Il ya de nombreux "clients" futurs de la microfinance parmi les titulaires (ou futurs ?) du RSA. C'est pourquoi les analyses sur cette "population" méritent de l'attention. Dans certains cas, on va encourager les Rmistes à "s'installer" sous la forme d'autoentrepreneurs : c'est tellement, tellement simple, nous dit Novelli. Or les économistes sont, en général, assez favorables dans leurs anticipations à la mise en place du RSA, ce nouvel "anti-trappe".

C'est d'autant plus important de lire Jean Gadrey, qui n'est pas un tendre mais qui a une réelle réputation scientifique. Son dernier billet sur son Blog d'AlterEco ne fait pas dans la dentelle.

Il attaque sec ses chers confrères économistes dès la première phrase :

Martin Hirsch a quelques bons amis parmi les économistes. Quand il veut une évaluation positive de « son » RSA, c’est exclusivement à eux qu’il fait appel. Yannick L’Horty fait partie de ce cercle. Il a publié en octobre dernier, avec Denis Anne, une étude à la gloire du RSA. L’analyse semble très fouillée… à ceci près qu’elle « oublie » tout ce qui pourrait contredire les conclusions !

Et le billet continue sur les preuves. Oubli, notamment, des frais de garde d'enfants et de transports liés à la reprise d'un emploi --ce qui est pourtant élémentaire !

Et Gadrey enfonce le clou :

On devrait obliger ces économistes qui « simulent » le sort des chômeurs à en rencontrer de temps en temps. Ils constateraient alors 1) que l’incitation financière au travail est beaucoup moins décisive qu’ils ne le pensent (surtout quand les emplois font défaut !) et 2) que leurs simulations de coûts passent à côté de dimensions essentielles du quotidien. Dans une enquête commanditée par Martin Hirsch en décembre 2007, près de 20 % des chômeurs estimaient que les dépenses supplémentaires liés à la reprise d’emploi (transports et gardes d’enfants) excédaient les gains attendus des emplois proposés. Il est donc injustifiable d’oublier ces dépenses dans une analyse économique.

(passage grassé par moi)

Les analogies avec la situation de micro-entrepreneurs est évidente. Pour ne garder que l'hypothèse de la femme seule avec enfants qui se déclarerait en auto-entrepreneur, la catastrophe est proche !

MàJ : les auteurs de l'étude répondent, puis Gadrey répond à nouveau. Finalement, la controverse porte plus sur l'importance relative des critères et la façon de les présenter. Je penses personnellement que Gadrey a raison sur un point crucial. Les personnes qui hésitent entre RMI et boulot et qui sont souvent dans la pire situation sont les femmes seules avec enfants. Sortir une étude en indiquant (assez discrètement) que l'on ne tient pas compte du cout de la garde des enfants en cas de reprise d'un emploi rend l'étude assez inutile --en tous cas, si on s'en sert pour dire que le RSA, c'est vachement bien et positif à tous les coups !