C'est dans Laurence Fontaine « L’économie morale », qui a retrouvé ce magnifique passage de Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, dans les 1750 et quelques :

Le (préteur à la petite semaine) se rend alors dans une maison écartée, dans une salle ou il n’y a qu’une mauvaises tapisserie, un grabat, trois chaises et un crucifix. La, il donne audience à soixante poissardes, revendeuses et pauvres fruitières. Puis il leur dit d’une voix composée : « mes amies, vous voyez que je ne suis pas plus riche que vous ; voilà mes meubles, voilà le lit ou je couche quand je viens à Paris : je vous donne mon argent sur votre conscience et religion ; car je n’ai de vous aucune signature, vous le savez, je ne puis rien réclamer en justice. Je suis utile à votre commerce, et quand je prodigue ma confiance, je dois avoir ma sûreté. Soyez donc toutes ici solidaires l’une pour l’autre, et jurez devant ce crucifix, l’image de notre divin sauveur, que vous me ferez aucun tort, et que vous me rendrez fidèlement ce que je vais vous confier » Toutes les poissardes et fruitières lèvent la main, et jurent d’étrangler celle qui ne serait pas fidèle au paiement : des serments épouvantables se mêlent à de longs signes de croix. Alors l’adroit sycophante prend des noms, et distribue à chacune un écu de six livres, en leur disant : « je ne gagne pas ce que vous gagnez, il s’en faut ». la cohue se dissipe, et l’anthropophage reste seul avec deux émissaires dont il règle les comptes et paie les gages.