Microcrédit macrocrédit et naïveté
Par Benoit Granger le lundi 20 octobre 2008, 11:36 - 10 - Vrac - Lien permanent
Une tribune dans Les Echos d'aujourd'hui de Jérôme Batout, un prof de la London School of economics. Il se livre à l'exercice qui consiste à comparer les macrocrédits sur lesquels Lehmann a chuté, et les microcrédits de Yunus.
Le passage montrant l'erreur d'analyse du prof :
Notre question : qu'y a-t-il dans le microcrédit qui vaut mieux que le macrocrédit ? Au départ, on a pourtant deux situations totalement analogues : un prêteur, un emprunteur et de l'incertitude. Le prêteur va-t-il rembourser ? Toute la question est là. A Wall Street, on s'est dit : puisqu'il n'est pas sûr qu'il rembourse, autant que quelqu'un d'autre que nous se pose la question : transférons le risque. A l'arrivée, plus personne ne se sent responsable du risque : ni l'emprunteur, qui ne sait pas vraiment, au final, à qui il doit, ni le créancier, possiblement situé à Stockholm, et qui n'a jamais mis les pieds à Cincinnati, où réside pourtant son débiteur.
Dans les campagnes du Bangladesh, à l'inverse, le banquier n'élude pas la question de l'incertitude. Plutôt que de la voiler en certitude, il s'efforce de réduire l'incertitude en annonçant aux emprunteurs qu'ils seront solidaires en cas de défaut. La valeur financière n'est pas la seule en jeu. Avant que d'être financier, le crédit est éthique : la relation de confiance, relation de crédit, précède la situation de crédit. Dans un cas, à Wall Street, on opte pour la diversification des risques en peinant à voir qu'elle mène à la déresponsabilisation de tous et, à terme, à la crise de confiance générale ; à Dacca, on opte pour la concentration des risques en calculant qu'elle favorise la responsabilisation de chacun.
Dans le vrai monde réel, la distinction angélique entre l'un et l'autre n'a plus cours. Les méthodologies du "macrocrédit" ont contaminé les microcrédits, et la "confiance" et le sens des responsabilités disparaissent progressivement.
Il ne reste, au mieux, qu'une différence : les micro prêteurs sont nez à nez avec leurs emprunteurs ; donc socialement, ils ne peuvent ignorer les impacts de leur activité. Idéalement, c'est un rapport de force social (et non financier) qui fera la différence.