Un papier impressionnant du fameux économiste Robert Solow, qui analyse un livre récent. Le thème fait partie du contexte de la MF, car il traite de la notion de risques sociaux. En gros, ces risques massifs sont supportés (dans les pays civilisés !) en partie par l'Etat et d'autres collectivités (la sécu...) ; en partie par les entreprises; en partie par les individus.
Mais si on transfère massivement ces risques vers les individus, c'est à eux de se débrouiller pour les gérer : anticiper, épargner, etc
Or les pauvres sont, par définition, plus exposés que les autres. Et la tendance qui les pousse à créer une entreprise (plus exactement leur propre job, pas beaucoup plus) ajoute à ces risques basiques, des risques supplémentaires liés à leur activité. Le lien entre revenu et contrat est assez consistant dans le contrat de travail ; il devient léger et fragile dans le contrat commercial, avec les clients. Au premier incident, on perd ses clients et ses revenus immédiatement ; et on se retrouve avec des dettes et plus aucune protection d'aucune sorte.
La double individualisation américaine (protection contre les risques sociaux, revenus totalement individualisés) représente un transfert massif, énorme de risques qui auparavant étaient conçus comme l'objet du "faire société".
Voila un paragraphe de Solow, que je reprends sur le remarquable site québecois Politiques sociales :
L’auteur recense le livre High Wire : The Precarious Financial Lives of American Families (Peter Gosselin, Basic Books) : « Quand l’administration Bush-Cheney a décidé de remplacer le système de sécurité sociale par un système de comptes d’investissements individuels, mes premières pensées furent que son objectif était d’enlever le « social » de la « sécurité sociale ». Quelques minutes plus tard, j’ai compris qu’elle voulait aussi enlever la « sécurité » de la « sécurité sociale ». La tentative a échoué. Au cours des dernières années, cependant, une série de décisions aussi bien publiques que privées et de développement sur le marché ont eu pour effet de transférer de nombreux risques financiers des institutions établies, incluant la société en général, aux individus, incapables d’y faire face d’une manière adéquate. »
le site de la NY review of books ou est paru le papier de Solow