C'est une espèce d'interview dans le Nouvel Obs. Les questions sont faiblardes, mais elles donnent l'occasion à Maria Nowak de réagir sur "l'engouement" dont jouit Esther et ses études, qui, semble-t-il, ont une certaine influence dans de nombreux pays en développement.

Je note que Maria reste ferme sur les 2 interventions possibles vis à vis des pauvres. Soit on prête, et c'est une activité de marché ; soit, quand les pauvres sont loin de l'entrepreneuriat, il faut donner (charité). DOnc rien en dehors de cette dichotomie...

Esther Duflo : Muhammad Yunus veut transformer les pauvres en entrepreneurs.

Maria Nowak. - Depuis un quart de siècle, je partage la conviction de Yunus que tout homme porte en lui la capacité d'entreprendre. J'ai lancé des programmes de microcrédit en Afrique, en Europe centrale et en France. J'ai vu partout des hommes et des femmes, éduqués ou analphabètes, développer des activités génératrices de revenu ou créer des microentreprises. Cela ne veut pas dire que tous veulent le faire ou sont en mesure de le faire. Dans certains cas, seul le don est praticable. Cela ne veut pas dire non plus, contrairement à ce que semble affirmer Esther Duflo, que les praticiens du microcrédit croient que celui-ci peut seul résoudre tous les problèmes de développement, mais l'accès au crédit est évidemment aussi important pour les petits acteurs économiques que pour les grands. S'adressant à une population pauvre ou exclue, il porte en plus un message d'espoir et de confiance aussi important que l'argent lui-même.

Je commence à douter de ce "message d'espoir et de confiance" que véhiculerait la microfinance ; je crains qu'une part grandissante porte plutôt une message de défiance : quand on prête en surendettant les personnes notamment ! Le sentiment de s'être fait avoir par son prêteur doit être cruel à vivre...

Quant à la critique de Maria sur la méthode des "groupes témoins" de Duflo, elle est parfaitement légitime. Même s'il vaut mieux en faire un peu que pas du tout, à mon avis ! Ma critique personnelle est qu'Esther tire d'expérimentations jeunes et fragiles des conclusions trop radicales, de trop forte portée. je suis d'accord avec Gloukoviezof sur ce thème.

Mais je crois qu'on en a fait trop dire à Esther sur ce point : il me semble qu'elle n'a jamais déclaré aussi nettement qu'on "n'avait pas évalué sérieusement les impacts" de la MF avant qu'elle s'y mette elle même ! (c'est la question de Fauconnier, qui n'est pas très malin en l'occurrence)