Un très bon papier de Yunus dans les pages Opinions du NYT. Ce qui m'intéresse ici, c'est 2 choses.

1 - il s'élève contre les mega profits qui pervertissent la MF : ce n'est pas nouveau. En revanche, il me semble qu'il a évolué sur sa conception de l'intervention de l'Etat (et des autres interventions de politique publique). Il y a quelques années, sans doute "grisé" idéologiquement par le succès de la Grameen, il récusait toute intervention publique dans le secteur. Ceci étant dû à ce qu'il avait sous les yeux : des Etats souvent corrompus et incompétents. Maintenant il se rend compte que le marché a besoin de règlementation, et pas seulement de "l'arbitre neutre" et minimaliste dont rêvent les néo libéraux. Tant mieux.

2 - Il doute de l'efficacité même des interventions étrangères, des apports de capitaux venant d'acteurs du marché. Et les solutions qu'il propose sont de nature à rendre impossibles ces interventions guidées par le seul profit. Il prône une MF moins profitable (ce qui découragera les intervenants extérieurs) ; avec un spread limité entre le cout de la ressource et l'emploi de ces ressources ; donc il prône de faire appel systématiquement aux épargnes disponibles localement, notamment de la part des clients. Ce qui garantit en outre d'obtenir des épargnes motivées par le projet global, et non par le seule rentabilité financière. Et des développements plus lents, ce qui répond à la vaste escroquerie SKS.

Ca a l'air un peu plat à dire comme ça, mais ça me donne l'impression qu'il a compris ce qui se passe réellement... Et ceci au moment ou lui et la Grameen sont attaqués par le gouvernement Bangladais (après cette crapulerie de l'émission de télé norvégienne qui l'accusait de détournements)