C'est déroutant quand on constate que la science rejoint le bon sens. Mais agréable quand il s'agit de telles évidences : dans ce papier récent Economic returns to social interaction", le constat chiffré est que les emprunteurs qui rencontrent plus souvent leur prêteur se portent mieux que les autres emprunteurs.

Dit comme ça, c'est simple. Les liens informels, les échanges d'info, la confiance qui s'installe lentement (social interaction) ont des impacts évidents : et sur la relation, et sur les performances du micro entrepreneur. Donc un Economic return. On lit ça presque avec soulagement. Ah bon, parce que la plupart des grosses têtes américaines essayaient pourtant de nous montrer depuis des années que le microcrédit, c'est un contrat ; point. Et le prix du contrat (le taux d'intérêt) est donné par la capacité des uns et des autres à négocier, point. Que les parties au contrat soient inégales, on ne voulait pas le voir... Et les pauvres se faisaient avoir en grand nombre.

En fait, il suffit non de changer, mais d'enrichir un peu de cadre d'analyse pour constater qu'un prêt, c'est d'abord du lien social (de la confiance et plein d'autres trucs) ; d'ou découlent (ou non) des constructions subtiles et lentes. C'est néo Putnam, tout ça, ma bonne dame.

Ce qui me désole, c'est la suite.

D'abord, comme les auteurs du papier sont de Harvard, il faut bien qu'ils fassent une PPPremière MMMondiale. Donc ils nous assènent que leur papier constitue "The First Experimental Evidence"que, etc. Ouais, récupérer du bons sens, c'est toujours une Première Mondiale. Ils ont raison.

Ensuite, ils en concluent qu'ils présentent une théorie alternative sur le sur le lien entre Group lending et réduction du risque. En très bref : on constate en général que les prêts collectifs sont mieux remboursés que les prêts individuels. Et on attribue cette différence aux contenus sociaux de la technique de prêt : tu as la pression du groupe sur le dos, donc même si tu as des soucis, tu rembourses parce que tu ne peux pas te permettre de te faire exclure de ton groupe.

OK, mais c'est un peu nul et trop modeste comme conclusion ! J'aurais préféré qu'ils concluent : on a raconté beaucoup de bêtises rationnelles sur le contrait de prêt ces dernières années. En fait, le prêt, c'est un ensemble d'interactions sociales qu'on a eu la flemme d'analyser avec les bons outils (de la sociologie, de l'anthropologie, de l'histoire, du culturalisme, de, de, de...) et on constate que c'est avant tout cet ensemble d'interactions qui font ou ne font pas le "succès" du prêt !

Quant au profit du prêteur, critère qui pollue toute l'analyse, décidons une bonne fois pour toutes qu'on se libère de cette pression merdique.