Evaluer la microfinance - Benoît Granger, MicFin

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Tag - Nowak

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lundi 21 mars 2011

La nouvelle présidente de l'Adie : doubler la production dans les 5 ans?

C'est Benoit Willot qui s'y colle. Portrait de Catherine Barbaroux, nouvelle présidente qui succède à l'immense Maria Nowak à l'Adie. Portrait fait à partir du communiqué de l'Adie et de l'interview de CB dans La Croix.

Portrait intéressant car CB est à la fois "un grand serviteur de l'Etat", comme on dit dans les nécros, et une femme qui a une vraie expérience du "privé" (mais dans de grosses boites). Je l'ai rencontrée quand elle était Déléguée à l'Emploi (ou elle est restée sous des ministres de droite et de gauche), puis quand elle a fini sa carrière à la région Ile de France. Assez tranchante, mais avec bonhommie. Tout à faire représentative de ce "modèle français", avec forte implication des pouvoirs publics et contribution au dynamisme des grandes boites...

Comment vit-elle ce que j'appelle la posture idéologique de l'Adie dans un débat assez vif, l'an dernier ? On verra. Mais "doubler la production" : avec quels objectifs ? Acquérir la fameuse autonomie financière, le graal avoué de Maria ? En continuant de mettre la pression sur la productivité, et en montant les taux d'intérêt des prêts ? Ou bien mettre en place de façon voulue, systématique, ces partenariats publics-privés que j'ai prôné (avec d'autres) ?

Elle commence par dire que "beaucoup de clients potentiels ne connaissent pas l'Adie" : donc communiquer. Mais les attirer en direct vers l'Adie, le prêteur ? ou bien passer par les réseaux d'accueil, qui filtrent et conseillent ? La encore, ce sera un enjeu.

En tous cas, bienvenue à elle. L'Adie est une réalisation fantastique, qui doit presque tout à Maria, et beaucoup aux équipes, d'une efficacité et d'une fidélité fantastiques. Pour la prochaine période, il me semble que les enjeux sont désormais dans "la coopération" avec les banques, qui ressemblera de plus en plus à une partie de bras de fer. Et la technologie, avec le mobile et le scoring. Avec un risque de perte de ce qui constitue le coeur de métier : la confiance, les yeux dans les yeux, entre le prêteur et l'emprunteur.

jeudi 6 mai 2010

Maria Nowak répond à Esther Duflo sur les impacts du microcrédit et les méthodes d'évaluation

C'est une espèce d'interview dans le Nouvel Obs. Les questions sont faiblardes, mais elles donnent l'occasion à Maria Nowak de réagir sur "l'engouement" dont jouit Esther et ses études, qui, semble-t-il, ont une certaine influence dans de nombreux pays en développement.

Je note que Maria reste ferme sur les 2 interventions possibles vis à vis des pauvres. Soit on prête, et c'est une activité de marché ; soit, quand les pauvres sont loin de l'entrepreneuriat, il faut donner (charité). DOnc rien en dehors de cette dichotomie...

Esther Duflo : Muhammad Yunus veut transformer les pauvres en entrepreneurs.

Maria Nowak. - Depuis un quart de siècle, je partage la conviction de Yunus que tout homme porte en lui la capacité d'entreprendre. J'ai lancé des programmes de microcrédit en Afrique, en Europe centrale et en France. J'ai vu partout des hommes et des femmes, éduqués ou analphabètes, développer des activités génératrices de revenu ou créer des microentreprises. Cela ne veut pas dire que tous veulent le faire ou sont en mesure de le faire. Dans certains cas, seul le don est praticable. Cela ne veut pas dire non plus, contrairement à ce que semble affirmer Esther Duflo, que les praticiens du microcrédit croient que celui-ci peut seul résoudre tous les problèmes de développement, mais l'accès au crédit est évidemment aussi important pour les petits acteurs économiques que pour les grands. S'adressant à une population pauvre ou exclue, il porte en plus un message d'espoir et de confiance aussi important que l'argent lui-même.

Je commence à douter de ce "message d'espoir et de confiance" que véhiculerait la microfinance ; je crains qu'une part grandissante porte plutôt une message de défiance : quand on prête en surendettant les personnes notamment ! Le sentiment de s'être fait avoir par son prêteur doit être cruel à vivre...

Quant à la critique de Maria sur la méthode des "groupes témoins" de Duflo, elle est parfaitement légitime. Même s'il vaut mieux en faire un peu que pas du tout, à mon avis ! Ma critique personnelle est qu'Esther tire d'expérimentations jeunes et fragiles des conclusions trop radicales, de trop forte portée. je suis d'accord avec Gloukoviezof sur ce thème.

Mais je crois qu'on en a fait trop dire à Esther sur ce point : il me semble qu'elle n'a jamais déclaré aussi nettement qu'on "n'avait pas évalué sérieusement les impacts" de la MF avant qu'elle s'y mette elle même ! (c'est la question de Fauconnier, qui n'est pas très malin en l'occurrence)