Richard Rosenberg du CGAP persiste : Yunus a tort. La seule question c'est : trouver des capitaux pour la MF. Peu importe les conditions ?
Par Benoit Granger le mercredi 15 octobre 2008, 08:58 - 2 2 - investisseurs dans la microfinance - Lien permanent
Rosenberg est l'expert du CGAP qui a justifié les termes de l'introduction en Bourse de Compartamos, le plus énorme scandale, à mon avis, qu'ait connu la microfinance ces dernières années. C'est lui qui animait l'un des débats en Suisse du World microfinance summit, entre Yunus et Michael Chu (ancien président d'Accion), début octobre.
Il en donne un bref compte rendu déçu sur un blog de la Banque mondiale. Il résume l'opposition entre Yunus et Chu en disant que le premier critique l'intervention des investisseurs qui "font du profit sur le dos des pauvres" ; et le second, pragmatique, dit que ce sont les seuls capitaux disponibles.
Comme Rosenberg adore le pragmatisme, il ajoute pour son compte personnel que la question se résume à ça :
is there enough government and socially-oriented capital to meet eventual worldwide demand for microfinance, or is there not? Neither debater had much to offer by way of evidence to support their opposing assertions about this.
Il me semble que cette façon "pragmatique" de traiter la question des investisseurs étrangers dans la MF est très insuffisante pour 2 raisons au moins :
- La MF est une partie des politiques de développement ; et donc elle doit intégrer les critères des politiques de développement --qui ne peuvent se résumer au "libre marché". C'est l'essence même de ces politiques ; même si elels ne réussisent pas partout, et même si elles ont pu avoir des effets pervers, des lourdeurs, etc.
- Ne pas oublier que la MF est une politique d'offre. On vient agiter des billets de banque sous le nez des pauvres en leur disant que oui, ils peuvent s'endetter ! (un peu comme les emprunteurs Subprime aux USA ?° ) Donc, après, exiger de leur part des rendements financiers équivalents à d'autres produits financiers de marché, c'est vraiment poursuivre cyniquement les mêmes objectifs que ceux qui ont ruiné nos banques, avec les mêmes outils et la même idéologie...
Ce pragmatisme forcené ressemble plus à une idéologie qu'à une attitude concrète, empirique, pratique, et tenant compte de la réalité sociale !
MàJ 16 oct : un long compte rendu, très équilibré, sur les arguments du débat entre Yunus et Chu sur Microcapital
Commentaires
Crise des subrimes : une explication simple pour ceux qui essaient encore de comprendre.
(inspiré d'un blog)
Alors voilà,
Me Ginette a une buvette à Bertancourt, dans le Nord (ch'ti).
Pour augmenter ses ventes, elle décide de faire crédit à ses très fidèles clients, tous "alcoolo", et tous au chômage de longue durée.
Vu qu'elle vend à crédit, Me Ginette voit augmenter sa fréquentation et,
en plus, elle peut même augmenter un peu les prix de base du "calva"
et du ballon de rouge.
Ses créances deviennent assez importantes, mais elle tient (toujours/encore)
Max, jeune et dynamique directeur de l'agence bancaire locale, quant à lui,
pense que les "créances" du troquet constituent, après tout, des actifs recouvrables, et commence à faire crédit à Me Ginette
(il ignore ou pas qu'il a des dettes d'ivrognes comme garantie).
Au siège de la Banque, des "Traders" avisés transforment ces actifs recouvrables en CDO, CMO, SICAV, SAMU, OVNI, SOS et autres sigles financiers que nul n'est capable de comprendre, non sans expliquer que ces "actifs"
ont en réalité, 10 fois leur valeur annoncée : c'est sans danger..
La Banque récolte ainsi (n) fois la créance de Me. Ginette.
Ces instruments financiers servent ensuite de levier au marché actionnaire et conduisent, au NYSE, à la City de Londres, au Bourses de Francfort et de Paris, etc., à des opérations de dérivés dont les garanties sont totalement inconnues de tous, mais sur-côtées à chaque transaction (les ardoises des "alcoolo" de Me Ginette).
Ces "dérivés" sont alors négociés pendant des années comme s'il s'agissait de titres très solides et sérieux sur les marchés financiers de plus de 80 pays.
Jusqu'au jour où quelqu'un se rend compte que les "alcoolo" du troquet de Bertancourt n'ont pas un rond pour payer leurs dettes ..
La buvette de Me Ginette fait faillite,
Max a été viré, les "traders" ne sont pas inquiétés,
pas plus que le grands "pontes" de la Banque.
Maintenant je lance le jeu de piste :
OU EST PASSE LE POGNON ?
le premier qui trouve a gagné !