Evaluer la microfinance - Benoît Granger, MicFin

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lundi 31 août 2009

The Economist V/ Wall Street Journal : toujours les mêmes demi-arguments ! ...

C'st inquiétant de voir combien les débats sur les performances de la MF restent biasiés et incomplets. Aujourd'hui, c'est l'Economist qui répond (en ricanant) au WSJ, qui avait publié la semaine dernière un article. ce dernier avait suscité de nombreuses réponses sur un ton de vertueuse indignation, sur les blogs spécialisés.

L'Economist, on connait les tendances "tout va bien avec les lois du Free Market" de cet honorable hebdo, s'en prend aux mauvaises nouvelles données par le WSJ en se contentant d'interviewer la patron de Compartamos (mes lecteurs connaissent...) et de SKS, la plus grosse IMF indienne qui compte bientôt s'introduire en Bourse. En gros, le raisonnement sur le risques de surendettement des pauvres tient en une phrase :

Microfinance institutions in India have repayment rates of over 95%, suggesting that only a few borrowers are struggling with the debt they have taken on

C'est vrai : tant qu'ils remboursent, c'est qu'ils ne sont pas morts ; donc tout va bien. Mais savoir si les clients ont été enrichis grâce aux prêts, qui leur auraient permis de créer un début de patrimoine professionnels, la question n'est même pas abordée. Au contraire, la seul regret qu'exprime l'Economist, c'est qu'il n'existe pas assez de Credit bureaus : c'est à dire de base de données sur les clients, qui permettent aux préteurs de faire des prêts en se contentant de consulter des profils statistiques.

C'st un argument idiot. Plein de pays n'ont pas encore de Credit bureaus, a fortiori privés, et n'ont pas de volumes de prêts très inférieurs aux pays qui subissent cette modernité américaine. Et autant ces fichiers sont utiles pour les prêts conso, autant la MF n'est pas faite pour ça : lle est faite pour permettrre aux pauvres de créer des richesses, non de se laisser piéger dans l'endettement consommation inadaptée. Pas étonnant : l'autre argument de l'Economist, c'est un couplet en faveur de la BOP, la fameuse BOP de ce cher CK Prahalad.

(Je commence à ressembler à Don Quichotte, moi !)

dimanche 22 février 2009

The Economist découvre une "Burgeoning bourgeoisie" à la Base de la Pyramide ! Et vive la MF !

Joli titre de The Economist (12 fev) que je découvre à l'instant.

Ce qui m'a tiré l'oeil, car je me rappelle avoir fait un exposé devant des financiers en 2005, à qui j'expliquais que si la MF allait trop vite, elle :

- allait re-sélectionner parmi les pauvres : de préférence les moins pauvres

- et elle allait sélectionner parmi les activités à financer, celles à forte marge : donc les négociants

Et tout ceci aboutirait à créer une néo-bourgeoisie en une génération et demi (soit 35 ans), dans les pays qui en sont encore dépourvus --ou bien dans lesquels elle a disparu. Je pensais évidemment aux NIS, pour ce qui est de la bourgeoisie entreprenante, qui avait disparu avec le communisme.

Hé bé, il n'aura pas fallu une génération !

Je crois qu'il faut absolument que je trouve à consacrer une bonne dizaine d'heures à tenter de dézinguer ce concept de "BOP" : qui ne m'exaspère pas en lui-même, mais que je trouve horriblement pervers quand il permet de confondre dépenses d'investissement et dépense de consommation chez les pauvres

(oui, ya un rapport)

dimanche 14 décembre 2008

Arrêter de "Romanticizing the Poor" : une critique qui a l'air solide de ce fameux BOP

Dommage, l'accès est payant. Dès que j'aurai accès à une base de données universitaire, j'espère que je pourrai en lire et en faire un CR. Stop "Romanticizing the Poor", s'énerve le prof Annel Karnani. Avec juste cette citation sur le site de la revue de Standford, qui donne l'eau à la bouche :

Market solutions to poverty are very much in vogue. These solutions, which include services and products targeting consumers at the “bottom of the pyramid,” portray poor people as creative entrepreneurs and discerning consumers. Yet this rosy view of poverty-stricken people is not only wrong, but also harmful. It allows corporations, governments, and nonprofits to deny this vulnerable population the protections it needs. Romanticizing the poor also hobbles realistic interventions for alleviating poverty.

(passage mis en gras par moi)

Toutes les critiques de la vue fondamentalement naïve de cette trop fameuse "BOP" me paraissent bienvenues. (les gens visés par Prahalad et ses copains qui sont à la Base of the pyramid... Je me rends compte que je n'ai même pas d'entrée sur ce thème ! Va falloir bosser !)

MàJ : après recherches, il avait aussi une critique féroce de la MF ici :

Microfinance Misses Its Mark

Despite the hoopla over microfinance, it doesn’t cure poverty. But stable jobs do. If societies are serious about helping the poorest of the poor, they should stop investing in microfinance and start supporting large, labor-intensive industries. At the same time, governments must hold up their end of the deal, for market-based solutions will never be enough

[ téléchargeable ici|http://www.ssireview.org/articles/entry/microfinance_misses_its_mark/]