Mon voisin de blog Benoît Willot épingle (gentiment) Jean-François Moulin, et je le cite parce que le dernier article de ce dernier m'avait fait sourire --mais, flemme de ma part, BW a dégainé avant moi.

Le dernier papier de JF Moulin et al est paru dans les Echos dernièrement, c'est ici. Pourquoi les banques françaises devraient se mettre à la microfinance, demande l'ancien banquier ? Parce que sinon, ce sont des organisations spécialisées qui vont leur piquer ce marché ! Alors que dans un papier paru dans le même quotidien en 2008, Moulin disait de façon un peu paradoxale que la MF, "c'est une solution dépassée" : il faut des fonds propres à ces micro entrepreneurs , et non de la dette.

D'accord, il s'agissait de la MF dans les pays du Sud ; alors qu'aujourd'hui JF Moulin (ancien banquier : il a dirigé la Banque populaire de l'Ouest, avant de fonder la chaire Microfinance d'Audencia --chapeau bas !) traite de la la MF en France. Mais cela dit, je ne crois rien de ses arguments de 2008. Ecrire que :

"les contrats en fonds propres présentent trois autres avantages. Premièrement, un investissement en fonds propres place l'IMF sur le même plan que la micro-entreprise et par conséquent permet de régler les problèmes d'agence dans leur relation contractuelle. De ce fait, la microentreprise considère l'IMF comme un associé, un partenaire qui l'aidera à parvenir au succès. Deuxièmement, le recours aux fonds propres permet à l'IMF de mieux gérer son exposition au risque non systématique par sa participation aux décisions stratégiques qui ont un impact direct sur la rentabilité de la micro-entreprise. Enfin, l'utilisation des fonds propres permet d'éviter le caractère cynique du paiement de l'intérêt sur la croissance de la microentreprise.

Cela me semble une confusion. Ce que l'on cherche, c'est un "effet fonds propres", et non des fonds propres. Le micro entrepreneur, qui n'est pas organisé en société commerciale, a besoin de dettes de dernier rang pour pouvoir éventuellement réemprunter en cas de besoin. L'égalité avec son "associé" est une fiction, et les intérêts ne sont pas plus "cyniques" que les valorisations de sortie d'un investisseur ! (j'ai l'impression que M. Moulin a été influencé par son coauteur de l'époque, Ayi Ayayi, qui a fait sa thèse au Canada sur le capital risque ; et donc préfère le risque à la dette ! )

Le point intéressant, c'est que la question se pose dans des termes comparables au Sud et au Nord sur un point précis, celui de l'effet fonds propres. En gros, les 2 qualités essentielles que l'on attribue à la MF, du coté des banquiers, c'est que :

1 - elle nous débarrasse des couts de production des prêts !

2 - elle crée les faux - fonds propres qui manquent au micro entrepreneur : or plus de fonds propres permettent de prêter plus

Dans le système français de microcrédit, on peut prendre pour exemple de ce mécanisme les prets d'honneur, tels qu'ils ont pratiqués par France Initiative : ce sont typiquement de faux fonds propres avec un "effet fonds propres". On ajoute 100 en haut du bilan, ce qui permet d'ajouter 100 en dettes.

Sur le reste, je dois dire que je reste très sceptique sur l'idée selon laquelle les banques devraient se jeter sur ce marché sinon des organisations spécialisées vont le leur "piquer" : ce n'est pas un marché rentable, et il ne le deviendra pas facilement. Alors que les banques sont poussées à aller au plus simple et au plus rentable.