Un papier assez courageux du chercheur et blogueur David Roodman, écrit
pour le MF Gateway. En gros : 30 ans après, peut-on mesurer des impacts de
la MF, singulièrement du microcrédit, sur la vie des pauvres ? Sont-ils,
ou certains d'entre eux sont-ils devenus plus riches ?
Hé bien la réponse est : rien de certain. On n'arrive pas à le prouver.
Même si on y arrivera sans doute un jour grâce à des méthodes beaucoup plus
factuelles d'évaluation. Il s'agit des randomized controlled trials (RCTs),
dont la représentante la plus connue est
ma Randomista préférée, la fameuse Esther Duflo.
J'ai expliqué (en très résumé) la méthode. Je dois dire qu'au début,
elle me choquait ; mais je dois dire aujourd'hui qu'après en avoir
parlé avec des praticiens, je suis plus convaincu.
La question de savoir si la MF a enrichi les pauvres n'est pas mince. Mais
je pense que la réponse n'influera pas beaucoup l'univers de la MF, sauf à la
marge. Et ceci pour deux raisons totalement contradictoires :
- du coté des investisseurs : ça y est, ils sont sur le marché ;
et ils ont suffisamment de recul pour savoir ou mettre leur argent, dans la MF
rentable et profitable !... Donc le fait de savoir si ça enrichit d'autres
qu'eux est secondaire !
- Du coté des opérateurs : pour ceux qui sont un peu stratèges, ça leur
permettra de remettre en perspective ce qu'est; réellement, leur métier. Est-ce
de fournir de l'argent à des gens ? ou bien est-ce de fournir des signaux
à une société locale (du type j'ai confiance dans Monsieur Untel et Madame
Unetelle : tout le monde est prévenu !)
En gros, la MF serait pour moi beaucoup plus une fabrique de liens sociaux
qu'une activité financière au sens strict...
(marrant parce que je travaille actuellement sur les réseaux français, et
dans les déclarations des uns et des autres, je détecte exactement ceci. "En
fait, l'argent, on l'aurait trouvé, d'une façon ou d'une autre. Mais le
parrainage, l'échange, la confiance, les tuyaux par les pairs, tout ça, on
aurait mis des années à l'acquérir". J'outre le propos, bien sûr, pour le
plaisir de la démo. Mais l'argent, c'est de la confiance en papier --de la
liberté frappée, comme disait l'autre)