Evaluer la microfinance - Benoît Granger, MicFin

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Tag - Duflo

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mercredi 26 janvier 2011

Mon papier sur "mieux veut être jeune, beau, riche et expérimenté que pauvre, vieux et malade" est publié sur le site de l'APCE

D'accord, le titre est une impertinence. Mais j'avais fait ce papier comme une réaction d'agacement (pour ne pas dire plus) à la lecture d'un appel à contribution sur l'accompagnement des créateurs d'entreprises. En gros, j'estimais que l'on confond trop souvent corrélation et causalité dans les appréciations que l'on a de l'accompagnement des créateurs.

Bien sûr, c'est utile et efficace d'accompagner des personnes inexpérimentées vers l'entrepreneuriat. Il suffit de faire du terrain pour s'en rendre compte, et j'en ai fait. Mais il est probable que les personnes en question, souvent, se sont auto-sélectionnées : c'est à dire que ce sont les plus malins qui sont allés vers l'accompagnement ; donc que les plus malins réussissent mieux que les autres, pas besoin de lourdes études pour le deviner !

C'est pourquoi je plaide pour que l'on pratique des études de suivi type Duflo (y compris les réserves que j'ai sur l'interprétation de ses résultats). Il parait que c'est le cas : il y a des études en cours par l'Ecole d'économie sur des publics jeunes de quartiers. j'attends avec impatience les résultats !

mardi 28 décembre 2010

Servet - Duflo : sur la crise en Inde et les conceptions divergentes de la microfinance

Je reviens au calme sur cet échange assez vif entre Duflo et Servet (et leurs copains) dans Le Monde en novembre et décembre 2010 ; débat entre deux écoles, ou deux tendances de la MF d’aujourd’hui. C’est assez typé, et je suppose que « la vérité », s’il y en a une, se trouve à égale distance des uns et des autres

Je suppose aussi que « les dérives » de la MF d’aujourd’hui ne sont pas une surprise pour ceux qui suivent l’actualité du secteur. Depuis 2005, les alertes se multiplient. Une partie de la MF trahit les idéaux initiaux ; et l’irruption d’investisseurs étrangers accentue, dans certains pays, cette dérive.

Pour commencer par ma conclusion personnelle, j’estime que le CGAP et ses orientations idéologiques est le premier responsable de ces dérives. Tout son discours depuis 20 ans les a encouragées. Et le CGAP n’a jamais eu le courage de remettre en cause son propre discours, excusant les unes après les autres « les dérives », largement liées à ce que l’on appelle les excès de la commercialisation de la MF. Or quand ces dérives aboutissent à des surendettements dramatiques, des suicides, des situations pires pour les pauvres que celles qu’ils connaissaient auparavant, on peut se poser des questions. Le CGAP n’a jamais eu le courage de mettre de l’ordre. Ne serait-ce que dire : ici, on est dans la MF ; là, on n’y est plus, c’est juste de l’exploitation financière, analogue (en plus clean) à celle des usuriers traditionnels… j’y reviendrai, mais c’est pour moi le fond du tableau du débat Servet – Duflo. On continue à nommer « microfinance » des pratiques et des projets qui n’ont plus rien à voir les uns avec les autres.

Voici une présentation rapide des 3 papiers parus dans Le Monde en novembre décembre 2010.

1 Servet et ses amis : « Avis de tempête dans le monde de la microfinance indienne », Le Monde 15 novembre 2010

Ca commence avec une analyse de Jean-Michel Servet et ses amis habituels (Guérin, Roesch, Morvant) le 15 novembre sur l’IPO de SKS et la crise dans l’Andhra Pradesh.

Ils résument ce que l’on sait, mais que les grands media hésitent à dire : les méthodes de recouvrement de certains des IMF indiennes (le fameux SKS notamment) sont des méthodes de brutes. Il ya une vague de suicides parmi les clients. On a vendu SKS (introduit en Bourse le mois précédent, avec des tripatouillages qui apparaissent progressivement…) à des investisseurs avec cette image « superprofit + éthique » idéale par les temps qui courent.

Le point de départ du papier de Servet, c’est un parti politique d’Andhra Pradesh qui conseille aux clients de ne plus rembourser : les taux d’intérêt sont trop élevés, et les méthodes de recouvrement sont inadmissibles. Evidemment, c’est une consigne idiote, mais elle renverse légèrement le rapport de force (il ya aura plus tard un décret dans ce sens, censuré aussitôt par un tribunal…). En tous cas, la consigne a des effets immédiats sur la valorisation de SKS en Bourse, qui plonge.

Ce que Servet et ses coauteurs mettent en cause, ce sont d’autres dérives supplémentaires. Pour augmenter sa production de prêts, SKS et quelques autres IMF prêtent dans n’importe quelles conditions : ce sont des prêts à la consommation plus que des prêts professionnels (pour créer une activité) ; les clients font de la cavalerie ; et finalement une bonne partie d’entre eux se retrouvent surendettés. Evidemment, pas question de jeter le bébé avec, etc. Dernière phrase du papier : « Les pauvres ont besoin de ces crédits, mais ils ont besoin aussi qu'on les aide à les gérer ».

2 – Duflo et ses amis : « Aidez la microfinance ne la tuez pas ! » Le Monde du 01 décembre 2010

La séquence continue avec un papier d’Esther Duflo cosigné avec ses amis américains ( MIT, Yale, Berkeley, Harvard !... la crème de la crème mondiale de la Pensée sur les Pauvres !) paru dans Le Monde du 30 novembre. Curieux : le papier de Duflo ne cite pas une seule fois le papier de Servet paru 15 jours plus tôt, alors qu’il est clairement une réponse… Peut être ne faut-il pas se compromettre avec ces gauchistes ? Ils ne méritent pas d’être promus au rang de partenaires du débat ?

Je dois dire que je suis estomaqué par l’aplomb de ce papier et des sophismes qu’il contient. C’est vraiment l’avatar vieillissant de la « pensée néo-hyper-libérale » appliquée à un domaine, la MF, qui mérite (à mon avis) d’autres types d’analyses, un peu plus riches. Je suis sûr que les auteurs se sentiraient offensés d’être qualifiés ainsi. Mais ils sont tellement intellectuellement enfermés dans les hypothèses de ce type de pensée, qu’ils sont incapables d’en sortir ; d’élargir leurs hypothèses intellectuelles : c’est terrifiant ! J’ai beaucoup d’admiration pour Duflo, mais j’ai l’impression qu’ici, elle dérape.

Deux exemples qui sont la structure inconsciente du papier. 1/ les politiques sont par définition des crétins démagogues incompétents (Tiens ! ? pour une fois, on n’aborde pas le fait qu’ils sont évidemment tous corrompus ! ;-) ) – 2/ le marché doit rester le seul régulateur des activités de prêt, puisque prêter, c’est, par définition, une activité de marché. Bon d’accord, certains IMF y vont un peu fort avec les clients, mais ce sont juste des petits excès à la marge.

Citations :

2 1 – les politiques ne sont et ne peuvent être que des crétins démagogues.

C’est clair dès la première phrase du papier de Duflo : « Sous prétexte de protéger les pauvres, le gouvernement d'un Etat indien a plongé le secteur de la microfinance dans une crise grave (…qui) a entraîné une avalanche de défauts de paiement ». Bref, « l'industrie de la microfinance indienne (…) pourrait ne pas survivre ». Et la MF mondiale, pourquoi pas, par contagion va s’écrouler !...

Duflo insiste : « Cette crise de non-remboursement est directement liée à l'intervention du gouvernement ». Moi, je pense qu’elle est en partie due au fait que beaucoup de clients étaient acculés : trop endettés, ils ne pouvaient déjà plus rembourser. Le parti politique qui a lancé le mot d’ordre de non-remboursement est sans doute démago, mais il est plus proche « des gens », y compris les pauvres, que les agents de crédit de type SKS. Quand Duflo écrit que « le taux record de remboursement des IMF reflétait la confiance construite (c'est moi qui souligne) depuis plusieurs années entre les emprunteurs et les IMF », je pense plutôt que ce taux était lié en Inde à la pression énorme des méthodes de recouvrement. Confiance ? je demande à voir de plus près !

Bien sûr, Duflo plaide pour une « meilleure réglementation ». S’il y a « des excès du côté des IMF », il ya « la tentation permanente, pour les politiciens, d'intensifier ces conflits à des fins démagogiques ». Et plutôt que de plafonner les taux d’intérêt (Duflo a raison sur ce point : souvent, ces réglementations ont eu des effets pervers), les pouvoirs publics devraient favoriser la « création d'un fichier central des emprunteurs »… Et revoilà aussitôt les fameux Credit Bureaux ou centrales de risques (de préférence privés), nouvelle panacée qui permet de contrôler les pauvres… grâce à eux, on perd moins de temps à prêter. Puis mettre en place « un centre de réclamations », appliquer le « code de conduite des agents de crédit » encourager « les IMF offrant les taux les plus bas et les conditions de remboursement les plus souples »… Bref, le minimum de régulation publique ; pour le reste, les IMF sont capables de s’autoréguler.

2 2 – les excès des IMF ? simple hypothèse, et ce sont des comportements marginaux : laissons la profession s’auto-réguler.

Curieuse symétrie dans le papier de Duflo : les politiques sont, en toute certitude, des crétins démago ; mais les excès des prêteurs ne sont pas certains, et au pire sont des accidents de parcours. Voilà le point de départ : « les Institutions de microfinance (IMF) sont très vigilantes (certains disent trop) à éviter les non-remboursements : avant cette crise, le taux de défaut de remboursement des IMF était proche de zéro » : bin oui, avec de telles méthodes de recouvrement, ce n’est pas étonnant que l’on obtienne des remboursements de 99% !

Donc, poursuit-elle, avec la démagogie des politiques, « cette crise risque de décourager tout effort futur pour prêter aux pauvres à un taux raisonnable » : car ne pas oublier que les usuriers traditionnels sont plus coûteux que les IMF. Plus coûteux pour les pauvres ? Peut être, mais pas sûr, pas toujours vrai.

Duflo soutient ensuite que « Ironiquement, compte tenu de la crise actuelle, les taux d'intérêt pratiqués par les IMF en Inde sont parmi les plus bas du monde (environ 24 % par an) » : pas sûr non plus. SKS est connue pour tricher sur la façon de présenter les taux d’intérêt qui, en réalité, sont beaucoup plus élevés. Comme Compartamos en son temps.

Elle concède que « le secteur indien de la microfinance n'est pas exempt de problèmes, notamment en raison de sa récente et rapide croissance » : mais cette croissance a été absurde, démente ; et le développement ultra rapide de SKS était clairement fait pour introduire l’affaire en Bourse et (comme l’introduction l’a prouvé) enrichir l’équipe dirigeante qui a fait un aller-retour avec des actions revendues à prix d’or. Donc une croissance pareille mérite plutôt la critique que l’approbation ! Même histoire que Compartamos, à nouveau.

Duflo concède aussi que « Les agents de crédit sont payés à la commission afin de les inciter à trouver plus de clients, qui ne sont sans doute pas toujours bien sélectionnés »…C’est le moins qu’on puisse dire ! Et la suite du papier devient carrément écœurante : « Des rumeurs ont couru sur des suicides liés à des dettes d'IMF. Alors que ces accusations n'ont pas systématiquement fait l'objet d'enquête, le gouvernement est ravi de s'en servir comme prétexte » (etc) : la microfinance, combien de morts ? combien de dégâts collatéraux pour que ça marche à fond ? Les gouvernements, en plus d’être stupides, sont ravis d’avoir quelques cadavres à disposition ? Peut-on être plus méprisant à l’égard de ce qui se revendique quand même comme une démocratie ?

Et voilà enfin, fin du papier, la vraie raison pour laquelle il ne fallait pas toucher à ce château de cartes : « il est possible que la crise effraie aussi les investisseurs d'autres pays ». Or c’est devenu l’objectif : la MF se financera par l’accès aux marchés financiers… Est-ce vraiment la seule voie de développement ? accepter les conditions de rentabilité imposées de l’extérieur ? SKS avait quelques mois auparavant réussi à séduire des investisseurs occidentaux (même papy Warren Buffet !)pour son introduction en Bourse. Et puis SKS a ridiculisé ces mêmes investisseurs puisque les magouilles autour de l’introduction ont faire perdre une bonne partie de son image à cette organisation. Le moins 30% sur la valeur des actions SKS : c’est vraiment la crise en Andrha Pradesh ? Ce n’est pas plutôt les traces de malversations, d’enrichissement personnel des dirigeants, de mauvaise gouvernance, de promesses de rentabilité qui ne tenaient qu’au prix de la brutalisation des clients ? Bref, les explications univoques de Duflo et ses amis américains sont déplaisantes, pour le moins.

3 - Servet : « Faut il aider une microfinance lucrative ou une microfinance éducative ? » Le Monde du 13 décembre 2010

Jean-Michel Servet et ses amis réagissent devant tant de mauvaise foi. Leur papier du 13 décembre est clairement une réponse à Duflo, qui est citée alors qu’elle ne les citait pas, tout en répondant à leur premier papier. Ils ont la légitimité de chercheurs impliqués sur ces terrains précis, en Inde, depuis une décennie. Rappelons, ce n’est pas une critique, que Duflo débarque : sa fameuse première étude très médiatisée sur Hyderabad date de 2009. Et elle construit la réputation de son labo, le J-PAL au MIT, sur une unique méthode d’étude, les fameuses « évaluations randomisées », auxquelles, à mon avis, elle fait trop dire.

Servet démonte sans peine les approximations de Duflo.

- La « confiance » entre pauvres et IMF ? des blagues ! Les pauvres ont besoin de crédit, et quand on vient leur en offrir, ils prennent car ils en ont besoin, tout simplement. J’y reviendrai.

- Les taux d’intérêt bas ? des blagues. Et les usuriers ne sont pas toujours plus chers. Même moi je le sais, c’est documenté : les IMF trichent, à tel point qu’une organisation, MF Transparency, tente de mettre un peu d’ordre dans le domaine.

- Des « rumeurs de suicides » ? ce sont des suicides bien réels, et bien liés aux méthodes de recouvrement.

- Des "centrales de risque" ? « Celles-ci ne pourront que se révéler largement inefficaces dans le contexte indien de forte présence de prêteurs privés informels » : comment avoir l’info si c’est informel ? et si on n’a pas toute l’info sur l’endettement du client, ça ne sert à rien.

Donc Servet plaide pour une composante éducative : c'est à dire aider les pauvres à gérer et anticiper avant de passer au prêt. Bref, c’est l’origine même de la MF : aider les pauvres à manager leurs propres projets, sans leur faire prendre des risques qu’ils n’anticipent pas.

4 –Les alternatives exigent des partenariats publics-privés lents et délicats à mettre en place. Singer les marchés financiers ne suffit pas à faire de la microfinance

L’objection à Servet est immédiate : c’est coûteux, et qui paiera ? C’est le problème de Servet et de ses amis. Ils plaident pour une MF qui est moins fun, moins sexy (miracle ! les pauvres sont créatifs !) et surtout moins rentable financièrement que celle que tente de promouvoir Duflo. Donc les actionnaires du Nord, séduits par l’équation « profit énorme+ éthique », sont moins nombreux quand on retire le terme « profit énorme » pour le réduire à « profit » !

Ce débat, même mal fichu, est tout de même typique. Duflo s’est rangée clairement du côté de ce que j’appelle le pire de l’influence intellectuelle du CGAP. Pour reprendre cette fameuses citation dont je m’étais servi comme exergue dans un papier, oui, la MF ça peut être rentable. C’est simple, selon Elizabeth Littlefield et Richard Rosenberg, CGAP, 2004 : “Microfinance is sustainable: Dozen of institutions have proved that financial services for poor people can cover their full cost, through adequate interest spreads, relentless focus on efficiency, and aggressive enforcement of repayment”. (« La microfinance est durable: des douzaine d'institutions (IMF) ont prouvé que les services financiers pour les pauvres peuvent couvrir leurs coûts en totalité, à travers des écarts de taux d’intérêt adéquats, une recherche implacable de l'efficacité et l'application agressive de règles de remboursement »).

Et non seulement la MF doit couvrir ses coûts, mais aujourd’hui, elle doit aussi servir des taux d’intérêt (ou des dividendes) énormes à des investisseurs étrangers. On ne rigole plus. Faut que ça crache. On comprend l’ « aggressive enforcement of repayment” de Littlefield : il fait froid dans le dos.

L’une des questions, c’est : est-ce vraiment indispensable d’avoir recours aux marchés financiers, surtout aux marchés qui font appel à des investisseurs étrangers ? je continue à en douter ; et Muhamad Yunus aussi, qui a eu un débat très dur avec Michael Chu en Suisse l’an dernier sur ce point. Il existe plein d’autres solutions, qui sont moins satisfaisantes pour des esprits américains formatés, car ce sont des solutions plus lentes, plus coûteuses, plus modestes comme les SHG et les coopératives.

Mais surtout, le point qui me choque le plus dans les raisonnements de type Duflo-CGAP, c’est le fait que les politiques sont tenus constamment en dehors du jeu. Les politiques, ce sont des incompétents, des démagogues, des corrompus (d’accord : elle ne l’a pas écrit cette fois ci !). Donc même pas la peine de discuter avec eux. Alors que si on cessait une bonne fois de considérer que la MF est « une activité de marché », ce qu’elle n’est pas, cela permettrait d’investir dans les partenariats avec les politiques, au lieu de les mépriser.

Cela permettrait, par exemple, de faire pression pour obtenir une législation favorable à l’épargne locale réinvestie dans la MF ; à des formules auto-centrées d’investissement, avec sécurisation sous la forme de fonds de garantie publics ; d’investir dans des systèmes de formation financés avec des fonds publics, et couplés avec les prêts ; etc etc…

En résume, mon impression est que les intégristes du marché n’ont pas encore compris que la MF doit rester un ensemble de systèmes régionaux. Appuyés, coordonnés, intégrés ; mais locaux et régionaux. Et non pas un nouveau créneau pour des capitaux myopes et baladeurs du Nord.

Et l’implicite que je déteste le plus dans cette pensée américaine est la fausse naïveté qui veut croire que le contrat de prêt est un contrat comme un autre ; donc que, selon la bonne vieille fiction libérale, les parties sont égales. Autrement dit, si un pauvre emprunte et n’a pas la capacité de rembourser, hé bien c’est de sa faute, c’est un idiot : il devait prévoir ! Non : l’argent n’est pas un objet de contrat comme un autre. Un pauvre, qui ne sait ni compter ni prévoir et a le dos au mur, si on agite des billets de banque devant lui, il ne peut que les prendre car il en a désespérément besoin. Sans regarder, sans comprendre les conditions. Dire ensuite qu’il a triché, ça, c’est vraiment répugnant.

dimanche 4 juillet 2010

Esther Duflo, la critique scientifique et en français par Agnès Labrousse (c'est du lourd !)

Qui custodiet ipsos custodiae ? demandait ma grand-mère en levant les yeux au ciel… dans un domaine proche, qui évaluera les évaluateurs ? C’est la question traitée par Agnès Labrousse, universitaire, dans la toute dernière « Revue de la régulation », N°7, 1er trim 2010, et c’est passionnant. On y est presque, avec la fin de ce papier, premier papier costaud et en français (à ma connaissance) sur Duflo et sa fameuse méthode ; même si Duflo nierait « contrôler » quoi que ce soit : j’y reviens à la fin.

(j’ai déjà parlé de Duflo à de nombreuses reprises sur ce blog : voir ici, sa Leçon, à voir et revoir ici et ici)

Labrousse récapitule les enjeux de son papier vers la fin :

Al 53 – « Des essais cliniques à l’économie du développement, l’expérimentation par assignation aléatoire constitue un « transfert technologique » opportun qui permet de renouveler, par un retour bienvenu de l’empirie et de l’observation, l’économie mainstream du développement mise à mal par l’effondrement du « consensus de Washington ». Ce transfert technologique tel qu’il est « mis en pratiques » par le J-PAL constitue également un transfert de scientificité et de légitimité académique qui ne doit pas occulter que cette technique, comme toutes les autres, relève d’une construction sociale et non de la pure objectivité scientifique ».

C’est vrai qu’il y a un retour, une sorte de recherche du « Terrain » avant tout, maintenant que le fameux consensus a volé en éclats (il était temps). Moins de grandes idées et de grandes théories, plus de trucs pragma, ras des paquerettes et terrain. Très bien, mais ça n'interdit pas de valider avec de la théorie !

Pour ce qui me concerne, il y avait 4 trucs qui me chiffonnaient dans la « méthode Duflo » depuis le début, du moins depuis que je la lis :

1 – nous prendre pour des cachets d’aspirine, ça craint. Ca chiffonne l’égo, bien sur ; et même si Labrousse dit que c’est « bienvenu », il y a un côté mécanique, chosifiant qui me gène. Mais c’est une critique « grand public » qui n’intéresse que peu les scientifiques.

2 – directement lié à ci-dessus, je garde l’idée que l’observation des changements dans un groupe, comparé à un groupe témoin, peut donner des résultats ; mais très limités car on ne sait pas grand-chose des motivations. En gros, l’observation à la Duflo permet de dire : oui, il ya corrélation entre le fait d’avoir introduit de l’argent dans ce groupe et les changements de comportements dans ce groupe : j’observe des faits, des résultats. Mais même si une seule variable a changé (c’est la qualité de la méthode), cela ne dit rien des raisons pour lesquelles il y a eu changement. Notamment, ces changements pouvant être très irrationnels (du pt de vue de l’observateur), on doit s’interdire de les sur-interpréter !

3 – De plus, les changements quand il s’agit de fric, d’argent, de braise peuvent renvoyer à des trucs profonds au sein de la famille : valeurs, cupidité, devoirs, hiérarchie des normes, etc. Et ça, ça change sans doute sur une ou deux générations, mais lentement. Donc une étude comme celle de Hyderabad, citée 1000 fois par Duflo elle même et considérée comme l’exemple même de ce qu’il faut faire, ne devrait pas permettre d’interpréter trop profond : elle observe des changements sur 18 mois, c’est très court !

4 – et enfin, il ya de l’ « effet Hawthorne » dans une telle étude. L’observateur, du seul fait qu’il observe, modifie l’observation. Même s’il est très restreint et sans doute peu analysable, il existe. D’où une difficulté supplémentaire pour interpréter.

D’où mon réel plaisir à lire Labrousse (même s’il faut que je m’y reprenne à 3 fois pour être sur de comprendre ! !) pour lire de l’argumentation scientifique sur le sujet.

Labrousse dit que Duflo n’avance aucune références théorique, alors que par exemple :

« la théorie de la rationalité limitée, subjective, interprétative, procédurale et située, développée bien avant Kahneman par Herbert Simon (1997) est foncièrement absente de la réflexion. Or la contextualisation simonienne de la rationalité permettrait de résoudre une série de problèmes apparents mis en avant dans l’article « Poor but rational » (Duflo, 2003). De plus, Duflo insiste de manière croissante sur l’incertitude qui pèse sur les pauvres, dépassés par la multitude de décisions qu’ils doivent prendre chaque jour, sans déboucher sur une théorisation des processus cognitifs. L’approche de Simon, de même que les théories évolutionnistes de type Nelson et Winter, pourraient éclairer de manière cohérente et systématique nombre de résultats expérimentaux, de mécanismes décisionnels en situation d’incertitude, le rôle des routines et autres processus d’apprentissage etc. En retour, les expérimentations pourraient renouveler ces théories.

« La notion d’incertitude développée par Knight et Keynes n’est pas plus mobilisée… (etc.) »

J’ai lu un peu de Simon et il me semble assez passionnant. Mais je retiens surtout des observations de Labrousse que Duflo ne semble pas intéressée du tout par l’idée de fonder en théorie ses observations. Pourquoi ? pas de temps à perdre ? ou bien une indifférence pour des trucs dont elle ne voit pas l’intérêt ? je n’en sais rien, évidemment, mais c’est dommage…

Je rejoins Labrousse sur la durée et l’effet de durée des expérimentations. Elle renforce l’argument en se servant de l’origine méthodo des études de Duflo, c'est-à-dire le médicament : voir ci-dessous. Le parallélisme est cruel, mais de fait, les effets positifs tels qu’ils sont mesurés peuvent être très provisoires… donc déception sur les impacts de l’étude.

Al 33 – « La question de l’effet de la durée de l’expérimentation sur les résultats des évaluations est importante. En avril 2002, une étude sur les effets post-cliniques des médicaments sur la période 1975-1999, conduite par Karen Lasser (2002) du Cambridge Hospital et de la Harvard Medical School, a été publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA). Cette étude concluait que pour un médicament sur quatre des effets indésirables non détectés par les essais cliniques apparaissaient après l’autorisation de mise sur le marché (AMM). Certaines maladies comme le cancer ne se développant que longtemps après l’intervention des facteurs qui les favorisent et les études post-cliniques étant rares, il est possible que des effets secondaires sévères à long terme soient sous-évalués. Or le développement, comme nous le rappelait déjà François Perroux (1961), s’inscrit également dans la durée. Une expérimentation récente sur le microcrédit illustre la sensibilité des résultats à la durée de l’observation : « dans un premier temps, le taux de non-remboursement n’était pas plus élevé dans les groupes à réunion mensuelle que dans les groupes à réunion hebdomadaire, ce qui nous avait conduit à conclure que le rythme hebdomadaire n’était pas indispensable à la discipline du remboursement. Mais un an plus tard, lors du deuxième cycle, on a vu apparaître une différence : les groupes hebdomadaires ont un meilleur taux de remboursement. L’explication la plus plausible réside dans le capital social » (Duflo, 2010b, p. 43). Cette sensibilité à la durée de l’expérimentation est d’autant plus cruciale que l’on est face à des acteurs qui apprennent, interagissent et évoluent, de même que le cadre institutionnel des activités économiques. Autre exemple, dans le cadre d’une expérimentation par assignation aléatoire, il est fourni à des fermiers kenyans des informations, des prêts et des services de commercialisation afin qu’ils développent des cultures rentables destinées à l’exportation (Ashraf, Giné & Karlan, 2008). D’abord couronnée de succès, cette initiative finit par péricliter. Un an après l’arrêt de l’étude, l’exportateur cesse d’acheter les récoltes car elles ne satisfont pas aux normes européennes. Les fermiers n’ont pas pu alors rembourser leurs prêts. Cette expérimentation éclaire de manière très intéressante les contraintes à l’export des fermiers africains et montre également l’érosion dans le temps de certains résultats expérimentaux. Or, en raison des coûts des expérimentations, celles-ci sont souvent conduites sur une durée limitée »

Ce ne serait pas grave s’il ne s’agissait que de science : après tout le scientifique n’est pas responsable de la façon dont on utilise ses résultats. Sauf si ses résultats sont utilisés par, par exemple, des politiques pour en tirer des règles nouvelles conformes à ces résultats, alors qu’ils ne se maintiennent pas dans la durée.

Après avoir montré de « petits arrangements » avec la rigueur des méthodes (Labrousse cite des études cliniques en exemple, mais ne critique pas pour autant Duflo, sauf bricolages d’échantillons à la marge), l’autre risque est que l’expérimentation scientifique acquière des enjeux de politique : en gros, si l’aval à la Duflo devient un prérequis pour la mise en place de politiques, il est évident que les études vont subir des pressions pour obtenir des résultats. Et l’influence de lobbies locaux sera plus que probable. Labrousse renvoie, analogie, aux critiques sévères des expérimentations sur le RSA (dont j’avais parlé, avec la dure engueulade entre Gadrey, le vrai scientifique, et les autres…)

Al 37 – « Le cas de l’expérimentation aléatoire sur le Revenu de Solidarité active (RSA) en France, étudié par Gomel et Serverin (2009), le montre bien. Bien qu’aboutissant à des résultats finaux bien moins significatifs que les résultats intermédiaires mis en avant par les promoteurs du projet, l’évaluation a restreint et focalisé les débats politiques sur un « syllogisme tronqué » et a paré le projet de loi « des habits de la science ». Du fait « de sa position à l’intersection du monde politique et de la recherche » (Duflo, 2010b, p. 18), cet outil de preuve est également, nous allons le voir, un outil de gouvernement des populations… »

La, c’est une critique cruelle si elle est fondée. Si Duflo à partir de résultats fragiles acquiert une autorité telle que des gouvernements locaux en concluent « c’est comme ça qu’il faut faire » (et vous n’aurez pas de fric si vous ne faites pas comme ça), sa position de scientifique devient discutable… Trop d’influence peut nuire à la rigueur. Comme j’ai entendu dire que son organisation fait des formations pour les élus à Mumbay actuellement, j’espère qu’elle ne se laisse pas piéger dans un truc pareil !

(PS : "Qui custodiet ipsos custodiae ?" : ce n'est évidemment pas de ma grand mère, c'est de Juvenal : who watch the watchdogs ? qui contrôlera les contrôleurs ? qui surveillera les surveillants ? etc.... j'adore cette formule, qui est le tout début de la bureaucratie !)

La référence complète de l’article de Labrousse est ici : Agnès Labrousse, « Nouvelle économie du développement et essais cliniques randomisés : une mise en perspective d’un outil de preuve et de gouvernement », al 26 - Revue de la régulation En ligne, n°7 | 1er semestre 2010, mis en ligne le 03 juin 2010, Consulté le 27 juin 2010. URL : http://regulation.revues.org/index7818.html

jeudi 6 mai 2010

Maria Nowak répond à Esther Duflo sur les impacts du microcrédit et les méthodes d'évaluation

C'est une espèce d'interview dans le Nouvel Obs. Les questions sont faiblardes, mais elles donnent l'occasion à Maria Nowak de réagir sur "l'engouement" dont jouit Esther et ses études, qui, semble-t-il, ont une certaine influence dans de nombreux pays en développement.

Je note que Maria reste ferme sur les 2 interventions possibles vis à vis des pauvres. Soit on prête, et c'est une activité de marché ; soit, quand les pauvres sont loin de l'entrepreneuriat, il faut donner (charité). DOnc rien en dehors de cette dichotomie...

Esther Duflo : Muhammad Yunus veut transformer les pauvres en entrepreneurs.

Maria Nowak. - Depuis un quart de siècle, je partage la conviction de Yunus que tout homme porte en lui la capacité d'entreprendre. J'ai lancé des programmes de microcrédit en Afrique, en Europe centrale et en France. J'ai vu partout des hommes et des femmes, éduqués ou analphabètes, développer des activités génératrices de revenu ou créer des microentreprises. Cela ne veut pas dire que tous veulent le faire ou sont en mesure de le faire. Dans certains cas, seul le don est praticable. Cela ne veut pas dire non plus, contrairement à ce que semble affirmer Esther Duflo, que les praticiens du microcrédit croient que celui-ci peut seul résoudre tous les problèmes de développement, mais l'accès au crédit est évidemment aussi important pour les petits acteurs économiques que pour les grands. S'adressant à une population pauvre ou exclue, il porte en plus un message d'espoir et de confiance aussi important que l'argent lui-même.

Je commence à douter de ce "message d'espoir et de confiance" que véhiculerait la microfinance ; je crains qu'une part grandissante porte plutôt une message de défiance : quand on prête en surendettant les personnes notamment ! Le sentiment de s'être fait avoir par son prêteur doit être cruel à vivre...

Quant à la critique de Maria sur la méthode des "groupes témoins" de Duflo, elle est parfaitement légitime. Même s'il vaut mieux en faire un peu que pas du tout, à mon avis ! Ma critique personnelle est qu'Esther tire d'expérimentations jeunes et fragiles des conclusions trop radicales, de trop forte portée. je suis d'accord avec Gloukoviezof sur ce thème.

Mais je crois qu'on en a fait trop dire à Esther sur ce point : il me semble qu'elle n'a jamais déclaré aussi nettement qu'on "n'avait pas évalué sérieusement les impacts" de la MF avant qu'elle s'y mette elle même ! (c'est la question de Fauconnier, qui n'est pas très malin en l'occurrence)

dimanche 24 janvier 2010

Starisation d'Esther Duflo, systématisation de "la méthode"

Une page entière sur elle dans le Journal du dimanche d'aujourd'hui --d'ailleurs un papier pas très bien fait : on sent que la journaliste veut rester à tout prix "grand public", donc star system, donc n'entre pas vraiment dans les enjeux du boulot de Duflo. Dommage.

je viens de finir l'un des 2 petits bouquins d'Esther, dans lesquels sont réunies ses leçons au Collège de France.

J'ai parlé d'elle ici à plusieurs reprises : à propos d'une rencontre après sa leçon inaugurale au Colège de France. Cette leçon est en ligne, voir le lien ici. A propos d'autrs travaux en cours, ceux de Roodman. Et à propos des papiers journalistiques un peu tranchants et légers qui commencent à répandre de la "déception" à propos de MF. (ce qui est idiot !)

Le livre d'Esther que j'ai lu est  "la politique de l'autonomie" car c'est celui qui contient un chapitre sur ses travaux en microfinance. j'en sors un peu mal à l'aise. Elle a adopté un parti pris qui est extrèmement fécond (la méthode d'évaluation). Mais quand ça devient systématique, on est tenté d'oublier les préalables, et même les présupposés "idéologiques" (entre guillemets, car je sens que la belle Esther n'aimerait pas qu'on lui suppose des présupposés idéologiques!). Or ils sont consistants. Il faut que je m'y remette pour comprendre.

En gros, j'ai deux objections :

1 - observer les différences de comportement entre deux groupes, l'un avec une variable introduite et l'autre sans varialbe, ne permet d'observer que des résultats. Pas des motivations... Or les motivations qui entraînent des changements de comportements sont multiples et obscures.

2 - le temps de ses conclusions est trop court. Les papiers que sort le J-PAL labo et ses équipes partout dans le monde son fondés sur des observations de 2 à 5 ans, parfois 18 mois. Est-ce bien raisonnable d'en sortir des conclusions de type : "chers responsables politiques, il faut faire comme ci parce que ça marche et pas comme ça parce que ça marche pas".

Quand il s'agit de rapports à l'argent, le comportement "des gens" peut être aberrant (--est souvent aberrant !). Et ces aberrations peuvent remonter très loin, jusqu'à des systèmes de valeurs qui se baladent dans la famille ou la tribu depuis des générations. Donc il est prudent d'attendre deux ou trois générations pour savoir si on a vraiment modifié ces croyances !

(je ne plaide évidemment pas pour l'impuissance, mais pour la prudence dans l'interprétation)

Un troisième sujet de malaise pour moi, mais c'est très idéologique : la méthode fondée sur "les gens répondent aux incitations" (c'est du Mankiw pur laine !) ; donc on peut les traiter comme des cachets d'aspirine (c'est la base même de la méthode avec groupes témoins) me laisse réticent. Je sais que j'ai tort, mais je revendique mes torts ! :(-

mardi 8 septembre 2009

Sur les évaluations d'impact de la Microfinance : manque de preuves, dit Roodman. mais ça va changer avec les nouvelles méthodes (vive la Randomista !)

Un papier assez courageux du chercheur et blogueur David Roodman, écrit pour le MF Gateway. En gros : 30 ans après, peut-on mesurer des impacts de la MF, singulièrement du microcrédit, sur la vie des pauvres ? Sont-ils, ou certains d'entre eux sont-ils devenus plus riches ?

Hé bien la réponse est : rien de certain. On n'arrive pas à le prouver. Même si on y arrivera sans doute un jour grâce à des méthodes beaucoup plus factuelles d'évaluation. Il s'agit des randomized controlled trials (RCTs), dont la représentante la plus connue est ma Randomista préférée, la fameuse Esther Duflo.

J'ai expliqué (en très résumé) la méthode. Je dois dire qu'au début, elle me choquait ; mais je dois dire aujourd'hui qu'après en avoir parlé avec des praticiens, je suis plus convaincu.

La question de savoir si la MF a enrichi les pauvres n'est pas mince. Mais je pense que la réponse n'influera pas beaucoup l'univers de la MF, sauf à la marge. Et ceci pour deux raisons totalement contradictoires :

- du coté des investisseurs : ça y est, ils sont sur le marché ; et ils ont suffisamment de recul pour savoir ou mettre leur argent, dans la MF rentable et profitable !... Donc le fait de savoir si ça enrichit d'autres qu'eux est secondaire !

- Du coté des opérateurs : pour ceux qui sont un peu stratèges, ça leur permettra de remettre en perspective ce qu'est; réellement, leur métier. Est-ce de fournir de l'argent à des gens ? ou bien est-ce de fournir des signaux à une société locale (du type j'ai confiance dans Monsieur Untel et Madame Unetelle : tout le monde est prévenu !)

En gros, la MF serait pour moi beaucoup plus une fabrique de liens sociaux qu'une activité financière au sens strict...

(marrant parce que je travaille actuellement sur les réseaux français, et dans les déclarations des uns et des autres, je détecte exactement ceci. "En fait, l'argent, on l'aurait trouvé, d'une façon ou d'une autre. Mais le parrainage, l'échange, la confiance, les tuyaux par les pairs, tout ça, on aurait mis des années à l'acquérir". J'outre le propos, bien sûr, pour le plaisir de la démo. Mais l'argent, c'est de la confiance en papier --de la liberté frappée, comme disait l'autre)

jeudi 23 juillet 2009

Une série de vieux savants accueillant parmi eux une jeune et remarquable femme - la leçon d'esther Duflo (magnifique !)

je viens de découvrir la vidéo. C'est là. Superbe.

samedi 27 juin 2009

Déjeuner avec "La Randomista" Esther Duflo, oui, celles des "Savoirs contre pauvreté"

Par un concours de circonstances, j'ai déjeuné avec Esther Duflo, celle qui à 36 ans a été nommée professeure au Collège de France. Sa chaire s'appelle (le nom était décidé par le Collège de France, pas par elle, précise-t-elle) : "Savoirs contre pauvreté". Ce qui décrit assez exactement l'axe de ses travaux, très pragmatiques.

Son surnom "La Randomista" est ironique et affectueux à la fois (du moins je le suppose). Elle dit qu'elle a fini par interdire à ses étudiants du MIT d'éditer des T shirts avec ce titre et son visage dans un cadre très Che Guevara ! l'ironie a des limites !

Ce "Randomize" en anglais résume une méthode d'évaluation poussée à bout par Duflo. Si vous voulez savoir ce qui est efficace et ce qui ne l'est pas, prenez les mêmes protocoles que les agences pharmaceutiques. 100 personnes testent un Machin actif, et 100 personnes testent un placebo ; rendez vous quelques temps après pour mesure s'il y a eu des effets, quels effets, et ainsi de suite.

Dans le champ de la microfinance, elle dit qu'elle teste aujourd'hui des résultats à Hyderabad (c'est le thème de son dernier papier dans Libération) et une autre expérience encore en cours au Maroc, avec Al Amana et Fouad Abdelmoumi, que j'admire depuis longtemps. Il y a des effets mesurables. Mais sur deux ans, la "vie des gens" change-t-elle ? Non, ni leurs valeurs, ni leur culture...

donc rendez vous dans une génération ? Peut être, mais ça n'empèche pas d'avancer en attendant !