Evaluer la microfinance - Benoît Granger, MicFin

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Tag - France

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vendredi 27 janvier 2012

Adie colloque inversé le 8 fev à Sciences Po

je fais suivre, car quelqu'un a laissé l'info sur ce blog dans les commentaires --même si je ne suis pas certain que ça fera venir une personne de plus ! !

suivre le lien pr les autres infos

vendredi 30 septembre 2011

Rameix : en France ça va pas si mal que ça !

Si vous vous intéressez, et si vous ne l'avez pas lu, le rapport de RAmeix sur le fianncement des TPe par les banques est en ligne sur le sites des Experts comptables

c'est la

prudent ! !

Il a raison: pas d'info fiable...

Mais la FBF s'est empressée de sortir une étude montrant que les taux appliqués aux TPE en France sont inférieurs aux taux moyens en Europe. Mais c'est pas la question ! la question, c'est le volume. Si les banques refusent de nombreux prêts en disant : allez, tirez sur votre découvert ! ... on est dans une situation malsaine.

le découvert, c'est facturé beaucooup plus cher !

jeudi 23 septembre 2010

Microfinance l’activité « a décollé en France en 2009 » - Ah bon vraiment ?

Si vous avez crée une alerte Google sur « microcrédit » ou « microfinance » pour suivre l’actualité, vous avez reçu hier, mercredi, une avalanche d’alertes. Oui, le microcrédit (au choix : la microfinance) « a décollé en France en 2009 ».

Bonne nouvelle ? Nouvelle bizarre : le microcrédit n’a pas attendu l’année 2009 pour décoller en France. Mais l’AFP, l’agence France presse, a titré sa dépêche ainsi, et la plupart des journaux (qui ne sont pas allés à la conférence de presse –et Rue89 non plus) ont repris tranquillement ce titre. Ainsi s’installe l’information.

Mercredi, l'Observatoire de la microfinance présentait son 2e rapport annuel. Comparé à celui de 2008 (il est là : http://www.banque-france.fr/fr/instit/telechar/services/microfinance.pdf ), gros succès : les micro-crédits professionnels, ceux qui financent des créateurs d’entreprise, ont progressé de 38% (à 20.384) et les micro-crédits personnels de 54%, à 5.520. La microfinance, « dans un contexte de crise économique mondiale, (…) a plutôt bien tiré son épingle du jeu », analyse finement notre confrère suisse Le Temps. Mais « les acteurs financiers doivent accroitre leur mobilisation » ajoutent une douzaine de sites, ainsi que « 20 minutes », après Yahoo Actualités. Et surtout après avoir écouté, eux, les arguments de Paul Loridan, de la Banque de France, qui présentait le rapport.

20 000 microcrédits professionnels en 2009 ? bizarre également. S’il s’agit des prêts de l’ensemble des réseaux spécialisés aux créateurs d’entreprises, le nombre est nettement supérieur : de l’ordre de 35 000. S’il ne s’agit que des prêts « à titre onéreux », c'est-à-dire faits avec un taux d’intérêt et garantis par le FCS (le fonds de cohésion sociale géré par la Caisse des dépôts pour le compte de l’Etat), cela réduit singulièrement la définition du microcrédit professionnel.

Le microcrédit en France fait l’objet d’un débat très sérieux qui consiste à savoir qui entre et qui n’entre pas dans la définition, voir http://eco.rue89.com/2010/04/12/en-france-le-microcredit-cest-preter-cher-aux-pauvres-146850

Ce n’est pas juste une querelle de chapelles ou de réseaux, c’est aussi une question philosophique. Le prêt, surtout à des pauvres, doit il être un prêt « à intérêt » pour être qualifié de microcrédit ? Bénéficiant au passage de l’image mondiale, très positive, des réalisations de Muhamad Yunus et de la Grameen Bank… Ou bien d’autres formules de prêts, comme les prêts d’honneur, sans intérêt ni caution, pratiqués en France par France Initiative font-ils partie de la famille ? Le débat n’est pas fini ; mais les média semblent déjà suivre la pente.

vendredi 16 juillet 2010

Les prêts d'honneur de France Initiative et de Réseau Entreprendre

Maintenant que mon papier est paru dans la "presse papier", en l'occurrence la Revue L'expansion Entrepreneuriat (N° daté de Juin 2010), je peux Prets d'honneur de France Initiative et de Réseau Entreprendrele publier ici.

Il s'agit d'un papier travaillé à plusieurs reprises depuis l'automne dernier et terminé en décembre 2009 (c'est lent, la "presse papier" !)

Le sujet qu'on m'avait demandé était à l'origine la situation nouvelle qui se présentait pour les deux réseaux (FI et RE) qui s'interrogeaient tous deux sur la façon spécifique de financer des créations d'entreprises innovantes. A force de discuter avec les uns et les autres, académiques et experts du secteur, je me suis aperçu que le principe même des prêts d'honneur était largement ignoré...

Ce qui me sidère un peu de la part des gens qui s'intéressent à la création d'entreprise, car les deux réseaux font quelques 15 ou 16 000 prêts par an --et financent le gratin des créateurs d'entreprise.

D'ou le paradoxe : ceci complètement en dehors des "règles du marché". D'ou ma comparaison avec les principes de l'Adie. On m'a dit, bien entendu, que j'étais de mauvaise foi avec cette comparaison : pas du tout ! Il n'est pas question pour moi de comparer les cibles : l'Adie finance des personnes en difficulté et pas les deux autres. Ma comparaison cherche à comprendre les ressorts, les origines idéologiques de telles différences.

Voilà. Si vous voulez le lire en papier (avec les 2 ou 3 bêtises qu'un secrétaire de rédaction y a ajouté...), vous pouvez vous procurer ce N° de la revue : mais je vous déconseille de l'acheter : 30 €, c'est indécent. Volez le, c'est plus agréable.

jeudi 8 avril 2010

Le microcrédit en France : réduit, dans sa définition officielle, à : prêter cher aux pauvres ? ! ? !

Les événements s’accélèrent, semble-t-il. Une réunion à la Banque de France avec le Comité national de l'info statistique devrait avoir lieu très prochainement pour aboutir à une définition juridique du microcrédit professionnel. C’était l’une des demandes de Christine Lagarde en mars, quand elle a présenté son projet de réforme qui portait aussi sur le crédit à la consommation. A partir de là, les réseaux de prêteurs auront la possibilité de développer leurs offres dans de meilleures conditions.

Mais le débat sur la définition prend un tour homérique. Les deux principaux réseaux qui financent des créateurs d’entreprise sont l’Adie, association devenue emblématique, et le réseau France Initiative, avec ses 250 plate formes locales. Les chiffres sont proches : l’un comme l’autre financent chacun quelques 15 000 créations par an ; avec des résultats proches en terme de remboursements et de pérennité des entreprises créées. Mais avec une grosse différence dans les publics visés : il s’agit de micro-projets pour l’Adie (qui fait des prêts de 2 500€ en moyenne) et de projets plus importants pour France initiative (6 500€ en moyenne).

A total, les deux réseaux et quelques autre intervenants comme France Active assurent une part importante des financements de la création : difficile à comparer avec les engagements des banques, car les bases des comparaisons ne sont pas les mêmes.

Le débat se noue sur une différence de fond entre les deux réseaux, qui est philosophique. Pour l’Adie, il faut facturer des intérêts car c’est « le marché » qui l’exige. De plus, l’Adie ambitionne d’équilibrer ses comptes : percevoir les intérêts lui permettrait à terme d’assurer son indépendance, puisqu’ils couvriraient ses coûts et « la casse » : les prêts non-remboursés par des entrepreneurs en difficulté.

Pour France Initiative, la question n’est pas là. Les plate formes locales reçoivent des subventions qu’elles transforment en prêts aux créateurs : c’est de l’argent public. Pour l’essentiel, de l’argent public local, celui des Conseils généraux, rendu efficace par le prêt. Mais surtout, les plate formes sont des associations locales qui réunissent des banquiers, des chefs d’entreprises, des Chambres de commerce au service du développement local. Les uns et les autres estiment qu’il faut avant tout accompagner, conseiller les créateurs d’entreprise : les prêts ne sont qu’un signe de confiance parmi d’autres. Et faire appel « à l’honneur » des emprunteurs est un moyen très efficace de les intégrer dans cette logique du développement local.

L’hiver dernier, Christine Lagarde demande à l’inspection générale des finances de faire des propositions pour pousser les banques à s’engager et, au passage, proposer une définition du microcrédit. Le rapport, très influencé par les conceptions de l’Adie, restreint le microcrédit aux « prêts à titre onéreux » qui font l’objet d’un accompagnement. Réaction immédiate de France Initiative et de quelques autres : et nous ? on fait quoi ? autre chose que les fonctionnaires ne savent manifestement pas définir… même la Commission européenne dans sa définition de 2007 ne parle pas d’intérêts !

La question prend de l’ampleur, car si, dans les jours qui viennent, une définition juridique est retenue, c’est elle qui triera ceux qui peuvent bénéficier d’aides publiques et les autres. Et le Conseil national de l’information statistique ne retiendra que les uns et pas les autres pour dire, désormais, qui fait et qui ne fait pas du microcrédit !

On risque d’aboutir à un paradoxe cruel. Les prêts d’honneur ont montré leur efficacité ; plusieurs études montrent qu’ils sont un puissant levier sur les banques, qui n’acceptent de s’impliquer dans des projets fragiles qu’à la condition qu’il y ait des prêts d’honneur. De l’argent public prêté sans intérêt, de l’accompagnement de proximité, des prêts complémentaires de la part des banques : c’est le cocktail recherché par le réseau.

Alors que si une définition très restrictive du microcrédit était retenue, seule (ou presque) l’Adie répondrait à une définition taillée sur mesure. Ce serait amplifier le paradoxe d’aujourd’hui : l’Adie prête plutôt cher à des personnes en difficulté, alors que France Initiative prête gratuitement à des personnes qui n’ont pas de grave problèmes –juste des projets.

Rapport inspection générale des finances http://www.economie.gouv.fr/services/rap10/1003rapmicrocredit.pdf

définition du microcrédit par la commission européenne http://europa.eu/legislation_summaries/enterprise/business_environment/n26115_fr.htm

samedi 3 avril 2010

prêter, prêter à intérêt, prêter sur l'honneur, etc. --un débat sans intérêt ?

Tiens revoilà le sujet Adie / France Initiative = qui est le plus beau ? –et cette fois, ce n’est pas moi le provocateur, je tiens à le souligner !

Merci à « mon vieil ami » (voir tout en bas) Emmanuel Landais d’avoir pris le temps de commenter mes 2 derniers billets ; merci à Christine Lagarde, qui a autre chose à faire, mais a confirmé la décision : le microcrédit, ce sont les prêts avec un intérêt. Point. Les autres (par exemple les prêts sans intérêt) c’est d’autres trucs –qu’on du mal à nommer d’ailleurs ! Merci à Arvind Ashta d’avoir organisé cette belle et bonne journée de travail à Dijon : c’est là ou je me suis fait un peu engueuler par des représentants de l’Adie, qui pensaient que je leur en voulais car ce sont des sales capitalistes. Ça fait drôle, non ?

Donc merci parce que tout cela me donne une bonne occasion pour préciser quelques trucs à propos de microcrédit et de microfinance en France ; et le niveau et la qualité de la recherche ne sont vraiment pas encore au niveau de la production ! (voir un de mes commentaires ironiques ici)

1 – Prêter, c’est prêter, le reste est accessoire.

C’est rigolo parce que cet argument (que je compte leur retourner) dans mes discussions avec Maria Nowak et avec mon vieil ami Emmanuel, a toujours été le leur. Arrête tes histoires à propos de taux d’intérêt trop élevés. Le problème de notre client Adie n’est pas de trouver de l’argent à 6% ou à 8% : son problème, c’est de trouver l’argent. Point.

Et c’est vrai, bien sûr. Même si c’est vrai avec des limites : l’argent à 8%, n’est pas le même que l’argent à 40% (taux d’intérêt au sein de la communauté Paki, en Angleterre aujourd’hui, d’après mes sources). La limite, sans même parler de règle sur l’usure, est celle de l’efficacité : si mon activité me rapporte 20% et que j’emprunte à 40%, je risque de me ruiner vite !

Mais si l’essentiel est le prêt, dans ce cas, pourquoi pas 0% ? pourquoi pas 2%, comme fait France Active ? pourquoi 10 ou 15% ? les vertus essentielles du prêt pour l’emprunteur (voir plus loin) sont préservées non ? Donc cet argument qui a laissé coi des générations de fonctionnaires se retourne comme une crêpe. Si ce n’est pas important, pourquoi le rendre important ?

2 – facturer des intérêts : quel intérêt ?

Le point important et actuel est celui-ci : dès que l’on facture des intérêts, on est bien dans l’économie de marché. Le prêt est bien une activité lucrative. L’essentiel est que facturer des intérêts signifie publiquement que l’on prête pour, au minimum, maintenir la valeur des capitaux que l’on engage ; et plus souvent, pour en tirer un profit. Un profit : c’est cela qui choquait, parait-il, mon interlocuteur de l’Adie de Dijon : je ne disais évidement pas que l’Adie cherche à « faire du profit sur le dos des pauvres » : je dis que dans l’activité de prêter, on change d’univers entre prêter à intérêt (et quel que soit l’intérêt), et prêter sans intérêt.

3 – prêter à intérêt sans perspective de profit, c’est une entreprise idéologique

Facturer des intérêts, c’est pour tendre vers l’autonomie. C’est ce que proclame Maria Nowak depuis plus de 20 ans, et elle a tenu bon sur ce discours contre vents et marées, même quand nous lui disions (nous étions assez nombreux à l’époque) que ça ne passait pas du tout dans l’opinion publique. Elle a eu raison de son point de vue : elle a éduqué une bonne partie de la haute fonction publique, qui en avait grand besoin.

Mais en même temps, elle a tenu bon sur une entreprise qui était et qui reste profondément idéologique, au sens ou son projet n’avait qu’un lien restreint avec la réalité. Pour le dire très vite : jamais l’Adie n’a réellement compté atteindre l’autonomie financière ; en tous cas, telle qu’elle exerçait et qu’elle exerce encore le métier aujourd’hui. Et d’ailleurs, ça tombe bien parce que tous les professionnels sérieux disent que l’équilibre des comptes est impossible pour la microfinance en Europe de l’Ouest : voir la synthèse Evers & Jung de l’an dernier ; voir la dernière enquête EMN et les réponses des 94 IMF européennes.

Impossible parce que les coûts de production couvrent des prestations qui sont indispensables. Les emprunteurs ont besoin de conseils et même de formation avant de s’endetter. On peut faire prendre en charge une partie de ces coûts par des budgets publics, mais ce n’est jamais suffisant.

Impossible parce que les coûts sont trop élevés, et les taux d’intérêt sont plafonnés (implicitement, par la norme morale, ou explicitement, par des règles juridiques de l’usure). Donc impossible dans ce piège, ce plancher trop haut et ce plafond trop bas, de créer une marge suffisante pour tout payer : payer les coûts de production des prêts et payer le risque, c'est à dire les pertes liées aux clients qui ne remboursent pas !

4 – si on atteint l’autonomie, la fameuse sustainability du CGAP, en faisant de la microfinance, c’est que l’on change de logique et de produits

Tout ceci parce que l’Adie fait (ou faisait jusqu’à maintenant) le métier tel qu’il doit être fait : c'est à dire avec une évaluation de la qualité des personnes et des projets ; donc avec des coûts de production importants.

Donc si l’équilibre est impossible, j’en conclue que l’Adie veut « donner une leçon » à ses clients. Nous vous facturons un intérêt parce que c’est comme ça dans le monde du business. Parce que « la dure discipline du remboursement », etc. Parce que l’argent, ça coûte. Parce que, enfin, les « lois du marché », c’est ça.

Ok : l’Adie a décidé avec Adie Connect de développer d’autres techniques de prêt, plus proches des prêts conso / revolving que des prêts pro. Je pense que c’est un risque énorme parce que les créateurs n’auront plus aucune confrontation avec « un pro » : un conseiller qui serait capable, idéalement, de les mettre en face de leurs projets, de leurs rêves et de leurs risques. Mais les gains en coûts de production sont tels que c’est tentant ! Je ne sais pas ce que ça va donner, mais ça mérite d’être évalué au millimètre ! En tous cas, les critères de l’anthropologie, encore eux, montrent que l’on change de système ; sans doute radicalement. Ce n’est pas a priori une critique : c’est juste une observation pour nourrir le travail à faire sur l’évaluation de ce nouveau dispositif.

5 – Justifier le marché par le marché : j’emprunte pour prêter ; donc vous payez cher. Une loi universelle ?

Bien évidemment, je ne retiens pas les arguments de l’Adie sur le fait que l’association doit chercher constamment de nouveaux fonds à prêter, et que l’argent public, les subventions sont insuffisantes (ce que répétait mon contradicteur de Dijon). Donc, dit l’Adie par la bouche de Maria, elle même doit respecter les lois du marché : c'est à dire qu’elle « est contrainte » d’emprunter pour prêter. Je n’y crois pas du tout. Les budgets publics sont en baisse ? c’est faux ! ils sont influençables, les budgets publics. Martin Hirsch à lui tout seul a réussi en 2007 à arracher plus de 2 milliards d’€ à un gouvernement de droite pour les pauvres. Donc avec un groupe de pression, de bons arguments et des preuves de la rentabilité sociale de la microfinance, on trouve de l’argent public !

Je crois que l’Adie n’est pas du tout victime de la baisse des budgets, la preuve étant, par exemple, que les budgets publics allant vers les plate formes de France Initiative continuent d’augmenter. Pour moi, l’Adie n’est pas « victime » : c’est l’Adie qui a décidé de chercher dans l’autre direction, c'est à dire emprunter, de façon à créer un cycle, ou un marché complet. J’emprunte, je prête ; et au milieu, je dois retenir une marge suffisante pour tout payer. Point. Il n’existe aucune autre hypothèse dans notre société : d’ailleurs, nous résument les fonctionnaires de l’inspection des finances dans leur rapport de décembre dernier, le prêt à intérêt, « c’est une définition universellement acceptée » du micro crédit.

Bin non ! C’est une définition qui résulte de l’emprise idéologique des adeptes du « free market ». Mais ce n’est pas la définition universelle du microcrédit. Et je ne vois pas pourquoi on laisserait l’inspection des finances ou pire la Commission européenne nous imposer cette définition. « le microcrédit, c’est du prêt à intérêt » : ah bon ? qui est légitime pour décider ça ?. Alors que le débat, même aux USA reste vif (pour le moins !).

L’Adie a tâtonné dans ses premières années de production. Et c’est normal : à l’époque, au tout début des 90, nous apprenions le métier tous ensemble. Mais dès le début, Maria a fortement orienté le discours sur cet objectif unique : assurer l’autonomie de l’association en couvrant les coûts par les intérêts. C’était une décision stratégique, et l’histoire prouve que, bravo, elle a réussi un truc fantastique. Mais il ne faut pas tout confondre : ce n’est pas la voie unique pour aboutir à des performances comparables. C’est tout ce qui m’intéresse ici.

6 – résultat : une définition free market et stigmatisante de la microfinance

Je répète ici ce que je disais en séance à Dijon : avoir exclu France Initiative du comité qui, auprès de la Banque de France, discute de microcrédit en France, c’est une grosse bêtise. C’est idiot, c’est une décision purement idéologique, et qui a pour effet de bunkeriser le microcrédit. Le MC, c’est réservé aux clients exclus, et c’est réservé aux prêteurs qui leur facturent des intérêts. Les autres, c’est autre chose que d’ailleurs nous ne savons pas nommer.

Si on voulait à tout prix stigmatiser les pauvres et les exclus, on ne pourrait pas faire mieux ! Comme vous êtes pauvres, comme les banques ne veulent pas de vous, on va vous prêter plus cher qu’à ceux qui ne sont pas pauvres… sympa ! Voilà bientôt de retour le vieux fantôme de la « Banque des pauvres » (dite aussi « banque solidaire ») ! On avait eu du mal, à l’époque, à convaincre le patron de la Caisse des dépôts de laisser tomber…

7 – donc avec ou sans intérêt facturé : c’est un débat sans intérêt !le prêt crée du lien (le débat anthropologique)

Le prêt crée du lien, de la gratitude, des devoirs l’un envers l’autre. Dans le cas du microcrédit, l’un sachant qu’il est en surplomb de l’autre : il détient à la fois les objets de son désir et de ses besoins (du fric) ; et il détient en plus une part de ces codes qui permettent le business (l’éducation, le capital social).

Ca, c’est la représentation anthropologique du prêt. Donner accès au prêt à des personnes qui sont exclues du marché des prêteurs, c’est déjà entrer dans le don (au sens anthropologique : voir Mauss, etc.) et donc dans l’altruisme, concept que les économistes ont beaucoup de mal à intégrer dans leurs équations. Je le redis : en facturant, ou non, un intérêt, qui devient très secondaire. Il ya du don dans le prêt, évidemment.

Ce que « la profession » des prêteurs estime être l’essentiel, c’est la confiance créée ; mais aussi la compétence, les apports de conseils et d’avis : ce qui fait le « prêt pro », par opposition au « prêt conso » presse-bouton.

8 – Au passage : on confond par erreur 2 propriétés du prêt d’honneur : l’honneur et l’argent

Dans l’exclusion actuelle du prêt dit « d’honneur » de l’univers du microcrédit, on confond 2 choses. La définition stricte, grammaticale, du prêt d’honneur s’applique uniquement au fait que l’emprunteur s’engage à rembourser « sur son honneur », sur sa parole. Rien de moins, mais rien de plus. C’est par une habitude abusive que l’on ajoute la deuxième caractéristique : un prêt sans intérêt.

Or les fonctions de l’argent restent les mêmes ! j’y reviendrai

9 – D’où nous vient cette répugnance pour l’intérêt ?

C’était le thème du remarquable papier que j’avais révisé pour Dijon la semaine dernière (de Laurence Attuel-Mendes) : quelles sont les règles des différentes religions , et peut on estimer qu’il y a compatibilité entre MF et religion ?. Ce qui est fascinant dans ce thème c’est la proximité des religions en question. La règle, c’est avant tout : il faut donner aux pauvres. Mais dans certains cas, il faut pouvoir prêter ; le moins possible ; avec les plus bas taux d’intérêt possible ; à certaines époques, faire faire ce boulot impur par les juifs, comme l’ont fait les pays catholiques, mais aussi musulmans pendant longtemps.

Même si on ne comprend plus très bien cette répugnance vis-à-vis du prêt à intérêt (parce que c’est anticiper ? vendre du temps ? donc se prendre pour Dieu ?), reste que toutes les religions du Livre sont devenues pragmatiques. Dans les 2 sens du terme - Un lien logique entre le prêt et l’activité. Prêter pour le business est mieux et plus tôt admis. D’où également l’importance dans l’Islam du lien entre prêt pro et risque. Et l’absence de répugnance de la part des protestants car ils se croient bénis de Dieu : voir Max Weber sur ce thème - Et très tôt aussi, ne pas abuser de la faiblesse. Les prêts perso ne doivent pas étrangler l’emprunteur. Je me rappelle par exemple la thèse remarquable de Frederic Schwindt, historien de Nancy, sur les prêteurs qui sont à partir du 13 è siècle des Confréries catholiques de Lorraine.

La règle de base, c’est mettre de l’argent à disposition. Rien de plus. Après, on ajoute selon les cas des critères : c’est prendre un risque ensemble (le prêt à la grande aventure développé par les vénitiens) ; le prêt « extortionate » comme on dit encore aujourd’hui dans les suburbs américains. C’est reconstituer le capital. C’est gagner de l’argent sur l’argent : c’est ce qui choquait le plus nos ancêtres…

Mon fascinant séminaire d’historiens à l’ENS montre que, d’abord, tout le monde est endetté, y compris les pauvres, de façon permanente, immémoriale. Ensuite que les intérêts des prêts varient de 1 à 1000 selon les époques, les situations, les –précisément- rapports de force. Mais qu’avant l’apogée actuelle du capitalisme, le prêt est étroitement enserré dans des rapports sociaux ; dans un système de croyances… Voir la fameuse citation que j’ai copiée du livre de Laurence Fontaine : cette description du prêteur « à la petite semaine » qui n’a pour gage que les serments sur le Christ de ses emprunteuses…

10 – Donc revenir aux basiques : l’important, c’est de prêter en confiance. Le reste : il ya toujours des institutions pour payer les coûts de production.

D’accord : c’est gonflé de lancer une telle affirmation, alors que c’est, en réalité, tellement difficile et épuisant de passer du temps à aller chercher de l’argent. Mais en même temps, c’est la seule façon de faire adhérer des institutions au projet : qu’elles soient publiques ou que ce soit des mécènes privés. Maria a déjà tellement fait évoluer les mentalités et les comportements dans les hautes sphères du privé et du public…

Mais j’y reviendrai avec des chiffres, car ce sont les bases même de l’évaluation qui sont ici en discussion !

11 – le reste des critiques qui m’étaient adressées sortent du cadre. Je connais le dévouement des uns et des autres. Ce n’était évidemment pas mon propos de les mettre en doute ni même de les sous estimer. Mon propos, c’est la recherche sur l’évaluation. Pour évaluer utilement des dispositifs comme la MF, il faut créer des outils car il y a peu de précédents. Il y en a un qui me concerne de loin, c’est le travail fait par Cécile Lapenu, remarquable, sur les performances sociales de l’Adie. Cécile a utilisé des grilles méthodo sur lesquelles nous avions travaillé ensemble au tout début des années 2000 : c’est pourquoi je reste intéressé par la suite !

Voilà ma contribution brouillonne au débat ; c’est très provisoire. Je prépare un papier mieux construit sur le thème, et j’y reviendrai !

(Emmanuel : on se connait depuis + de 20 ans, mais cette expression "mon vieil ami" c'est juste une allusion au débat (un peu vif !) entre Sibille et Draperi sur l'ESS (Sibille qui commence sa réponse en s'adressant à "son ami" Draperi ! ... heu, c'est qui aime bien châtie bien ?) Bref, pour ce qui me concerne, je pense que nous n'avons, ni l'un ni l'autre, jamais douté de nos bonne foi respectives ! Même dans des débats ... un peu vifs !)

vendredi 2 avril 2010

Sibille - Draperi sur l'économie sociale et l'entreprise sociale (ou solidaire ?) - un débat qui n'en finit pas

Joli débat, un peu en trompe l'oeil, entre deux autorités de l'ESS : Draperi qui enseigne au Cnam et Sibille le banquier (il est VP du Crédit coop). Qui commence son papier par "mon ami Draperi"... heu, je me demande si le destinataire le vivra comme un "qui aime bien châtie bien", car il prend quand même une volée!

On n'est pas loin de la microfinance, car elle devrait relever de cette logique, au lieu de se subdiviser trop souvent en France entre un outil des pouvoirs publics, et un projet "de marché".

Le papier de Draperi est ici. Il est intéressant car il évite cette vieille caricature de l'ESS du type "le statut garantit la vertu". Mais il cogne dur sur une "nouvelle" conception de l'entreprise sociale qui, par américanisme, s'étendrait vers les bonnes oeuvres de philanthropes fortunés (très Bill Gates, comme conception !). Alors que, dit il, l'économie sociale, c'est avant tout l'émancipation de tous. Mais avec un échec patent pour ce qui concerne les volumes concernés, et même la pureté des conceptions.

Le papier de Sibille est ici ; et il est également intéressant, car très pragmatique, ce qu'il revendique. Cela dit, l'argument de type " ceux qui ne veulent pas bouger, c'est qu'ils ont peur de l'air du large" : ça craint un peu ! C'est toujours ce que l'on adresse aux personnes qui ont des principes, non ?

Je suis mal à l'aise car personnellement un peu au milieu ! C'est vrai que l'ESS sans les structures qui garantissent la participation de tous (n'abusons pas du terme de démocratie !), c'est une ESS un peu vidée de sa fonction "outil de peuple".

Mes réserves sur Draperi sont, en fait, très pragmatiques. Ce que je reprocherais le plus à l'ESS en tant que mouvement entrepreneurial, c'est son incapacité à générer "du leadership" (un américanisme de plus !) Et le MOUVES qui vient de se créer avec de belles et grandes personnalités --mon infatigable ex-président Claude Alphandéry en est !- - est plutôt un signe positif.

jeudi 1 avril 2010

Autoentrepreneurs : Novelli : Les abus ne concernent sans doute que quelques centaines d'autoentrepreneurs. Hurel : traquer les abus

Quelques centaines ? je n'en suis pas certain du tout ! Plutôt des milliers ou des dizaines de milliers, si on place le curseur au bon endroit. C'est à dire sur le critère de la dépendance. Un client unique, c'est déjà un lien de dépendance tel que l'auto entrepreneur n'a sans doute pas la capacité de développer sa propre autonomie. Et sur les critères juridiques du contrat de travail, on n'est pas loin...

l'itw Novelli c'est là.

François Hurel commente à son tour dans La Tribune. Les arguments sont bons : mieux vaut sanctionner les abus que changer la loi (d'autant que les propositions des sénateurs manquaient de bon sens !).

C'était ma première réaction, mais en fait, je crains de très nombreuses déceptions !

Le lien avec le microcrédit est évident. Pour de très nombreux autoentrepreneurs, la demande (et l'obtention) d'un microcrédit sera le seul lien "physique" avec un réseau d'accueil ; donc des pros capables d'avoir un avis sur le projet. Et il s'agira plus logiquement d'un vrai projet, puisqu'on a besoin d'argent pour investir ou assurer la tréso !

mercredi 24 mars 2010

Microcrédit en France - les mesures Lagarde sont-elles les plus urgentes ?

Christine Lagarde annonce un projet en 4 points ; il est résumé sur le site de son ministère ici.

Coïncidence : j'étais la semaine dernière avec Arnaud Poissonnier (BabyLoan) à une séance de travail ou il en a parlé, avant de publier cette tribune dans le Monde.

Je dois dire que je ne vais pas partager TOUT l'enthousiasme de Poissonnier, mais une partie seulement.

Il écrit :

(AuSud) "Le prêt solidaire par Internet permet au grand public de parrainer des bénéficiaires de microcrédit en leur prêtant (et non en leur donnant) la somme dont ils ont besoin pour financer leur activité de subsistance. Les plateformes qui proposent cette approche innovante (une quinzaine dans le monde) travaillent sur le terrain avec les institutions de microfinance, dont le rôle consiste à accompagner et prêter aux exclus du système financier.

Donc 2 temps : les particuliers peuvent prêter ; mais l'intermédiation subsiste : les institutions de microfinance, sur le terrain, sont là pour accompagner. En somme, il décrit Kiva ; en rêvant de le multiplier :

"l'on en vient à rêver que les 150 millions de bénéficiaires de microcrédit du monde soient un jour parrainés par 150 millions d'internautes, telle une gigantesque banque citoyenne. Voilà l'objectif !

2ème temps de la démonstration : ce qui est possible au Sud, ce que fait Babyloan (les particuliers peuvent "prêter" à la plate forme qui "prête" aux IMF du Sud, qui prêtent aux micro entrepreneurs) n'est pas possible au Nord. De vieilles règles de prudence interdisent de collecter de l'épargne si vous n'êtes pas régulé et contrôlé comme une banque. Vieille sagesse.

Or le projet de loi présenté par Lagarde ce 24 mars, et qui porte surtout sur le crédit consommation, prévoit une exception toute nouvelle : le fait que les particuliers pourraient désormais en France prêter à des associations vis des plate formes Web : en l'occurrence l'Adie en passant par Babyloan, car, dans l'immédiat, il n'y a pas grand chose d'autre --mais on peut craindre un enthousiasme un peu imprudent et des initiatives à tout va !

OK, l'idée est belle est bonne ; elle nous rapproche des Etats Unis ou il existe une quinzaine de plate formes de rencontres. Mais en France avec des contenus différents : il s'agit de prêter à des prêteurs , pas de développer les rencontres directes entre prêteurs et emprunteurs sur des plate formes comme Prosper, Lending club et autres.

3 remarques sur ce projet.

1 - Il est fait pour augmenter les ressources des prêteurs. C'est la raison pour laquelle Arnaud Poissonnier et Maria Nowak (Adie) ont poussé dans le même sens.

Je pense qu'il y a 2 risques dans ce schéma.

D'abord collecter l'argent des particuliers coûte très cher. 1000 € par 1000 €, c'est tout un discours, une comm d'enfer à mettre en place ; beaucoup moins cher par le Web que par des moyens traditionnels, mais ce sont des tonnes d'explications à donner pour arriver à des sommes significatives...

Ensuite le rapport au fric ne marche pas du tout en France de la même façon qu'aux Etats Unis, ou Kiva a provoqué un engouement énorme, dès le départ. Aux US, "les gens", ceux qui donnent, sont séduits par l'idée de prêter. Donner pour l'éducation, les églises, etc, ça fait partie des devoirs quotidiens (on donne beaucoup plus qu'en France). Mais "donner" pour créer du business, ça a quelque chose de contradictoire. Donc prêter, ça c'est business. C'est logique, c'est séduisant, et ça coute pas cher (si on est remboursé).

Mais il me semble qu'en France, si on se rappelle les quelques rares études sur les motivations des épargnants de l'épargen solidaire, c'est beaucoup plus compliqué et subtil.

2 - Augmenter les ressources des prêteurs avec de la dette, est-ce bien la solution ?

En gros, l'Adie estime que ses besoins en augmentation de fonds de prêts sont tellement importants que ni ses grands sponsors privés (des banques, en général), ni les pouvoirs publics ne peuvent (et ne veulent) suivre.

Mais est-ce la solution de les remplacer (ou de les compléter) par des fonds venant du grand public ?

J'ai plutôt l'impression que l'on risque d'avoir des charges de gestion importantes, pour des explications incessantes, embrouillées, éventuellement suspicieuses (pourquoi vous prêtez avec intérêt de l'argent que moi je vous prête sans intérêt?) etc...

Kiva a provoqué un énorme engouement aux Etats unis dès son départ, mais est aujourd'hui victime d'une crise de confiance sur un sujet proche (pour l'info, googlez le nom de David Goodman pour lire son blog, en anglais).

Donc il me semble que le réel effort est de convaincre les "initiés" en l'occurence les grandes banques et le gouvernement que le microcrédit a tellement d'avantages pour eux qu'ils devraient se mettre d'accord pour le financer largement. Voeux pieux : ok, peut être. Mais les risques d'impliquer le grand public sont réels. Et s'endetter pour les fonds de prêts ne rsoud pas la question des couts de production, qui resteront démesurés.

Au passage, on peut imaginer un avantage à une telle forme de collecte, très nouvelle dans notre pays. C'est beaucoup plus que mobiliser des épargnes, mobiliser des citoyens. En somme, si des centaines de milliers de personnes "votent" pour BabyLoan - Adie en leur confiant quelques centaines d'€, peut être le gouvernement en sera impressionné --et les banques inquiètes devant toute cette belle épargne qu'elles ne géreront pas ? Si ce sont les citoyens qui "votent" en déplaçant leur livret A, peut être inventera-t-on des mesures réellement ambitieuses ?

3 - Quelles seront les conditions ? qui aura accès à cette manne toute nouvelle ?

Les deux acteurs qui anticipent sont l'Adie, très connue, très établie, ancienne, et qui a des relations de confiance avec toute la place bancaire, et BabyLoan, qui a tout juste 2 ans d'existence, et qui jouera l'intermédiaire marketing dans l'opération.

Collecter des épargnes populaires a toujours été un risque en soi. Parce que la naïveté du public peut provoquer des dégâts ; parce que plein de "petits malins" peuvent s'introduire dans le schéma et le pervertir. Bien sûr, il existe déjà des garde fous réglementaires (introduites dans le CoMoFi récemment) sur les associations qui ont le droit de prêter. Mais on ne fait pas une loi juste pour l'Adie toute seule ! Elle est la seule, 4 ans après, à remplir les conditions du CoMoFi, mais d'autres comptent s'y mettre. Peut on contrôler préventivement ? tout en ne fabriquant pas des conditions bureaucratiques ? ça va être coton !

Enfin, la limite entre ces épargnes et celles mobilisées dans les différents systèmes avec avantages fiscaux à l'entrée (réductions d'IR pour les PME....) vont devenir poreuses et également difficiles à gérer !

A suivre !

mardi 23 mars 2010

Le rapport de l'Inspection des finances sur le microcrédit : ça m'énerve !

le rapport de l'IGF de décembre 2009 sur le microcrédit, à télécharger ici (attention, c'est du lourd!). Franchement, je suis déçu ! L'IGF, qui est censée conseiller son ministre, propose une définition du microcrédit qui me parait être un choix idéologique simplet.

Page 4 : Il s'agit "d'un crédit à tire onéreux (ce qui exclut les prêts d'honneur,..." etc.

J'analyse cette position comme une position idéologique : il faut facturer des intérêts pour reconstituer le capital du prêteur, sinon on est dans un Machin désintéressé qui ne s'appelle pas crédit. Pourtant une tradition énorme du crédit gratuit, du crédit social, mutuel, coopératif prouve, s'il en était besoin, qu'il y a plusieurs façons de traiter la question. Et que celle ci est partisane.

J'ai traité du débat académique à propos des Welfarists et du Sud dans un gros papier indigeste et, pire encore, en Anglais. J'y reviendrai.

mercredi 10 mars 2010

Jean-François Moulin et le microcrédit - pas si dépassé que ça par rapport aux besoins en fonds propres

Mon voisin de blog Benoît Willot épingle (gentiment) Jean-François Moulin, et je le cite parce que le dernier article de ce dernier m'avait fait sourire --mais, flemme de ma part, BW a dégainé avant moi.

Le dernier papier de JF Moulin et al est paru dans les Echos dernièrement, c'est ici. Pourquoi les banques françaises devraient se mettre à la microfinance, demande l'ancien banquier ? Parce que sinon, ce sont des organisations spécialisées qui vont leur piquer ce marché ! Alors que dans un papier paru dans le même quotidien en 2008, Moulin disait de façon un peu paradoxale que la MF, "c'est une solution dépassée" : il faut des fonds propres à ces micro entrepreneurs , et non de la dette.

D'accord, il s'agissait de la MF dans les pays du Sud ; alors qu'aujourd'hui JF Moulin (ancien banquier : il a dirigé la Banque populaire de l'Ouest, avant de fonder la chaire Microfinance d'Audencia --chapeau bas !) traite de la la MF en France. Mais cela dit, je ne crois rien de ses arguments de 2008. Ecrire que :

"les contrats en fonds propres présentent trois autres avantages. Premièrement, un investissement en fonds propres place l'IMF sur le même plan que la micro-entreprise et par conséquent permet de régler les problèmes d'agence dans leur relation contractuelle. De ce fait, la microentreprise considère l'IMF comme un associé, un partenaire qui l'aidera à parvenir au succès. Deuxièmement, le recours aux fonds propres permet à l'IMF de mieux gérer son exposition au risque non systématique par sa participation aux décisions stratégiques qui ont un impact direct sur la rentabilité de la micro-entreprise. Enfin, l'utilisation des fonds propres permet d'éviter le caractère cynique du paiement de l'intérêt sur la croissance de la microentreprise.

Cela me semble une confusion. Ce que l'on cherche, c'est un "effet fonds propres", et non des fonds propres. Le micro entrepreneur, qui n'est pas organisé en société commerciale, a besoin de dettes de dernier rang pour pouvoir éventuellement réemprunter en cas de besoin. L'égalité avec son "associé" est une fiction, et les intérêts ne sont pas plus "cyniques" que les valorisations de sortie d'un investisseur ! (j'ai l'impression que M. Moulin a été influencé par son coauteur de l'époque, Ayi Ayayi, qui a fait sa thèse au Canada sur le capital risque ; et donc préfère le risque à la dette ! )

Le point intéressant, c'est que la question se pose dans des termes comparables au Sud et au Nord sur un point précis, celui de l'effet fonds propres. En gros, les 2 qualités essentielles que l'on attribue à la MF, du coté des banquiers, c'est que :

1 - elle nous débarrasse des couts de production des prêts !

2 - elle crée les faux - fonds propres qui manquent au micro entrepreneur : or plus de fonds propres permettent de prêter plus

Dans le système français de microcrédit, on peut prendre pour exemple de ce mécanisme les prets d'honneur, tels qu'ils ont pratiqués par France Initiative : ce sont typiquement de faux fonds propres avec un "effet fonds propres". On ajoute 100 en haut du bilan, ce qui permet d'ajouter 100 en dettes.

Sur le reste, je dois dire que je reste très sceptique sur l'idée selon laquelle les banques devraient se jeter sur ce marché sinon des organisations spécialisées vont le leur "piquer" : ce n'est pas un marché rentable, et il ne le deviendra pas facilement. Alors que les banques sont poussées à aller au plus simple et au plus rentable.

jeudi 23 juillet 2009

Comparaison France Initiative - Adie (la MF en France) - MàJ 27 juillet

Je supprime la référence à Benoit Willot, sur les mérites comparés du prêt d'honneur et du "microcrédit payant", type Adie, car c'était dommage, disais-je, que l'on n'ait pas accès au texte lui même. Or il n'y a pas de texte; donc je supprime la référence...

Les arguments ne surprendaient pas trop les lecteurs de ce blog, puisque j'ai publié ici le papier (en anglais) que nous avons fait, Stefanie Lammerman et moi, pour un récent congrès de chercheurs sur ce thème.

Les échos que j'ai venant de chercheurs étrangers montrent que nous autres français, une fois de plus, nous nous singularisons en faisant coexister deux modèle aussi différents dans notre beau pays ! Ya que les français pour se compliquer la vie à ce point ! ... Mais si ça peut servir d'inspiration (l'idée qu'il n'y a pas de modèle imposé) à d'autres, tant mieux !

samedi 20 juin 2009

Premier rapport sur "la microfinance en France" un peu embrouillé dans les chiffres et les définitions

Ca patouille dans les concepts. Le communiqué de presse est ici (il ressemble plutôt à un résumé du rapport qu'à un communiqué ! pauvres journalistes !) qui énumère tranquillement tout ce quei est prêts, épargne, assurance.

Donc, en gros, la microfinance c'est tout ce qui est micro ? Plus de distinctions entre prêts professionnels et prêts perso ? entre prêts à la personne et prêts à l'entreprise ? assurances pro ou assurances perso ?

Il va falloir que je regarde tout ça de plus près (sans jeu de mot)

mercredi 25 février 2009

Michel Abhervé et la critique des erreurs des banques coopératives

Le papier publié depuis quelques temps par Michel Abhervé (prof dans un master de l'économie sociale) et Pierre Dubois continue à faire du bruit.

J'étais hier soir à une réunion proposée par AlterMundi pour en discuter : j'étais impressionné par la qualité des débats et la sensibilité du public (70 personnes environ?) à ce thème. Que les grandes banques (sous entendu : capitalistes) fassent des erreurs énormes liées à la spéculation, on peut comprendre. mais NOS banques, celles de l'économie sociale ? ? Natixis est revenu sur la table à plusieurs reprises, ainsi que, plus généralement, le pouvoir passé des sociétaires et administrateurs vers la "technostructure" de ces banques.

Pas de grande décision prise en séance, mais une volonté encore fragile, de "reprendre le pouvoir" ? Peut être bien.

Evidemment, la prise de pouvoir en cours au sein du nouveau groupe Banques populaires - Caisses d'épargne n'est pas un très bon signe dans cette direction ! ! Mais "le réveil des sociétaires" peut avoir lieu bientôt !

dimanche 1 février 2009

Microcredit in France, a short summary

Microloans are characterised by small loan amounts (according to the 2003 European definition <€25,000) for persons who are excluded from access to bank credit. For business purposes microloans are provided to microenterprises (1-9 employees) and self-employed persons. France is the country in Western Europe where the microcredit sector is the best developed.

This is the outcome of 20 years of activity of three principal organisations: Adie, France Initiative and France Active (all are non-profit organisations). They differ in the kind of products they offer, in their functioning, their sources of funding and with regard to the target group they serve. All these organisations also provide business support services for the entrepreneurs they finance and rely heavily on support from volunteers. These organisations have shown that a huge demand for microcredit exists; since launching their programmes, they have grown substantially.

A study carried out in 2008 by Adie on behalf of the European Investment Fund (EIF) on the gap between demand and supply of microfinance for business purposes in France confirms the huge existing demand for microcredit. The study differentiates between the non-bankable demand (loans below €15,000) and the bankable demand (loans between €15,000 and €30,000) for microcredit. The results illustrate that the demand for microcredit in France is still largely unmet, with 100,000 microloans from banks and between 80,000 and 130,000 loans from non-bank microcredit providers lacking. The financial resources used for setting up an enterprise in France are generally low: in 2006, approximately 50% of entrepreneurs started their business with less than €8,000. However, only about a quarter of all new entrepreneurs took out a bank loan . Banks are often reluctant to provide small loans due to their unprofitability (high handling costs) and a higher risk ratio. Obtaining a small loan is even more difficult for persons who do not have the means to bring in a considerable amount of own capital and who lack necessary guarantees. This often concerns unemployed persons, especially the long-term unemployed.

Adie has defined the provision of microcredit as its main mission and strategy. It was founded in 1989 upon the private initiative of Maria Nowak and two colleagues. Inspired by the international microcredit model developed in Bangladesh, Adie’s aim is to serve socially and financially excluded persons who do not have access to standard bank loans and who would like to create their own job. 83% of its clients are welfare recipients and unemployed persons with an average unemployment period of two years. Out of these, 42% receive social minima paid to persons who have exhausted employment based income support. Adie’s principal products are microloans up to €5,500 for a maximum period of 24 months. On its loans, Adie applies an interest rate which is today 7.98% plus a 5% commission. The ratio behind this model is to be able to serve a relatively ‘risky’ clientele and at the same time rely as little as possible on public subsidies for the credit activities. The Adie microloan can be complemented by loan products made available through public programmes.

During its 20 years of existence, Adie has expanded its activities significantly. It has today 369 staff working in 131 branch offices spread over the French mainland and overseas territories and disbursed nearly 10,000 loans in 2007 representing a 30% growth compared to the year before. (Adie, Rapport Annuel 2007) Another microlender is France Initiative. France Initiative has a different history and serves a different type of client than Adie. The association was set up upon public initiative in 1985 as a federation of 20 local business support programmes with the global mission to develop economic initiative through business start-up. It works in very close collaboration with the Chambers of Commerce where its local offices are often located. As its main activity, the association disburses quasi-equity in the form of so-called “prêts d’honneur” (‘honour loans’). These are personal, interest-free loans without guarantee that are generally used to leverage a bank loan. In 2007, 66% of France Initiative clients were unemployed. Nevertheless, in contrast to Adie, France Initiative targets relatively experienced, ‘almost-bankable’ persons with projects aimed at creating three to ten jobs. The average amount of a prêt d’honneur was €7,400 in 2007 accompanied by more than seven times that amount in bank lending. Thirty percent of the projects funded by France Initiative are business take-overs. In 2007, it disbursed 12,500 prêts d’honneur out of which an estimated 5,000 enabled the beneficiaries to access a bank microcredit (Adie/EMN, Microfinance Market Study, 2008). France Initiative today federates 242 so-called local platforms with all in all 509 employees. Often new local platforms are set up upon local initiative and partnerships between business owners, Chambers of Commerce and/or regional governments. (France Initiative Rapport Annuel 2007) Complementary to the products disbursed by these two organisms, a number of additional programmes were developed by the French government to support small business start-ups, especially by the unemployed, such as guarantees. Beside equity investment, the organisations France Active which has been in existence for more than 20 years, manages a number of guarantee schemes, amongst which two governmental ones: the FGIF (Fonds de Garantie pour la création, la reprise ou le développement d’entreprises à l’initiative des femmes), a guarantee fund for women entrepreneurs and the FGIE (Fonds de Garantie pour l’Insertion Economique) which is used by Adie to cover a part of its risk. France Active is made up of 39 territorial funds and works with 280 staff. Other governmental programmes complement these services for microentrepreneurs. As such France Initiative and Adie are allowed to additionally provide the ‘PCE’ loan (prêt à la création d’entreprise’ – business start-up loan) which was introduced by the State in 2000 and is managed by the public development bank OSEO. It consists of an unsecured loan between €2,000 and €7,000 with an interest rate based upon state bonds (approximately 5.6%), a six-month deferment on principal payments and a maximum loan term of five years (54 monthly instalments). PCE loans are disbursed to registered new microenterprises not more than three years old as well as to take-overs, regardless of their sector of activity (except for agriculture and real estate). An accompanying bank loan two or three times the amount of the PCE is obligatory. 23,261 PCE loans were disbursed in 2007. In addition, for business started out of unemployment, another loan was introduced: EDEN, a financial advance for entrepreneurs above 50 or younger than 30 years of age and beneficiaries of social minima.

Since the beginning of their activities, the French microcredit organisations have been able to largely increase their activities and the number of loans disbursed. This is the result of several factors that are closely linked: the strong efforts of single persons as is the case for Adie’s president Maria Nowak; local partnerships between business owners, French regions and Chambers of Commerce leading to the development of the France Initiative network; a reinforced acknowledgement of entrepreneurship and self-employment in the political sphere and strong improvements in the legal environment for microenterprises and microcredit.

Regarding the legal framework, Adie has carried out significant lobbying to obtain an amendment to the French banking law allowing certain microcredit providers to borrow for on-lending to microenterprises during the first five years after business start-up. In addition the usury rate for loans provided to individual entrepreneurs was abolished, allowing Adie to set an interest rate that covers part of its expenses. The Adie Microfinance Market Study (2008) acknowledges the efforts made by the French government to encourage the development of microcredit, while highlighting persistent barriers to be addressed such as insufficient funding for business support services and insufficient attention to the informal sector.

dimanche 18 janvier 2009

Economie solidaire : on espère toujours que les banques de la famille auront été plus vertueuses que les autres...

Le débat faire rage dans le monde discret de l'ESS. Les Caisses d'épargne et les banques populaires ont ruiné une bonne partie de leur crédibilité et l'épargne d'une bonne part de leurs sociétaires avec Natixis.

Natixis a été dans tous les "bons coups" : le dernier : c'est Natixis qui a perdu le plus en France dans l'escroquerie Madoff !

Donc faire partie de l'économie solidaire n'est pas une gage de vertu ; dommage !

Deux fins connaisseurs, Pierre Dubois et Michel Abhervé, demandent dans ce texte que les banques de l'ESS reviennent aux basiques : servir cette économie, et non s'amuser sur les marchés.

Réaction amusée de Paul Jorion.

mercredi 7 janvier 2009

RSA : Jean Gadrey est furieux, y compris vis à vis de ses collègues économistes

Il ya de nombreux "clients" futurs de la microfinance parmi les titulaires (ou futurs ?) du RSA. C'est pourquoi les analyses sur cette "population" méritent de l'attention. Dans certains cas, on va encourager les Rmistes à "s'installer" sous la forme d'autoentrepreneurs : c'est tellement, tellement simple, nous dit Novelli. Or les économistes sont, en général, assez favorables dans leurs anticipations à la mise en place du RSA, ce nouvel "anti-trappe".

C'est d'autant plus important de lire Jean Gadrey, qui n'est pas un tendre mais qui a une réelle réputation scientifique. Son dernier billet sur son Blog d'AlterEco ne fait pas dans la dentelle.

Il attaque sec ses chers confrères économistes dès la première phrase :

Martin Hirsch a quelques bons amis parmi les économistes. Quand il veut une évaluation positive de « son » RSA, c’est exclusivement à eux qu’il fait appel. Yannick L’Horty fait partie de ce cercle. Il a publié en octobre dernier, avec Denis Anne, une étude à la gloire du RSA. L’analyse semble très fouillée… à ceci près qu’elle « oublie » tout ce qui pourrait contredire les conclusions !

Et le billet continue sur les preuves. Oubli, notamment, des frais de garde d'enfants et de transports liés à la reprise d'un emploi --ce qui est pourtant élémentaire !

Et Gadrey enfonce le clou :

On devrait obliger ces économistes qui « simulent » le sort des chômeurs à en rencontrer de temps en temps. Ils constateraient alors 1) que l’incitation financière au travail est beaucoup moins décisive qu’ils ne le pensent (surtout quand les emplois font défaut !) et 2) que leurs simulations de coûts passent à côté de dimensions essentielles du quotidien. Dans une enquête commanditée par Martin Hirsch en décembre 2007, près de 20 % des chômeurs estimaient que les dépenses supplémentaires liés à la reprise d’emploi (transports et gardes d’enfants) excédaient les gains attendus des emplois proposés. Il est donc injustifiable d’oublier ces dépenses dans une analyse économique.

(passage grassé par moi)

Les analogies avec la situation de micro-entrepreneurs est évidente. Pour ne garder que l'hypothèse de la femme seule avec enfants qui se déclarerait en auto-entrepreneur, la catastrophe est proche !

MàJ : les auteurs de l'étude répondent, puis Gadrey répond à nouveau. Finalement, la controverse porte plus sur l'importance relative des critères et la façon de les présenter. Je penses personnellement que Gadrey a raison sur un point crucial. Les personnes qui hésitent entre RMI et boulot et qui sont souvent dans la pire situation sont les femmes seules avec enfants. Sortir une étude en indiquant (assez discrètement) que l'on ne tient pas compte du cout de la garde des enfants en cas de reprise d'un emploi rend l'étude assez inutile --en tous cas, si on s'en sert pour dire que le RSA, c'est vachement bien et positif à tous les coups !

jeudi 1 janvier 2009

jérémie en Languedoc Roussillon (l'Adie teste un projet expérimental)

voici l'annonce de l'implantation de Jérémie, le programme européen de soutien à la MF, à Montpellier

Le premier opérateur est l'Adie, mais sous une forme originale. Je n'en sais pas beaucoup plus aujourd'hui, sauf que la région LR a perdu récemment son originalité. En effet, LR pendant près de 15 ans, avait un outil financier solidaire unique AIRDIE, remarquable, qui avait été crée par Emmanuel Kasperski, un ancien de l'Adie du Nord.

Le point original, et même unique, est que AIRDIE parvenait à réunir au sein d'un outil unique les "concurrents" habituels que sont France Active et l'Adie, qui, dans toutes les autres régions, ont des réseaux différents.

Puis en 2005, les désaccords (toutes sortes de désaccords) ont pris le pas sur le consensus : un outil financier unique pour toute la gamme des demandes de financements solidaires dans la région.

Dommage ? Je n'en sais rien --alors que pourtant j'ai travaillé sur ce dossier ! Mais entre les divergences de conception de la MF, les divergences dans l'analyse des besoins, les divergences vis à vis des bailleurs ... Tout ce beau consensus n'a pas duré. Donc France Active reste le référent de AIRDIE pour les fonds de garantie, et l'Adie a crée une nouvelle structure en 2007.

Pour le reste, j'ai des échos plutôt pas très positifs de la mise en place de Jérémie ; notamment chez les "pauvres" de l'Europe. Comme les fonds de la BEI doivent passer par les Etats, ceux qui ne sont pas favorables à la MF (ou ceux qui n'y connaissent rien !) ne font pas le moindre effort !

mais je n'en sais pas beaucoup plus aujourd'hui.

vendredi 14 novembre 2008

Une leçon sur l'évaluation des politiques publiques (ma marotte) ; application consternante aux politiques d'insertion des jeunes

BEnoît Willot rapporte ce dialogue surréaliste entre le ministre de l'Emploi et les parlementaires. Merci, c'est très gentil d'envoyer les résultats de vos missions locales pour l'insertion des jeunes au ministère, mais nous n'en faisons rien. Juste des tableaux Excel qui ne servent à rien. Voilà.

( par rapport au sujet de ce blog, il s'agit d'évaluation des politiques publiques, pas tout à fait de microfinance, car la majorité des jeunes qui passent dans les missions locales ne créent pas leur propre job)

Mais je dois dire que je reste abasourdi par ce foutage de gueule explicite. Oui, élus du peuple, faites des trucs sur le terrain ; décarcassez vous, bougez vous pour les jeunes en difficulté, et obéissez aux injonctions de l'Administration Centrale. Mais à part ça, on s'en fout de vos travaux.

Rappelons que Monsieur Laurent Wauquiez avait répondu récemment qu'il "ne savait pas" si c'était efficace, les missions locales (gag déjà relevé par Benoît Willot). On avait envie de lui répondre de lire un peu les rapports, nombreux et sérieux, qu'il reçoit. Ou au moins de les faire lire par quelqu'un qui lui en rendrait compte.

Bon, hé bien ne fatiguons pas le ministre avec de tels détails. Son administration fait des tableaux. C'est mieux que de jeter les rapports à la poubelle directement.

MàJ : Abhervé s'énerve à son tour sur cette ignorance "réelle ou supposée" du ministre.

mercredi 12 novembre 2008

Les "petites jeunes" risquent de devenir des "vieilles naines"

C'est un papier que j'ai fait pour Eco89. Il est ici. Il consiste à montrer que le tropisme des banques ne les entraine pas vers les jeunes et petites entreprises ; et qu'il "n'y a pas de demande", disent les banques, en partie parce qu'elles (les TPE) sont certaines qu'il n'y a pas d'offre.

La dynamique Oséo contrecarre assez efficacement cette tendance, mais on est loin du compte !

Et l'idée que la MF en France peut résoudre le problème est une fausse idée : les banques ont intérêt à investir ce créneau !

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