Luiz Awazu Pereira Da Silva, sous gouverneur de la Banque centrale du Brésil, parle un français impeccable, ce qui l’aide à faire passer des idées simples et fortes.

Il faut une stabilité macro éco pour que la MF puisse se développer. Ensuite il faut des ressource stables : il fait allusion à une règle imposée aux Banques au Brésil : elles doivent consacrer 2% de leurs ressources au financement des –je ne sais pas exactement : du MC professionnel ? ou à l’ensemble des activités micro ? en tous cas, ça ressemble fort au fameux CRA américain, qui oblige des banques à financer localement à partir de l’épargne qu’elles ont levé localement. C’est un point à creuser, car c’est nouveau à ma connaissance, et c’est une façon (parmi d’autres) d’impliquer la contrainte dans le financement de ces micro activités qui sont hors marché.

Il continue par l’amélioration de l’information : celle des prêteurs par une centrale des risques (pas de détails : mais le diable étant dans les détails, la question est celle du contrôle public, ou non, des informations que l’on collecte et de celles que l’on a le droit d’utiliser) ; celle des emprunteurs, par l’éducation et la simplification.

Important. Sur le plan des réformes juridiques, il dit que les réformes consistent avant tout à simplifier les procédures, l’accès aux comptes bancaires (en 2002, 55 M de comptes bancaires au Brésil, en 2010 : 90 M ! Bravo !), l’accès aux petits dépôts pour les épargnants pauvres. Et un système de prêts garantis.

L’idée de services en réseau est développée. Les banques ont des correspondants dans chaque municipalité du Brésil, qui facilitent l’accès aux services financiers pour les pauvres. De 18 000, ils sont passés à 160 000 correspondants locaux.

Quant aux mesures d’impact, il donne des chiffres époustouflants : le crédit bancaire est passé de 25% du PIB à 50% ; la pauvreté extrême est tombée de 15 à 5% ; l’indice Gini du pays de 0,6 à 0,5 ; et il affirme que l’on observe une corrélation forte entre le développement de la MF, la croissance et l’amélioration des indicateurs sociaux : ceci dans le cadre d’une stabilité macro éco qui marche.

Vraiment impressionnant.

Tout ceci mériterait d’âtre validé et vérifié, mais c’était la première fois, je crois, que j’entendais un discours aussi clair sur les fameuses corrélations macro-micro. Tout en affirmant avec aplomb qu’il faut réguler. Et « réguler » au sens « contraindre les banques » par la loi : la « soft regulation » ? il n’y croit pas, manifestement (et d’ailleurs moi non plus, ça tombe bien). Il faut une trique bien calibrée, mais il faut passer par la trique pour que l’ « industrie financière » reprenne un peu de son bon sens et fasse son devoir. Chers sous gouverneur, quel bonheur de vous écouter !

J'étais à votre Banque Centrale l'an dernier, à Brasilia, pour un super colloque, sur le superendividademento (l surendettement), et j'ai gardé le meilleur souvenir de la vigueur et de l'énergie des militants de l'accès aux services financiers