Si vous avez crée une alerte Google sur « microcrédit » ou « microfinance » pour suivre l’actualité, vous avez reçu hier, mercredi, une avalanche d’alertes. Oui, le microcrédit (au choix : la microfinance) « a décollé en France en 2009 ».

Bonne nouvelle ? Nouvelle bizarre : le microcrédit n’a pas attendu l’année 2009 pour décoller en France. Mais l’AFP, l’agence France presse, a titré sa dépêche ainsi, et la plupart des journaux (qui ne sont pas allés à la conférence de presse –et Rue89 non plus) ont repris tranquillement ce titre. Ainsi s’installe l’information.

Mercredi, l'Observatoire de la microfinance présentait son 2e rapport annuel. Comparé à celui de 2008 (il est là : http://www.banque-france.fr/fr/instit/telechar/services/microfinance.pdf ), gros succès : les micro-crédits professionnels, ceux qui financent des créateurs d’entreprise, ont progressé de 38% (à 20.384) et les micro-crédits personnels de 54%, à 5.520. La microfinance, « dans un contexte de crise économique mondiale, (…) a plutôt bien tiré son épingle du jeu », analyse finement notre confrère suisse Le Temps. Mais « les acteurs financiers doivent accroitre leur mobilisation » ajoutent une douzaine de sites, ainsi que « 20 minutes », après Yahoo Actualités. Et surtout après avoir écouté, eux, les arguments de Paul Loridan, de la Banque de France, qui présentait le rapport.

20 000 microcrédits professionnels en 2009 ? bizarre également. S’il s’agit des prêts de l’ensemble des réseaux spécialisés aux créateurs d’entreprises, le nombre est nettement supérieur : de l’ordre de 35 000. S’il ne s’agit que des prêts « à titre onéreux », c'est-à-dire faits avec un taux d’intérêt et garantis par le FCS (le fonds de cohésion sociale géré par la Caisse des dépôts pour le compte de l’Etat), cela réduit singulièrement la définition du microcrédit professionnel.

Le microcrédit en France fait l’objet d’un débat très sérieux qui consiste à savoir qui entre et qui n’entre pas dans la définition, voir http://eco.rue89.com/2010/04/12/en-france-le-microcredit-cest-preter-cher-aux-pauvres-146850

Ce n’est pas juste une querelle de chapelles ou de réseaux, c’est aussi une question philosophique. Le prêt, surtout à des pauvres, doit il être un prêt « à intérêt » pour être qualifié de microcrédit ? Bénéficiant au passage de l’image mondiale, très positive, des réalisations de Muhamad Yunus et de la Grameen Bank… Ou bien d’autres formules de prêts, comme les prêts d’honneur, sans intérêt ni caution, pratiqués en France par France Initiative font-ils partie de la famille ? Le débat n’est pas fini ; mais les média semblent déjà suivre la pente.