ces épargnes et celles mobilisées dans les différents systèmes avec avantages fiscaux à l'entrée (réductions d'IR pour les PME....) vont devenir poreuses et également difficiles à gérer !

A suivre !

mardi 23 mars 2010

Le rapport de l'Inspection des finances sur le microcrédit : ça m'énerve !

le rapport de l'IGF de décembre 2009 sur le microcrédit, à télécharger ici (attention, c'est du lourd!). Franchement, je suis déçu ! L'IGF, qui est censée conseiller son ministre, propose une définition du microcrédit qui me parait être un choix idéologique simplet.

Page 4 : Il s'agit "d'un crédit à tire onéreux (ce qui exclut les prêts d'honneur,..." etc.

J'analyse cette position comme une position idéologique : il faut facturer des intérêts pour reconstituer le capital du prêteur, sinon on est dans un Machin désintéressé qui ne s'appelle pas crédit. Pourtant une tradition énorme du crédit gratuit, du crédit social, mutuel, coopératif prouve, s'il en était besoin, qu'il y a plusieurs façons de traiter la question. Et que celle ci est partisane.

J'ai traité du débat académique à propos des Welfarists et du Sud dans un gros papier indigeste et, pire encore, en Anglais. J'y reviendrai.

vendredi 19 mars 2010

Auto entrepreneurs : les détournements se multiplient

Benoît Willot signale ce qui ressemble à une escr---heu, à une imprudente utilisation du statut d'autoentrepreneur. En fait, des gens "embauchés" pour un mission à plein temps, avec un donneur d'ordre unique, pour développer un réseau de coiffure à domicile... J'ai vu aussi à la télévision un reportage sur un restaurant qui "emploie" son personnel sous la forme d'autoentrepreneurs.

J'espère qu'il y aura une jurisprudence rapide et ferme sur ces détournements. C'est à décourager d'entreprendre !

lundi 15 mars 2010

En France, de nouvelles facilités pour le microcrédit ? mais uniquement pour le microcrédit distribué par l'Adie ?

C'est un papier des Echos d'hier. Drôle de façon de compter de la part de l'Inspection générale des finances : 13 000 microcrédits professionnels en 2008 ? dont 12 500 par l'Adie ? Ah bon ? Donc France initiative et Réseau Entreprendre + les prêts liés aux Caisses d'épargne, etc, à la trappe ?

C'est vraiment stupide !

mercredi 10 mars 2010

Jean-François Moulin et le microcrédit - pas si dépassé que ça par rapport aux besoins en fonds propres

Mon voisin de blog Benoît Willot épingle (gentiment) Jean-François Moulin, et je le cite parce que le dernier article de ce dernier m'avait fait sourire --mais, flemme de ma part, BW a dégainé avant moi.

Le dernier papier de JF Moulin et al est paru dans les Echos dernièrement, c'est ici. Pourquoi les banques françaises devraient se mettre à la microfinance, demande l'ancien banquier ? Parce que sinon, ce sont des organisations spécialisées qui vont leur piquer ce marché ! Alors que dans un papier paru dans le même quotidien en 2008, Moulin disait de façon un peu paradoxale que la MF, "c'est une solution dépassée" : il faut des fonds propres à ces micro entrepreneurs , et non de la dette.

D'accord, il s'agissait de la MF dans les pays du Sud ; alors qu'aujourd'hui JF Moulin (ancien banquier : il a dirigé la Banque populaire de l'Ouest, avant de fonder la chaire Microfinance d'Audencia --chapeau bas !) traite de la la MF en France. Mais cela dit, je ne crois rien de ses arguments de 2008. Ecrire que :

"les contrats en fonds propres présentent trois autres avantages. Premièrement, un investissement en fonds propres place l'IMF sur le même plan que la micro-entreprise et par conséquent permet de régler les problèmes d'agence dans leur relation contractuelle. De ce fait, la microentreprise considère l'IMF comme un associé, un partenaire qui l'aidera à parvenir au succès. Deuxièmement, le recours aux fonds propres permet à l'IMF de mieux gérer son exposition au risque non systématique par sa participation aux décisions stratégiques qui ont un impact direct sur la rentabilité de la micro-entreprise. Enfin, l'utilisation des fonds propres permet d'éviter le caractère cynique du paiement de l'intérêt sur la croissance de la microentreprise.

Cela me semble une confusion. Ce que l'on cherche, c'est un "effet fonds propres", et non des fonds propres. Le micro entrepreneur, qui n'est pas organisé en société commerciale, a besoin de dettes de dernier rang pour pouvoir éventuellement réemprunter en cas de besoin. L'égalité avec son "associé" est une fiction, et les intérêts ne sont pas plus "cyniques" que les valorisations de sortie d'un investisseur ! (j'ai l'impression que M. Moulin a été influencé par son coauteur de l'époque, Ayi Ayayi, qui a fait sa thèse au Canada sur le capital risque ; et donc préfère le risque à la dette ! )

Le point intéressant, c'est que la question se pose dans des termes comparables au Sud et au Nord sur un point précis, celui de l'effet fonds propres. En gros, les 2 qualités essentielles que l'on attribue à la MF, du coté des banquiers, c'est que :

1 - elle nous débarrasse des couts de production des prêts !

2 - elle crée les faux - fonds propres qui manquent au micro entrepreneur : or plus de fonds propres permettent de prêter plus

Dans le système français de microcrédit, on peut prendre pour exemple de ce mécanisme les prets d'honneur, tels qu'ils ont pratiqués par France Initiative : ce sont typiquement de faux fonds propres avec un "effet fonds propres". On ajoute 100 en haut du bilan, ce qui permet d'ajouter 100 en dettes.

Sur le reste, je dois dire que je reste très sceptique sur l'idée selon laquelle les banques devraient se jeter sur ce marché sinon des organisations spécialisées vont le leur "piquer" : ce n'est pas un marché rentable, et il ne le deviendra pas facilement. Alors que les banques sont poussées à aller au plus simple et au plus rentable.

mercredi 3 mars 2010

18 mars : une journée Recherche sur la MF à Dijon

L'invitation est la. Ca promet d'être intéressant. C'est assez ouvert.

mercredi 24 février 2010

Mieux vaut être riche qualifié et en bonne santé, one more time (c'est lassant !)

Je tombe sur ce morceau de choix dans la fausse naïveté INSEE typique et répétitive (l'Insee fait ça chaque année, donc pourquoi s'énerver ?)

En résumé, sur 100 entreprises créées une année, 5 ans après, il en reste 50, à la louche. La ou vous allez tomber de votre chaise, c'est que parmi les 50, celles qui marchent le mieux sont celles créées avec beaucoup d'argent, par des gens (plutôt des hommes !) diplômés, et qui ont une expérience du métier dans lequel ils entreprennent. Incroyable, non ?

A force de décrire ainsi des "faits", on finit par inverser causes et conséquences. Par exemple :

"les entreprises dont le nombre de salariés a augmenté au cours des 3 premières années franchissent, toutes choses égales par ailleurs, 1,6 fois plus souvent le cap des 5 ans que les autres." De même, plus le chiffre d’affaires a progressé 3 années après la création, plus les chances de pérennité de l'entreprise à 5 ans apparaissent élevées.

On lit : augmentez votre CA, et ça ira bien pour vous. Alors que la cause c'est : j'ai un projet ambitieux, des compétences et des bons et nombreux clients DONC mon CA augmente (conséquence), et non l'inverse...

A force de présenter les chiffres de cette façon, on va finir de persuader les pauvres, les femmes, les jeunes et les sans fric ni diplômes que ce n'est pas la peine d'essayer : il sont bons pour le plantage, c'est statistique mon bon monsieur ! ET bien sûr, au passage, on finira d'en cnvaincre les banquiers de base, qui, eux, n'ont vraiment pas envie de perdre leur temps avec des clients pareils !

vendredi 19 février 2010

Les poissardes jurent d'étrangler celle qui ne serait pas fidèle au paiement --donc qui ne pourrait pas rembourser leur prêt - Un "groupe lending" pré-Yunus

C'est dans Laurence Fontaine « L’économie morale », qui a retrouvé ce magnifique passage de Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, dans les 1750 et quelques :

Le (préteur à la petite semaine) se rend alors dans une maison écartée, dans une salle ou il n’y a qu’une mauvaises tapisserie, un grabat, trois chaises et un crucifix. La, il donne audience à soixante poissardes, revendeuses et pauvres fruitières. Puis il leur dit d’une voix composée : « mes amies, vous voyez que je ne suis pas plus riche que vous ; voilà mes meubles, voilà le lit ou je couche quand je viens à Paris : je vous donne mon argent sur votre conscience et religion ; car je n’ai de vous aucune signature, vous le savez, je ne puis rien réclamer en justice. Je suis utile à votre commerce, et quand je prodigue ma confiance, je dois avoir ma sûreté. Soyez donc toutes ici solidaires l’une pour l’autre, et jurez devant ce crucifix, l’image de notre divin sauveur, que vous me ferez aucun tort, et que vous me rendrez fidèlement ce que je vais vous confier » Toutes les poissardes et fruitières lèvent la main, et jurent d’étrangler celle qui ne serait pas fidèle au paiement : des serments épouvantables se mêlent à de longs signes de croix. Alors l’adroit sycophante prend des noms, et distribue à chacune un écu de six livres, en leur disant : « je ne gagne pas ce que vous gagnez, il s’en faut ». la cohue se dissipe, et l’anthropophage reste seul avec deux émissaires dont il règle les comptes et paie les gages.

mercredi 3 février 2010

Compartamos : 4, 3 Milliards de dollars de sub ou de quasi-subventions ? ?

Jean-Michel Servet m'envoie un extrait du dernier N° de la revue Banque. Un encadré sur Compartamos dit que ce fameux micro-préteur super-rentable aurait reçu plusieurs milliards de subventions au cours des premières années de son histoire. C'est un argument de plus sur la rentabilité. Si celle ci est obtenue après une longue période de non-rentabilité, on peut se demander à qui profite ces cadeaux lors de l'entrée triomphale en Bourse ! ?

J'en ai parlé et là., et aussi ici. Et voilà l'adresse de mon papier paru dans le RApport moral sur l'argent dans le monde.

Encore une pierre à l'édifice sur : la MF rentable, c'est bien. Quand c'est sur le dos des clients, c'est moins bien. Et au profit des actionnaires du Nord, c'est encore moins bien ! Et moins démonstratif sur : les marchés ont toujours raison !

dimanche 24 janvier 2010

Starisation d'Esther Duflo, systématisation de "la méthode"

Une page entière sur elle dans le Journal du dimanche d'aujourd'hui --d'ailleurs un papier pas très bien fait : on sent que la journaliste veut rester à tout prix "grand public", donc star system, donc n'entre pas vraiment dans les enjeux du boulot de Duflo. Dommage.

je viens de finir l'un des 2 petits bouquins d'Esther, dans lesquels sont réunies ses leçons au Collège de France.

J'ai parlé d'elle ici à plusieurs reprises : à propos d'une rencontre après sa leçon inaugurale au Colège de France. Cette leçon est en ligne, voir le lien ici. A propos d'autrs travaux en cours, ceux de Roodman. Et à propos des papiers journalistiques un peu tranchants et légers qui commencent à répandre de la "déception" à propos de MF. (ce qui est idiot !)

Le livre d'Esther que j'ai lu est  "la politique de l'autonomie" car c'est celui qui contient un chapitre sur ses travaux en microfinance. j'en sors un peu mal à l'aise. Elle a adopté un parti pris qui est extrèmement fécond (la méthode d'évaluation). Mais quand ça devient systématique, on est tenté d'oublier les préalables, et même les présupposés "idéologiques" (entre guillemets, car je sens que la belle Esther n'aimerait pas qu'on lui suppose des présupposés idéologiques!). Or ils sont consistants. Il faut que je m'y remette pour comprendre.

En gros, j'ai deux objections :

1 - observer les différences de comportement entre deux groupes, l'un avec une variable introduite et l'autre sans varialbe, ne permet d'observer que des résultats. Pas des motivations... Or les motivations qui entraînent des changements de comportements sont multiples et obscures.

2 - le temps de ses conclusions est trop court. Les papiers que sort le J-PAL labo et ses équipes partout dans le monde son fondés sur des observations de 2 à 5 ans, parfois 18 mois. Est-ce bien raisonnable d'en sortir des conclusions de type : "chers responsables politiques, il faut faire comme ci parce que ça marche et pas comme ça parce que ça marche pas".

Quand il s'agit de rapports à l'argent, le comportement "des gens" peut être aberrant (--est souvent aberrant !). Et ces aberrations peuvent remonter très loin, jusqu'à des systèmes de valeurs qui se baladent dans la famille ou la tribu depuis des générations. Donc il est prudent d'attendre deux ou trois générations pour savoir si on a vraiment modifié ces croyances !

(je ne plaide évidemment pas pour l'impuissance, mais pour la prudence dans l'interprétation)

Un troisième sujet de malaise pour moi, mais c'est très idéologique : la méthode fondée sur "les gens répondent aux incitations" (c'est du Mankiw pur laine !) ; donc on peut les traiter comme des cachets d'aspirine (c'est la base même de la méthode avec groupes témoins) me laisse réticent. Je sais que j'ai tort, mais je revendique mes torts ! :(-

vendredi 20 novembre 2009

Sur le déversement des emplois, au sens contrat de travail, vers les activités, au sens : vas y mon gars, fais toi autoentrepeneur, c'est le bonheur

le point de vue américain est ici.

Berhent explique qu'il a fallu un choc conjoncturel (?) de très grande ampleur pour que le débat intellectuel se déplace de : "une politique de l'emploi, ça sert à rien, suffit d'attendre que ça reparte" vers "une politique de l'emploi, ça peut être un ensemble de décisions qui pèsent sur les marchés".

il termine prudent :

Naturellement, de telles mesures (note : de soutien aux états par le fédéral) sont assez étrangères à la pensée économique dominante dans les milieux politiques américains, y compris au sein des démocrates. Il suffirait que l’administration Obama évoque la possibilité de le prendre en considération pour que les républicains brandissent le spectre du « socialisme », comme ils l’ont fait cet été dans le débat sur la réforme de la santé. L’enlisement de la crise actuelle pourra-t-il faire bouger les lignes? Rendez-vous au sommet-emploi de la Maison Blanche le 3 décembre…

Je suis sans aucun doute influencé par ma fréquentation des historiens ces temps ci, mais décidément, j'aime ces modestes scientifiques des "sciences molles" qui utilisent assez peu les outils réputés exacts (les maths des économistes) et beaucoup les faits et leur mise en perspective.

Le rapport ? on est en train d'inventer en Europe des formes d'emploi qui se rapprochent de "l'autonomie", en tous cas de l'individualisation qui sont une façon sophistiquée de contourner les règles devenues trop rigides des emplois d'un marché normé ( = pour aller vite, des grandes entreprises, sur le modèle de l'emploi public).

Et quand on traite ça sous la forme d'un encouragement à l' "esprit entrepreneurial", ça m'inquiète ! Entrepreneur c'est autre chose : c'est d'abord en avoir la volonte, de préférence. pas y être condamné ! ! !

mardi 17 novembre 2009

Les MFI champions de la performance sociale 2009, une liste difficile à comprendre...

la liste est sur le site du MIX, ici.

L'initiative est financée par des fondations américaines (Dell, Ford) en plus du CGAP, donc on peut supposer que les critères sont assez américains. Et au total j'ai du mal à comprendre la présence de telle ou telle institution de microfinance. Y compris en tenant compte des rapports d'audit que j'ai lu ces dernières années.

mercredi 11 novembre 2009

Pourquoi les pauvres ont-ils des comportements aberrants ?

Je sors d’une séance de ce séminaire à l’ENS, rue d'Ulm, que je suis depuis 3 ans sur les «histoires de crédit ». Aujourd’hui une sociologue nous décrivait une partie de sa thèse sur le crédit conso. Les pauvres « se font avoir » : les faits, les chiffres sont la. Pour financer leurs vacances ou une fin de mois difficile, les pauvres prennent du revolving à 20% et les riches (disons les petits bourges) se débrouillent avec leur banque à 6 ou 9%. Les pauvres se font avoir. Les pauvres ont des comportements aberrants, ou du moins irrationnels !

(qui s'expliqnent en fait par la volonté d'une impersonnalisation : je ne veux pas être jugé par le teneur de compte de ma manque, qui sait que je suis pauvre)

Coïncidence : je tombe 2 heures plus tard sur ce commentaire par Isabelle Guérin du livre qui fait grand bruit : Collins Daryl, Jonathan Morduch, Stuart Rutherford, Orlanda Ruthven Porfolios of the Poor. How the World’s Poor Live on $2 a Day (2009)., Princeton: Princeton University Press. – que j’ai évidemment la flemme de lire en anglais !

Isabelle termine par :

Le livre est aussi un vibrant plaidoyer pour le micro-crédit à la consommation. Convaincre les praticiens de la microfinance, et leurs bailleurs de fonds, que le microcrédit est souvent détourné d’usages « productifs » est tout à fait louable. Prétendre que les pauvres ont besoin d'emprunter pour les besoins sociaux est également parfaitement légitime. Mais ne faut-il pas simultanément tenir compte des risques du crédit à la consommation et mener une réflexion et un débat de fond sur ce que cela signifie en termes de politique et de choix de société ? Et ne faut-il pas en repenser les conditions, notamment en termes de coût ? S'il n'y a pas d'augmentation des revenus et aucun mécanisme de redistribution, la dette entraîne nécessairement la paupérisation. C'est un effet mécanique très simple, à moins qu'elle soit exempte de frais, mais ce n'est pas le cas de la microfinance. Les risques sont d’autant plus prononcés dans la mesure où le désir de consommer est très probablement croissant parmi les pauvres.

Oui, et pas seulement au Sud. Je suis sidéré, dans les histoires de crédit que l’on a de la part de sociologues, économistes, etc, de la pression qu’exercent les besoins et les désirs de conso, de dépenses. Et les prêteurs spécialisés (prêteurs conso) nous expliquent gentiment qu’ils n’exercent aucune pression vis-à-vis des clients. Bin voyons. Juste en leur disant « vous avez une réserve d’argent, qu’attendez vous pour l’utiliser ? » : c’est pas une pression ça ? Le revolving correspond « à un besoin » plaidait le responsable de l’organisation professionnelle il y a qqs jours dans Le Monde. Bin oui, à un besoin. Mais surtout un besoin d‘impersonnalisation de la relation. Les pauvres ont des comportements aberrants parce qu’ils ont une marge de manœuvre très limitée ; et parce que les trésors de talent des offreurs réussissent à leur maquiller les risques de leurs actes. Égalité contractuelle ? Tu parles ! il faut vraiment être soit très hypocrite, soit très ignorant pour continuer à plaider cette fiction !

Autre partie de la séance à l'ENS : un long récit des relations commerciales entre un anglais catholique établi à Anvers, qui faisait commerce de diamants et de textiles avec des juifs anglais de Londres, des huguenots réfugiés au Portugal, des protestants d'Amsterdam, et les uns et les autres se canardaient de temps à autres avec des Ashkenazim d'Europe centrale, le tout entre 1700 et 1752, date ou John Damer meurt... J'adore ! le tout raconté par un historien belge néerlandophone d'une vois lente et douce, recto tono, même quand il nous racontait les mésaventures des courriers, de la confiance et des crédits et du contrôle sans le dire, des uns et des autres, les uns sur les autres... Il exploite 800 lettres sur un fonds de 15 000, et raconte vraiment très bien.

J'adore ces séances à Normale Sup, ou j'ai l'impression de voguer loin de mon quotidien, de voir vivre la vie de gens intéressants, actifs, entreprenants, et qui ont laissé de faibles traces de leurs vies sur cette terre, que l'on se raconte longtemps après pour tenter d'y trouver un sens ! ...

loin et tellement proches. L'envie, la méfiance, mais aussi la confiance, l'altruisme, l'hommage des égaux, que de sentiments qui démentent l'hypothèse même de l' "homo oeconomicus", le supposé champion de l'égoïsme et de la rationnalité ! Quelle ramassis de stupidités, resassées depuis ce malheureux Adam Smith, qui n'en disait pas tant ! ...

jeudi 22 octobre 2009

CK Prahalad "penseur le plus influent" du monde des affaires ? Ca me désole !

C'est ici. Surtout quand c'est pr la 2ème ou 3ème fois. Alors que son BOP repose sur des sophismes...

mercredi 21 octobre 2009

Algérie : échec prévisible de ANSEJ - la moitié des entreprises plantent, et les autres ne remboursent pas !

Je suis tombé par hasard sur ce papier au vitriol concernant le bilan de l'ANSEJ dans la microfinance. C'est lamentable. Coïncidence : j'avais participé il ya quelques années à un colloque près d'Alger ou on tentait de comparer les réalisations en MF des pays du Maghreb. Curieux qu'i y ait eu des systèmes aussi différents ; avec des résultats aussi différents.

Algérie : peu de bons gestionnaires. Tunisie : un système d'Etat. Maroc : un développement énorme, à partir d'initiatives privées, associatives et autres, et des succès fantastiques.

mardi 20 octobre 2009

Institute for social banking - des nouvelles

L'an dernier, j'avais participé à l'Université d'été organisée par l'ISB au Danemark : formidable !

L'ISB propose des infos sur ce qu'il fait ; réunion en Novembre, etc.

mardi 13 octobre 2009

les personnes âgées sont-elles les prochaines cibles des prêteurs prédateurs ? (expression typiquement américaine, mais très claire, non ?)

C'est ici, et c'est impressionnant ! "Are Senior Citizens the New Targets for Predatory Lenders?" Christine Lagarde, notre ministre de l'économie, vient de refuser de règlementer le revolving. Pendant ce temps, aux Etats -Unis, ou les abus en matière de surendettement sont infiniment pires que chez nous, on se demande qui est la prochaine victime. Quand les revenus diminuent, comment faire autrement que de s'endetter pour maintenir un minimum de pouvoir d'achat ? non, ce n'est pas LA solution ; au contraire, c'est une solution de désespoir --de personnes acculées à trouver n'importe quel moyen immédiat de survie. Et on continuera de prétendre que le surendettement, c'est la responsabilité de ces emprunteurs irresponsables ?

disgusting !

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