Par un concours de circonstances, j'ai déjeuné avec Esther Duflo, celle qui à 36 ans a été nommée professeure au Collège de France. Sa chaire s'appelle (le nom était décidé par le Collège de France, pas par elle, précise-t-elle) : "Savoirs contre pauvreté". Ce qui décrit assez exactement l'axe de ses travaux, très pragmatiques.

Son surnom "La Randomista" est ironique et affectueux à la fois (du moins je le suppose). Elle dit qu'elle a fini par interdire à ses étudiants du MIT d'éditer des T shirts avec ce titre et son visage dans un cadre très Che Guevara ! l'ironie a des limites !

Ce "Randomize" en anglais résume une méthode d'évaluation poussée à bout par Duflo. Si vous voulez savoir ce qui est efficace et ce qui ne l'est pas, prenez les mêmes protocoles que les agences pharmaceutiques. 100 personnes testent un Machin actif, et 100 personnes testent un placebo ; rendez vous quelques temps après pour mesure s'il y a eu des effets, quels effets, et ainsi de suite.

Dans le champ de la microfinance, elle dit qu'elle teste aujourd'hui des résultats à Hyderabad (c'est le thème de son dernier papier dans Libération) et une autre expérience encore en cours au Maroc, avec Al Amana et Fouad Abdelmoumi, que j'admire depuis longtemps. Il y a des effets mesurables. Mais sur deux ans, la "vie des gens" change-t-elle ? Non, ni leurs valeurs, ni leur culture...

donc rendez vous dans une génération ? Peut être, mais ça n'empèche pas d'avancer en attendant !