Evaluer la microfinance - Benoît Granger, MicFin

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 2 décembre 2008

60 sociétés de P2P dans 12 pays : "ce ne sont pas les fabricants de calèches qui ont inventé le train" !

La devise est connue ; elle est typiquement Shumpeterienne. Ce ne sont pas les entrepreneurs installés qui sont les mieux capables d'anticiper des besoins, des demandes nouvelles, et, a fortiori, la techno qui vont avec. Les banques de détail sont en train de jouer le rôle des fabricants de calèches, car l'essentiel de l'innovation dans les projets P2P se font sans elles, et parfois contre elles.

Deux papiers assez vifs sur ce thème. L'un d'un observateur avisé ; l'autre du temple de la finance, le FT (zut, perdu le lien)

Je cherche à connecter avec les recherches de la FING sur la fabrication de la confiance sur le Net. La connexion avec la MF est évidente. Si on est d'une part sur les fondamentaux ( = MF = confiance) et sur des convictions plus politiques type Yunus ( = pas d'investisseurs étrangers s'ils se contentent de chercher des taux d'intérêt élevés), on est bine dans la confiance ; à l'opposé de la défiance qui fonde aujourd'hui les technologies du prêt.

MàJ : il n'y avait pas de règlementation très stabilisée aux USA sur le régime juridique applicables aux P2P. Prosper vient d'en faire les frais, avec 1M$ de "settlement" avec la SEC.

C'est un peu technique, mais peu importe : le gros problème est ailleurs. Si les prêts de Prosper peuvent être analysés par un juge comme étant des produits financiers qui n'ont pas été enregistrés alors qu'ils devaient l'être, les prêteurs qui ont fait des prêts non-remboursés pourraient se retourner contre la plate forme ! ! ce qui met par terre le modèle lui même. Dans le modèle P2P, la plate forme est un simple lieu (virtuel) de rencontres qui ne prend aucune responsabilité dans le bon achèvement des transactions !

(c'est sur cette base que Friendsclear a démarré en France, en bordant soigneusement la partie juridique)

cela dit, ils sont, semble-t-il, assez optimistes

lundi 20 octobre 2008

Microcrédit macrocrédit et naïveté

Une tribune dans Les Echos d'aujourd'hui de Jérôme Batout, un prof de la London School of economics. Il se livre à l'exercice qui consiste à comparer les macrocrédits sur lesquels Lehmann a chuté, et les microcrédits de Yunus.

Le passage montrant l'erreur d'analyse du prof :

Notre question : qu'y a-t-il dans le microcrédit qui vaut mieux que le macrocrédit ? Au départ, on a pourtant deux situations totalement analogues : un prêteur, un emprunteur et de l'incertitude. Le prêteur va-t-il rembourser ? Toute la question est là. A Wall Street, on s'est dit : puisqu'il n'est pas sûr qu'il rembourse, autant que quelqu'un d'autre que nous se pose la question : transférons le risque. A l'arrivée, plus personne ne se sent responsable du risque : ni l'emprunteur, qui ne sait pas vraiment, au final, à qui il doit, ni le créancier, possiblement situé à Stockholm, et qui n'a jamais mis les pieds à Cincinnati, où réside pourtant son débiteur.

Dans les campagnes du Bangladesh, à l'inverse, le banquier n'élude pas la question de l'incertitude. Plutôt que de la voiler en certitude, il s'efforce de réduire l'incertitude en annonçant aux emprunteurs qu'ils seront solidaires en cas de défaut. La valeur financière n'est pas la seule en jeu. Avant que d'être financier, le crédit est éthique : la relation de confiance, relation de crédit, précède la situation de crédit. Dans un cas, à Wall Street, on opte pour la diversification des risques en peinant à voir qu'elle mène à la déresponsabilisation de tous et, à terme, à la crise de confiance générale ; à Dacca, on opte pour la concentration des risques en calculant qu'elle favorise la responsabilisation de chacun.

Dans le vrai monde réel, la distinction angélique entre l'un et l'autre n'a plus cours. Les méthodologies du "macrocrédit" ont contaminé les microcrédits, et la "confiance" et le sens des responsabilités disparaissent progressivement.

Il ne reste, au mieux, qu'une différence : les micro prêteurs sont nez à nez avec leurs emprunteurs ; donc socialement, ils ne peuvent ignorer les impacts de leur activité. Idéalement, c'est un rapport de force social (et non financier) qui fera la différence.